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    Société

    La bataille du contenu est enclenchée

    Par Amin RBOUB | Edition N°:4958 Le 10/02/2017 | Partager
    Internet, Instagram, logiciels, jeux, BD... Tout un bouclier made in Maroc
    5 tomes et séries imprimés aux Emirats arabes unis
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    Dr Ahmed Abbadi: «Nous devons construire des algorithmes et extraire les synthèses des savoirs»

    Comment lutter contre le discours radical? Quelle est l’alternative à l’extrémisme religieux? Comment désamorcer une bombe, appelée Daech?  Ou encore comment éviter le recrutement de jeunes jihadistes...? Autant de questions auxquelles répond la Rabita des oulémas du Maroc, par le biais de son secrétaire général, docteur Ahmed Abbadi. «On ne peut combattre Daech uniquement par l’insulte et la critique. Il va falloir donner une alternative crédible et cohérente», tient à préciser ce membre de la Rabita qui plus est professeur-chercheur de l’histoire des religions.

    Face au désespoir rampant dans le monde et à l’impuissance devant la menace terroriste (France, Allemagne, Syrie, Turquie, Etats-Unis...), Dr Abbadi propose d’occuper le terrain à travers ce qu’il appelle «la bataille du contenu». Le Maroc s’attelle d’ailleurs à livrer cette bataille via une nouvelle architecture où la Charia rejoint la réalité et le contexte. «La vraie bataille est sur le terrain du texte et de l’interprétation. Il faut aussi reconstruire la crédibilité de l’imamat et du leadership religieux», analyse le penseur. Sur ce volet, le Maroc a des acquis. Dans ce sens où le rite malékite permet de relier le texte religieux au contexte, à la réalité, à l’argument et au contre-argument tout en recoupant avec les finalités et objectifs de la Charia (Maqassid Chariaa).  L’Institut des imams, lancé en 2015, s’inscrit aussi dans cette logique qui consiste à incruster les fondamentaux pour parler d’une religion loin des champs minés, former pour décortiquer les textes et discours chargé de munitions. 
    «Un travail de fond est entrepris depuis plusieurs années à travers l’imamat, les centres de recherche, les conseils des oulémas, les canaux scientifiques... Nous avons des oulémas, des sommités et un travail de fond mené en silence», confie la tête pensante de la Rabita des oulémas du Maroc. Selon Abbadi, la contre-offensive marocaine ne se limite pas uniquement au cercle restreint des oulémas, ni à la seule approche sécuritaire. Pour coller au mieux à l’actualité et au progrès, elle va plus loin en faisant interagir «une armée d’ingénieurs, de docteurs, de techniciens pour assurer une veille digitale».  Mieux encore, le Maroc vient d’éditer une série d’ouvrages: «Les Cahiers pour décortiquer le discours radical» via le site www.arrabita.ma. Cette production connaît déjà un engouement sans précédent un peu partout dans le monde, témoigne Dr Abbadi. «Il est impératif de maîtriser le texte et la technologie pour livrer un soft power capable de contrer le salafisme et l’extrémisme d’où qu’il vient», soutient Dr Ahmed Abbadi. Pour ratisser le plus large possible, le Maroc compte lancer la chaîne de l’éducation par les pairs (peer to peer), en développant des expertises dans des clubs d’enfants et des modèles dans les écoles ainsi que des formations de formateurs (train of trainer). Mais attention! il ne s’agit pas là de faire dans l’élitisme, mais plutôt la mixité entre enfants de différents niveaux et milieux sociaux. C’est une manière de développer des success stories et célébrer l’effort. Ce qui permet d’ériger des remparts contre la manipulation et l’embrigadement par des bras démagogues. Autre bouclier, la mise en place d’un site interactif pour contrer la guerre sur le Net (chabab.ma). Seul bémol, «ce site a été attaqué par des hackers de Daech et a été bloqué dès le 1er jour de son lancement», déplore Abbadi. Depuis, le site web a été réactivé avec plus de firewall et d’ingénieurs rodés à l’exercice de la cybercriminalité. «Nous avons donc enclenché la guerre de la qualité des contenus. In fine, le vrai chasse le faux», confie le chercheur. Mais cette offensive via le texte et les idées ne se limite pas au volet académique. Elle investit depuis un moment les réseaux sociaux, Facebook, Instagram... Et pour vulgariser les contenus, une approche pédagogique et didactique vient relayer le reste dès la petite enfance avec de la bande dessinée, des dessins animés, des logiciels de jeux pour contrer les autres jeux qui font l’apologie de la violence et de l’agressivité... On y raconte des histoires comme «Ayman Wa Nouha», «La Boussole», «Al Qadi Ayyad»... Des séries et des tomes (5 au total) ont été récemment imprimés aux Emirats arabes unis. «Pour accrocher les jeunes de demain, il va falloir parler aux enfants d’aujourd’hui avec un langage plaisant et ludique tel que celui de Prince of Persia», tient à préciser celui qui incarne la nouvelle vague des oulémas du Maroc. Et d’ajouter: l’exception marocaine, elle est aussi due à cela avec tout ce qui a été entrepris au préalable dans les lieux de prières et qui prêtait parfois à l’ironie (Internet et les téléviseurs dans les mosquées, les mourchidates, les mourchidines...) «C’est cette continuité et cette complémentarité dans le travail qui explique l’exception marocaine en plus de 14 siècles du rite malékite», résume Abbadi. Bien évidemment, la valeur ajoutée réside aussi dans la nouvelle architecture du contenu, la gouvernance du champ religieux, la matrice et les capacités des oulémas à comprendre autrement la religion, la modernité, le contexte... «Nous devons construire des algorithmes et extraire les synthèses et savoirs qui s’imposent», déduit Abbadi.

    Daech: 4 typologies de membres

    Selon Dr Ahmed Abbadi, la sociologie de Daech s’articule autour de 4 typologies de membres: La première strate est constituée de fondateurs, avec des noms comme Abou Bakr al Baghdadi. Des membres qui aspirent au statut de Calife des Califes. Viennent ensuite les mercenaires et autres aventuriers adeptes du pillage du pétrole, de la contrebande, du viol, la communication, les relations publiques. En 3e lieu, la strate des gens de bonnes intentions que sont des médecins, des ingénieurs, des commerçants, bouchers (ce sont ceux là qui recrutent). Enfin, la chair à canon, le blé à moudre... sous prétexte de... redessiner la nouvelle cartographie mondiale.

     

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