Analyse

Exclusif-Casa-Settat/Île-de-France: Un plan d’accélération pour startups

Par Amin RBOUB Aziza EL AFFAS | Edition N°:5223 Le 06/03/2018 | Partager
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«L’Institut d’urbanisme et d’aménagement en Île-de-France travaille en collaboration avec la région de Casa-Settat sur le Schéma directeur de l’aménagement urbain», annonce Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France (Ph. F. Al Nasser)

Valérie Pécresse et Miriem Bensalah-Chaqroun viennent de conclure un partenariat visant à mettre en place des accélérateurs de startups, pour faire évoluer les jeunes pousses casablancaises et franciliennes. Il s’agit aussi de l’un des axes de coopération régis par un accord signé fin 2016 entre Casa-Settat et la région francilienne. Entretien avec Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, qui revient sur le détail de cette feuille de route.

- L’Economiste: Vous venez de rencontrer la présidente de la CGEM. Est-ce que l’Île-de-France va développer des projets avec la Confédération patronale?
- Valérie Pécresse:
Nous souhaitons travailler avec le patronat marocain pour jumeler des incubateurs de Casablanca et de l’Île-de-France. L’objectif consiste aussi à mettre en place des accélérateurs de startups, pour faire évoluer les jeunes pousses casablancaises et franciliennes. Nous allons sans doute monter un jumelage dans ce sens. Nous avons déjà quelques noms d’incubateurs franciliens en tête. Parmi eux, Incuballiance qui est à Saclay, Numa qui est à Paris ou encore Wilco, qui est le plus grand accélérateur de startups de France. L’idée consiste à accueillir des startups françaises à Casablanca.
Dans l’autre sens, l’Île-de France devra accueillir des startups casablancaises. L’esprit de cette démarche est de l’inscrire dans une logique d’export, de conquête de marchés et de partage de savoir-faire. Par ailleurs, nous avons proposé, dans le cadre des Mardis de la smart région que nous allons organiser à partir d’avril prochain, d’inviter des acheteurs publics franciliens pour rencontrer des startups autour de thématiques précises.Des startups marocaines seront invitées pour pitcher devant les acheteurs franciliens. A titre d’exemple, nous allons faire rencontrer des représentants de lycées avec des startups spécialisées dans la e-éducation qui vont pitcher pour voir les services que les lycées peuvent acheter. Autre exemple, l’on fera venir des maires de l’Île-de- France, qui sont plus de 1.200, pour débattre des problèmes de sécurité, de propreté, gestion de déchets, de mobilité, de transport, de services digitaux... Là encore, l’on procédera à des présentations de startups sélectionnées à l’avance, à la fois franciliennes et marocaines, pour pitcher leur potentiel.

- A quelle échéance et comment comptez-vous opérationnaliser ce dispositif?
- Dès ce printemps, il sera lancé. Après, nous mettrons en place un système qui s’autorégule. Normalement, ce sera un rendez-vous mensuel. Mais nous devons convaincre les acheteurs à venir. Ensuite, nous organisons des journées avec des solutions qui correspondent aux problèmes des donneurs d’ordre. C’est une organisation qui nécessite de l’ingénierie pour bien identifier les problèmes à l’avance et trouver des solutions sur mesure à la commande publique. Dans l’Île-de-France, la commande publique représente quasiment 25 à 30% des achats dans certains domaines, notamment les services offerts au public. Car, finalement, le vrai sujet n’est pas le financement des startups, c’est plutôt la recherche de clients. Si les startups trouvent des clients de référence, les financements suivront.

- Quel est le bilan de la 1re année de coopération de l’Île-de-France avec la région de Casablanca?
- En plus du salon «Futur.e.s in Africa», nous sommes en train de travailler sur la question de l’efficacité énergétique des matériaux, puisque nous avons une agence spécialisée dans l’économie circulaire au sein de l’Institut de l’urbanisme de l’Île-deFrance. Elle sera mise à contribution. Nous pensons organiser une conférence conjointe entre l’Île-de-France et Casablanca pour développer le transfert d’expertise dans les deux sens, surtout par rapport à l’efficacité énergétique, et les éco-matériaux bio-sourcés, recyclés, le nouveau béton bois... L’événement est prévu pour l’automne prochain.

- Le traitement des déchets est l’un des problèmes majeurs de Casablanca. Est-ce que l’Île-de-France peut apporter des solutions adaptées?
- C’est un sujet important sur lequel nous travaillons en ce moment. Nous avons mis en relation Mustapha Bakkoury (ndlr: président de la région Casa-Settat) avec Hervé Marseille, sénateur-maire de Meudon, qui est aussi le président du syndicat du traitement des déchets d’Île-de France. La région ne gère pas les déchets, c’est plutôt le syndicat qui le fait. Mais effectivement, Bakkoury veut travailler sur cette question. Par ailleurs, il y a une startup marocaine qui travaille sur la méthanisation des déchets. C’est-à-dire vous collectez des déchets verts, vous faites du compost, du biogaz que vous collectez et vous réinjectez. Après, il faut le vendre. Nous sommes en train de mener une expérimentation de méthanisation avec réinjection dans des bus qui roulent au biogaz. Là, c’est une expérimentation qui peut intéresser la région de Casablanca. Bien évidemment, de grandes entreprises comme Veolia, Engie, GDF... peuvent apporter leur expertise. Au-delà de l’incinération, il y a la micro-gestion des déchets au niveau des villes et des exploitations agricoles.

- Comment vous vivez la transformation numérique avec les ruptures et mutations induites au niveau de l’Île-de-France?
- Je pense qu’il y a des métiers qui sont appelés à disparaître, comme il y a des milliers d’autres qui sont appelés à se créer et se développer. Pour l’Île-de-France, le gros sujet est de se déplacer moins et télé-travailler. Nous avons une métropole où il fait bon vivre lorsqu’on ne se déplace pas en heures de pointe. La priorité pour nous est de réussir à développer le très haut débit dans toute la région d’ici 2022 et d’éviter les déplacements au maximum grâce au télétravail. Aujourd’hui, presque la moitié des agents sont en télétravail jusqu’à 2 jours par semaine.
Autrement dit, ils viennent au bureau 3 jours au lieu de 5 par semaine. On leur rembourse 4 heures de transport par semaine. On travaille aussi sur les horaires aménagés de travail avec une tranche allant de 10h à 15h. L’enjeu est de mieux gérer les flux de transport, avoir moins d’embouteillage, des moyens de transport moins saturés, moins de stress et une qualité de l’air. A cet effet, nous sommes en train de mettre en place des lieux de télétravail numérique pour que les personnes puissent travailler près de chez elles, et pas forcément venir au bureau. L’idéal aussi est de pouvoir créer sa propre entreprise là où l’on habite, ou tout près de chez soi. Cela fait vivre le commerce en banlieue et l’activité économique locale. Nous sommes donc en train d’inventer une nouvelle métropole qui n’est pas concentrée sur le centre, mais qui se développe dans une vie harmonieuse à la campagne et tout près de la ville. C’est de l’anti boulot, dodo, métro...

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«Je crois que le numérique, c’est de l’intelligence. Il y a une jeunesse casablancaise  qui a des idées à faire valoir», affirme Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France (Ph. F. Al Nasser)

- Tous ces nouveaux concepts sont séduisants, mais ils ne sont pas transposables dans le contexte de Casablanca...
- Certes, ce n’est pas l’urgence pour les Casablancais, mais cela ouvre des pistes de réflexion. Sur la transformation numérique, nous avons une grille de formation. Parce que nous allons avoir une pénurie d’une dizaine de milliers d’emplois dans le domaine du numérique en Île-de-France. Cela concerne la pose de la fibre optique où il va falloir 5.000 personnes pour déployer le réseau. Il y a aussi toutes les nouveautés et métiers qui concernent le numérique: web développeurs, web designers, programmeurs... Nous avons besoin de transformer la marche forcée des compétences. Il y a une grande école francilienne qui va s’implanter à Casablanca pour apprendre une méthode spécifique de codage aux chômeurs et aux personnes qui n’ont aucune culture informatique. En clair, nous allons pouvoir former des personnes au chômage ou d’autres qui sont en reconversion d’emploi, y compris les femmes. C’est tout un plan qui est mis en place pour aider à la transformation des compétences.
A titre d’exemple, les drones; on en a partout dans la surveillance, la communication pour filmer l’agriculture, les inondations, l’étude des sols, les catastrophes naturelles... Nous avons formé à marche forcée des dizaines de pilotes de drones. Un métier qui n’existait pas il y a 3 ans.

- Un partenariat, c’est d’abord un échange dans les deux sens. Que peut apporter la région de Casablanca à l’Île-de-France?
- Je crois que le numérique, c’est de l’intelligence. Il y a une jeunesse casablancaise  qui a des idées à faire valoir. Pour vous donner un exemple, nous avons une startup casablancaise qui a développé un système de paiement de confiance pour la diaspora marocaine. Ce qui a permis de payer à distance des prestations pour la famille qui est restée au Maroc.
L’Île-de-France compte des millions de Franciliens issus des diasporas. Du coup, un système de paiement sécurisé dans un pays étranger devra forcément marcher. Il y a une multitude d’idées similaires qui naissent au Maroc et qui peuvent être développées en France. Nous avons aussi l’exemple de deux jeunes franco-marocains qui ont développé un système de financement de voyages par le partage de bagages. C’est un peu le Blablacar des bagages. Il y a aussi l’exemple de la startup marocaine qui a développé des frigidaires sans éléctricié, uniquement à base d’argile. C’est pour vous dire que l’intelligence n’a pas de limites ni de frontières. Dans le cadre de la convention qui lie les 2 régions, nous avons un volet conscaré à ces problématiques de l’urbanisme. L’Institut d’urbanisme et d’aménagement en Île-de-France travaille en collaboration avec la région de Casa-Settat sur le Schéma directeur de l’aménagement urbain (SDAU).

Le tram casablancais plus sécurisé

Le tram casablancais nous a permis de remonter de bonnes idées pour le tram francilien, relève Valérie Pécresse. Selon elle, le modèle développé à Casablanca est beaucoup plus sécurisé. Les stations de Casablanca sont plus sécurisées pour éviter les fraudes. «Nous avons un problème de paiement», car il y a des Franciliens qui prennent le tram comme s’ils prenaient des navettes gratuites», ajoute-t-elle. Du coup, tous les aménagements de trottoirs et les dispositifs de sécurisation peuvent être dupliqués à Paris. L’intérêt de la station sécurisée est qu’elle permet de réguler et de limiter considérablement la fraude.

Propos recueillis par Amin RBOUB et Aziza EL AFFAS

                                                                                                  

Toutes les informations en «open data»

L’Île-de-France est en train de mettre en place des services intelligents un peu partout. La région s’apprête en effet à lancer «Oriane», un portail d’orientation pour les jeunes qui recense toutes les offres de formation en fonction des besoins sur chaque territoire. Ce nouveau système, basé sur l’utilisation du big data, a nécessité 2 ans de travail. «Nous avons exploité les données de pôle emploi, les besoins des entreprises, des territoires, des universités, de formation professionnelle… pour lancer une cartographie», précise la présidente de la région.

L’Ile-de-France, qui est un vaste territoire, a été jusqu’ici considérée comme un seul bassin de l’emploi. A partir de ce mois-ci, si vous êtes Francilien, vous pouvez savoir s’il y a de l’emploi près de chez vous et quels sont les métiers qui recrutent, ceux où vous risquez d’être au chômage, quelles formations près de chez vous si vous souhaitez changer de métier… «Nous lançons aussi le double numérique de la région», poursuit Pécresse. Il s’agit d’une modélisation 3D avec toutes les données disponibles sur la région. Ce mois-ci, la région lance aussi toute l’offre en immobilier professionnel avec possibilité de visiter le quartier, les prix, l’environnement … sans se déplacer.

«Nous aurons aussi un service «Ile-de-France startups» qui va recenser plus de 8.000 startups», annonce la présidente de la région. Un système pour la prévention des inondations en collaboration avec les assureurs sera également mis en place … «En fait, la smart région n’est autre qu’une grande carte avec toutes les données en open-data, les startups peuvent y puiser pour lancer de nouveaux services: horaire de train, flux déplacement, immobilier disponible, population, tranches d’âge, les places de parking disponibles…», explique Pécresse. La région lancera également cette semaine une application sur la sécurité dans les transports publics. «Alerte 3117» est une application téléchargeable sur smartphone. Les services de sécurité de la SNCF et de RATP sont informés en direct via cette application.

 

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