Competences & rh

Entrepreneuriat féminin: La palme du pire score va… au Maroc!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5277 Le 22/05/2018 | Partager
4,5% d’entrepreneures, soit trois fois moins que les hommes
70% sont sans aucun statut
Restauration, fabrication et commerce, leurs secteurs de prédilection
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Un homme, pas très instruit, âgé de 33 ans et plus. C’est le profil type de l’entrepreneur au Maroc, qu’il soit naissant (moins de 3 mois), nouveau (entre 3 mois et 3,5 ans) ou établi (plus de 3,5 ans). Selon l’enquête GEM, les jeunes les plus éduqués et les femmes sont les moins entreprenants

A peine 22,4% des femmes sont actives au Maroc, selon le HCP. Moins du quart de celles en âge de travailler occupent ainsi un emploi ou sont en train d’en chercher. Ce taux fait partie des plus faibles au monde, et il ne cesse de se dégrader, d’année en année (30,4% en 1999). Quel gâchis!

En entrepreneuriat aussi, elles sont rares à tenter l’aventure. Le taux d’entrepreneuriat féminin est d’à peine 4,7%, selon l’enquête du Global Entrepreneurship Monitor (GEM), dont la partie marocaine a été réalisée par la faculté de droit de Casablanca, sur un échantillon de 3.099 ménages (Lire Article).

Les entrepreneures sont trois fois moins nombreuses que leurs homologues masculins. 29% sont dans une optique de survie. Elles entreprennent d’abord par nécessité et non par opportunisme. «Elles s’inscrivent également dans un capital familial. 70% sont sans statut», précise Fatem Boutaleb, coordinatrice du programme GEM au laboratoire de recherche en entrepreneuriat et management des organisations de la faculté de droit de Casablanca. La majorité opère donc de manière informelle.

Avec ce score, le Maroc se classe dernier du classement GEM, couvrant 54 pays. Les quatre pays africains du ranking font nettement mieux. A savoir: Madagascar, avec un taux d’entrepreneuriat féminin de 20,6%, l’Afrique du Sud (9%) et l’Egypte (7,5%).

Globalement, les femmes nourrissent moins l’ambition de fonder une entreprise. 32,3% déclarent leur intention de se lancer, contre 42,7% des hommes. Elles ont, également, plus peur de l’échec (54,7% contre 48,9%), perçoivent moins d’opportunités à saisir et se font moins confiance.

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Les femmes qui arrivent à lancer leur business font preuve de plus d’innovation que leurs homologues masculins. Par ailleurs, elles embauchent plus et s’ouvrent davantage sur l’international. Une récente étude du cabinet Inforisk (voir L’Economiste N° 5228 du 13 mars 2018) avait démontré que les entreprises féminines sont, en outre, plus rentables, moins endettées et plus réglos sur les délais de paiement  

Seules 35,8% d’entre elles s’estiment suffisamment compétentes pour créer un business, contre 63,6% des hommes. Le Maroc enregistre le plus grand écart mondial au niveau de la perception de la compétence entre hommes et femmes.

53,7% des femmes chefs d’entreprise opèrent dans les services de restauration, 23,1% dans la fabrication et 13,5% dans le commerce de gros et de détail. Elles restent donc sur des activités assez classiques. «Il est aujourd’hui urgent de mettre en place un environnement inclusif pour les femmes. Toutefois, il faudrait prendre en considération la diversité de leurs profils afin de mieux les cibler», insiste Fatem Boutaleb.

Financement, cherté du foncier, lourdeurs administratives, manque de soutien… les femmes sont confrontées à de multiples barrières. Elles accèdent, par ailleurs, moins à des réseaux d’entrepreneurs et de contacts professionnels. L’enquête GEM révèle qu’uniquement 34,5% connaissent un entrepreneur dans leur entourage, contre plus de 55% des hommes. Il s’agit du plus grand écart enregistré dans les pays à développement comparable.

Sans compter le poids de la pression sociale et des préjugés. Les femmes indépendantes, qui se déplacent fréquemment, prennent des rendez-vous dans des endroits publics ou rentrent à des heures tardives ne sont pas souvent bien perçues. Dans une récente enquête du jobboard Rekrute.com (voir L’Economiste N° 5233 du 20 mars 2018), 38% des sondées ont relevé cette contrainte.

Quand elles ont la possibilité de créer leur entreprise, les femmes réalisent des performances nettement supérieures à la moyenne (voir illustration). Mais il faudrait d’abord les encourager à se lancer.

 

 

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