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    Symposium UPF: «Accompagner sur le terrain, pas dans une salle de cours»

    Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4998 Le 07/04/2017 | Partager
    Maria Snoussi, présidente du Conseil scientifique de l’IRD, tire la sonnette d'alarme
    La gestion des ressources doit impérativement intégrer le savoir-faire ancestral
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    Professeur à l’université Mohammed V de Rabat, Maria Snoussi vient d’être élue présidente du Conseil scientifique de l’IRD, l'Institut de recherche pour le développement (Ph. Mokhtari)

    Invitée pour la conférence inaugurale du 2e symposium de l’Union de la presse francophone, la scientifique Maria Snoussi a dressé un bilan du prélèvement effréné des ressources naturelles dans le monde, et surtout en Afrique. Professeur à l’université Mohammed V de Rabat, elle vient d’être nommée présidente du Conseil scientifique de l’IRD, l'Institut de recherche pour le développement, devenant ainsi la première personnalité non-française élue à ce poste. Echange autour des questions de durabilité avec une femme résolument optimiste.
     
    - L’Economiste: Votre intervention sur le danger que représente le doublement futur de la population en Afrique a fait polémique. Le plus difficile sur ces questions d’environnement n’est-il pas de concilier tant de différences culturelles vers un objectif commun?
    - Maria Snoussi:
    C’est en effet culturel et religieux pour certains. Mais il y a aussi la raison. La pénurie alimentaire fait déjà des ravages dans certains pays où des enfants meurent de faim. Je suis scientifique, je dois parler sans autres influences que les constats de terrain. Pour autant, et cela vaut pour tous les sujets, une bonne gouvernance doit intégrer dans la discussion toutes les composantes, toutes les parties prenantes. La gestion des conflits est un volet essentiel à toute gouvernance. Cette confrontation d’idées, d’intérêts et d’expériences a toujours généré de l’innovation et des réflexions nouvelles. Ces conflits de pensées et de paroles sont donc très positifs.

     - Vous avez présenté les résultats scientifiques d’une étude menée avec vos étudiants sur les conséquences de la montée du niveau de la mer sur notre littoral. Nos dirigeants y sont-ils sensibles?
    - Il s’agissait d’un projet d’étude du ministère de l’Environnement, que j’ai coordonné, et qui ciblait les villes de Mohammedia, Saïdia et Tanger. Les résultats sont clairement alarmants. Et pour seule réponse, c’est notre travail qui a été mis en doute. Vous savez, il est souvent difficile de regarder la réalité en face, surtout quand elle remet en question certains investissements financiers. Prenons l’exemple de la station balnéaire de Saïdia. En plus de ces dunes et de cette végétation détruites, la montée du niveau de la mer reste une menace, et nous ne pouvons plus l’ignorer. Ce projet, qui voulait avoir les pieds dans l’eau, risque fort d’y arriver un jour! Nous ne parlons pas simplement ici de sécurité des personnes, mais aussi de sécurité des investisseurs. Personnellement, je n’irais pas acheter une maison au bord de la mer au risque de la voir engloutie dans 25 ans.
     
    - Donc, la science souffre à la fois d’un manque de financement, mais aussi de reconnaissance…
    -  Nous sommes complètement marginalisés. Pour l’ensemble de nos travaux, nous cherchons les financements à l’étranger, car les budgets du ministère ne nous permettent que d’acheter le papier et les stylos! Nos espoirs reposent sur nos étudiants, très sensibilisés à ces questions d’environnement car ils sont sur le terrain, ils voient, touchent et palpent les conséquences du changement climatique. Ils sont nombreux, particulièrement ceux issus de milieux modestes, à militer au sein d’associations et d’ONG, très investis à éduquer sur ces sujets ceux qui ne le sont pas. Ils me donnent de l’espoir. C’est la relève.  
     
    - Sur quoi devons-nous travailler, selon vous, pour permettre aux pays africains eux-mêmes de se développer durablement?
    - Nous devons travailler sur le renforcement des capacités en Afrique et le transfert des technologies, car nous en avons grandement besoin. Sauf qu’il s’agit de rompre avec le modèle du consultant qui vient donner son cours et repart bien payé sans que rien de concret ne se passe. Il faut accompagner les gens sur le terrain, pas dans une salle de cours de façon abstraite. Accompagner des projets bien définis dans la durée, et évaluer les résultats. Malheureusement, en Afrique, le mot évaluation est toujours pris de manière péjorative, alors que cela permet simplement de rectifier les trajectoires. Nous devons laisser notre susceptibilité de côté, admettre que nous ne sommes pas parfaits nous non plus, et que nous avons besoin des autres. A condition bien sûr, que ces autres ne viennent pas en donneurs de leçons. Il y a un réajustement à faire des deux côtés. Travailler sur la gestion de l’eau par exemple demande de s’appuyer sur les technologies et les innovations, mais aussi sur les locaux, qui maîtrisent ces questions depuis la nuit des temps. Ce savoir ancestral des populations locales doit être intégré dans les options d’adaptation. D’autant que nous parlons là d’un patrimoine culturel parfaitement en phase avec nos objectifs de développement durable.
    Propos recueillis par
    Stéphanie JACOB

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