Economie

Marché de l’emploi: Femmes, jeunes et diplômés… punis!

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5241 Le 30/03/2018 | Partager
8 chômeurs sur dix concentrés dans six régions
Sept actifs occupés sur dix n’ont pas de couverture médicale
Près de 30% des jeunes ne sont ni en formation, ni au travail

Des statistiques plus détaillées incluant de nouvelles activités et de nouvelles thématiques sont promises par le Haut commissariat au plan (HCP). Liens entre les compétences et les métiers exercés, préscolarisation des enfants âgés de 3 à 5 ans, accès des femmes au marché du travail, profil des entrepreneurs…

L’échantillon sur lequel se base le sondage s’est élargi à 90.000 ménages contre 60.000 auparavant. Une déclinaison régionale avec plus de détails est prévue.
Un avant-goût des résultats des travaux menés a été livré par les responsables du HCP lors de la conférence organisée mercredi 28 mars à Rabat. Une rencontre à laquelle Ahmed Lahlimi, Haut Commissaire au Plan n’a pas participé.

La controverse sur les chiffres de l’emploi avec le ministère de l’Industrie s’est naturellement invitée: «Les statistiques constituent une opération sérieuse qui nécessite de l’expertise et s’alignent sur les normes internationales… La comptabilité nationale obéit à des règles comme le calcul de la valeur ajoutée… ». Le HCP se plaint aussi du «refus de certaines administrations de fournir les données».

■ La majorité des entrepreneurs…. des indépendants
Employeurs, indépendants, associés ou salariés gérants… les entrepreneurs représentent 34,3% de l’ensemble des actifs occupés en 2017. Un peu plus de 7 entrepreneurs sur 10 sont installés dans 5 régions: Casablanca-Settat (20,4%), Marrakech-Safi (14%), Rabat-Salé-Kénitra (12,7%), Fès-Meknès (12,1%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,9%).
Les statistiques du HCP livrent quelques surprises:  8 entrepreneurs sur 10 sont des indépendants et 9 sur 10 sont de sexe masculin. Viennent ensuite les employeurs (7,2%), les associés (5,5%) et les salariés gérants (0,5%). La majorité ne dispose d’aucun diplôme (69,5%), le quart a un diplôme de niveau moyen et seulement 6,3% un diplôme de niveau supérieur. Ils exercent surtout dans les services (45,1%) et dans l’agriculture, forêts et pêche (38,9%).  Le reste travaille dans l’industrie y compris l’artisanat (8,3%) et la construction (7,7%). La majorité gère des entreprises de petite taille: 98,2% des entrepreneurs dirigent des unités ne dépassant pas 5 employés et 3% seulement détiennent une comptabilité . Ils citent les procédures administratives et l’accès au financement comme obstacles à la création d’entreprises.

■ Les sans-diplôme dominent le marché
Voilà un chiffre qui interpelle: 58,6% des actifs occupés âgés de 15 ans et plus n’ont aucun diplôme, selon Jamal Guennouni, chef de la division Emploi au HCP. Ils sont localisés dans l’agriculture, les BTP et les services. Cette population représente 82,8% de l’emploi total dans l’agriculture, 61,1% du BTP, 50,3% de l’industrie et 40,5% de l’emploi dans le secteur des services.
A peine 27,9% disposent d’un diplôme de niveau moyen, soit des certificats de l’enseignement primaire, du secondaire collégial et les diplômes de qualification ou de spécialisation professionnelle. Les diplômés du supérieur constituent la population la moins présente: 13,5%. Ils n’ont bénéficié d’aucune formation prise en charge par l’employeur sur les 12 derniers mois.

■ 2/3 des salariés sans contrat de travail
Précarité, faible organisation du travail…18,6% des actifs occupés exercent un emploi non rémunéré, 4 sur 10 travaillent plus de 48 heures par semaine et près des deux tiers des salariés ne disposent pas de contrat de travail. Le phénomène domine dans les BTP. Autre constat, plus de neuf actifs occupés sur 10 ne sont pas affiliés à une organisation syndicale ou professionnelle.
Et malgré le Ramed et l’AMO, plus de sept actifs occupés sur dix ne bénéficient d’aucune couverture médicale au niveau national. Par milieu de résidence, cette proportion est de 65,5 dans les villes et atteint 92,2% dans le rural!
n Une personne sur cinq pas satisfaite de son emploi
Près de 20% des personnes qui travaillent veulent changer d’emploi notamment dans les BTP. Ils mettent en avant dans la majorité des cas le niveau de rémunération. Viennent ensuite des raisons liées à l’instabilité de l’emploi, la recherche de conditions de travail plus favorables, et l’inadéquation du poste par rapport à la formation reçue.

■ 3 fois plus de «Neets » chez les femmes
Difficile de les ignorer, les 15-24 ans qui ne travaillent pas, ne sont pas à l’école et ne suivent aucune formation. Ils représentent 29,3% de cette tranche d’âge au niveau national. Les femmes sont plus touchées (46%) par ce phénomène avec un taux 3,5 fois plus important que celui des hommes. Les écarts absolus les plus élevés entre les deux sexes sont relevés au niveau des régions de Drâa-Tafilalet (44 points), Béni Mellal-Khénifra (43,6 points) et de Marrakech-Safi (43,2 points d’écart).  Et les plus faibles sont enregistrés à Casablanca-Settat (21,5 points) et Laayoune-Sakia El Hamra (22,8 points). Au niveau régional, la proportion des personnes qui ne sont ni à l’école, ni en formation varie entre 20,6% au niveau de la région d’Eddakhla-Oued Eddahab à 34,4% au niveau de la région de l’Oriental.  

■ Une fabrique à chômeurs à la formation professionnelle
Le chômage touche les jeunes diplômés et les femmes. Il est de 15% parmi les personnes qui détiennent un diplôme de niveau moyen à 23,3% pour les diplômés supérieurs. L’enquête du HCP révèle que le taux de chômage des lauréats de formation professionnelle est nettement supérieur: 22,7% contre 17,9% pour l’ensemble des diplômés âgés de 15 ans et plus.

Un chômeur sur quatre vit à Casablanca

Les trois quarts de l’effectif global de l’emploi en 2017 sont concentrés dans 5 régions: Casablanca-Settat (22,4%), Marrakech-Safi (13,8%), de Rabat-Salé-Kénitra (13,5%), de Fès-Meknès (11,6%) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,1%). Plus de huit chômeurs sur dix (82,8%) sont concentrés dans six régions.  Casablanca-Settat (25,1%), Rabat-Salé-Kénitra (17,5%), l’Oriental (11,3%), Fès-Meknès (10,8%), Marrakech-Safi (9,4%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (8,7%).
Le HCP souligne aussi que cinq régions se caractérisent par une contribution au volume du chômage plus importante que leur poids dans la population active.  C’est le cas notamment de l’Oriental, Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra. En revanche, Marrakech- Safi constitue la région la plus favorable en termes d’accès au marché du travail.

                                                                    

A peine 86.000 postes créés en 2017

Baisse du taux d’activité et de l’emploi…Ce sont les deux éléments qui ont marqué le marché du travail l’année dernière. Le taux d’activité a reculé de 0,3 point à 46,7% en 2017 alors que le taux d’emploi a baissé de 0,4 point. L’un des principaux problèmes auquel est confrontée l’économie est la faible participation des femmes au marché du travail. Leur taux d’activité a atteint 22,4% contre 71,6% pour les hommes, soit un gap de 49,2 points. Une grande disparité entre les différentes régions est relevée avec un écart hommes/femmes de 44,3 points au niveau de la région de Casablanca-Settat et 56,7 points dans la région de l’Oriental.
L’année dernière les créations nettes d’emploi n’ont pas dépassé 86.000 postes. Elles viennent après une année 2016 caractérisée par une perte nette de 37.000 postes. Ces emplois sont localisés dans l’«agriculture, forêt et pêche» avec 42.000  emplois, les services avec 26.000, le BTP avec 11.000 et l’industrie y compris l’artisanat a généré 7.000 emplois. Un niveau très bas comparativement à celui annoncé par le ministère de l’Industrie!

 

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