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Entrepreneuriat: Tétanisés par la peur de l’échec!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5277 Le 22/05/2018 | Partager
Plus du quart des Marocains souhaite entreprendre, mais seuls 4,2% se lancent
Besoin de former une nouvelle génération d’entrepreneurs passionnés
«La Silicon Valley ne s’est pas faite avec les premiers de la classe!»
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Plus la peur de l’échec est grande, plus le taux d’activité entrepreneuriale (TAE) est faible. Le cas du Maroc est de ce point de vue parlant. Avec plus de 52% de sondés déclarant ne pas passer à l’acte par crainte de l’échec, le TAE est de seulement 8,76%

75,8% des Marocains perçoivent l’entrepreneuriat comme un bon plan de carrière et 63,3% lui accordent un statut élevé. Néanmoins, entre cette perception positive et le passage à l’acte d’entreprendre, il y a tout un monde.

Si 26,6% déclarent leur intention de créer une entreprise dans les trois prochaines années, seuls 4,2% se lancent réellement, selon l’enquête nationale sur l’entrepreneuriat, dirigée par la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Casablanca (Lire article).

L’environnement des porteurs de projets est, certes, compliqué et semé d’embûches. Mais la peur de l’échec y est également pour beaucoup. 52,9% affirment qu’ils ne mettront pas à exécution leur projet d’entreprise car ils redoutent l’échec (32,9% en 2016). C’est le cas de 48,9% des hommes, et de 54,7% des femmes. A l’échelle des 54 pays de l’enquête, cette crainte ne concerne que 39,1% des sondés (47,7% dans les pays à développement comparable). Au Maroc, cette peur est ainsi largement supérieure à la moyenne internationale.

La culture locale n’encourage pas, non plus, la prise de risque et la créativité. Sur ce point, les experts classent le Maroc 51e sur 54 pays.

Faut-il pour autant s’arrêter d’entreprendre? «Il est vrai qu’il existe de nombreux freins: l’administration, les traditions sociétales, les incohérences des politiques économiques et commerciales, les excès du libre-échange qui ont entraîné la disparition de pans entiers de notre industrie… Mais il ne faut pas baisser les bras», insiste l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Berrada, président du centre Links, également enseignant universitaire et industriel.

«L’échec est un évènement inhérent à la vie d’entrepreneur, qui doit sans cesse mener des combats. C’est au final un moteur de créativité qui nous aide à mieux rebondir», ajoute-t-il.

Cependant, difficile de changer les mentalités du jour au lendemain. Il est nécessaire d’inculquer l’esprit d’entreprendre et de prise de risque dès le primaire, voire même dès de le préscolaire. L’enjeu est de taille, vu les bouleversements qui s’annoncent. A l’ère de l’économie du savoir, il faudrait préparer une nouvelle génération d’entrepreneurs de la connaissance.

«Pour cela, il faut être passionné. La Silicon Valley ne s’est pas faite avec les premiers de la classe! Mais par des gens passionnés et des visionnaires qui ont rêvé de changer le monde»,  souligne Berrada, qui rappelle l’exemple d’Apple. Le géant informatique a failli être coulé par un docteur en physique, enseignant à Stanford University, avant d’être sauvé par un certain Steve Jobs, ancien hippie sans diplôme.

L’université Hassan II lance son entrepreneurship center

Cette année a marqué le démarrage de l’entrepreneurship center de l’université Hassan II. Un projet monté en partenariat avec le cabinet Social Impact Consulting, avec le soutien du MEPI (US Middle East Partnership Initiative) et l’assistance technique de l’Emlyon business-school. Une vingtaine de partenaires y sont associés, dont la CGEM et le Boston Consulting Group.
Pour commencer, une centaine de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur ont été sélectionnés, parmi un millier de candidats, pour recevoir une formation à l’entrepreneuriat. Le programme, de 740 heures de cours à plein temps, s’étale sur 6 mois. Il inclut une phase d’accompagnement supplémentaire de 3 mois, dédiée à la création d’une entreprise ou à l’insertion professionnelle. L’objectif est de former à la fois des entrepreneurs et des intrapreneurs.
Au total, 22 modules sont dispensés par plus d’une trentaine de formateurs et d’intervenants du monde des affaires. Le focus est mis sur les études de cas et les missions concrètes confiées par les entreprises partenaires du projet.
Les promoteurs du concept ambitionnent de créer des centres similaires dans l’ensemble des universités publiques.

 

 

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