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Marché du travail: Une «aubaine démographique» à saisir

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4955 Le 07/02/2017 | Partager
La pression sur le marché du travail s’allègera dans les prochaines années
Maintenir une croissance durable d’environ 5% par an est nécessaire pour s’en sortir
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Jean-Pierre Chauffour, économiste principal Maroc de la Banque mondiale: «Moins de la moitié de la population marocaine en âge de travailler contribue actuellement à la création de richesse» (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Pour quelles raisons, selon vous, la croissance marocaine génère-t-elle beaucoup moins d’emplois qu’avant?

- Jean-Pierre Chauffour: La baisse tendancielle du contenu en emplois de la croissance s’explique, en partie, par l’augmentation relative de la productivité de l’économie marocaine depuis les années 90. En d’autres termes, au cours des années passées, deux principaux facteurs ont contribué à maintenir la croissance: l’accumulation de capital physique, notamment à travers les grands projets d’infrastructure et d’équipement, et l’augmentation de la productivité totale des facteurs, liée à la transformation structurelle de l’économie. Avec la baisse des effectifs agricoles, le facteur travail dans son ensemble a peu contribué à la dynamique de croissance. Ce recul tendanciel du contenu en emplois de la croissance trouve son origine, aussi, dans les coûts relatifs des facteurs, y compris les rigidités existantes du marché du travail, et l’inadéquation entre la demande des entreprises et les profils disponibles. A cela s’ajoutent les évolutions technologiques rapides qui tendent à supprimer les emplois les moins qualifiés et les moins productifs. Dans ce contexte, le taux d’emploi, c’est-à-dire, le rapport entre la population active occupée et la population en âge de travailler (15-65 ans), a connu un repli, passant de plus de 48% en 2000, à moins de 42% en 2016. Cela signifie que moins de la moitié de la population marocaine en âge de travailler contribue actuellement à la création de richesse.

- Est-ce également lié au secteur informel?
- L’informel reste, effectivement, très répandu, et la qualité du travail est souvent limitée, en particulier dans les zones rurales, pour les femmes et les travailleurs les moins diplômés. En 2014, selon le HCP, environ 80% de l’ensemble des travailleurs marocains ne cotisaient pas à la sécurité sociale (94% en milieu rural et 65% en milieu urbain). Les travailleurs ruraux, les femmes et les jeunes sont recrutés de façon disproportionnée dans le cadre d’emplois de faible qualité, informels et peu rémunérés. Par ailleurs, les perspectives de mobilité sociale et de passage d’un emploi moins productif à un autre plus productif sont restreintes et nécessitent du temps, notamment pour les jeunes et les femmes. La mobilité intersectorielle, ainsi qu’entre public et privé, demeure relativement limitée, signe que les politiques industrielles et les réformes du secteur public peinent à produire des résultats systémiques.
L’analyse des transitions sur le marché du travail montre plusieurs tendances: l’emploi formel est une forme plutôt stable d’emploi (il y a un effet d’intégration); le statut d’indépendant est, en moyenne, la deuxième catégorie la plus stable pour un travailleur type, mais pas pour les femmes. Cela montre, également, que l’emploi informel constitue souvent un tremplin vers de meilleurs emplois, toutefois, ceci est moins le cas pour les jeunes; enfin, même si le chômage tend à être durable, le chômeur type évolue, en général, vers un statut informel ou d’indépendant. Les chiffres montrent, également, des mouvements importants du chômage vers l’inactivité, signe de renoncement et de découragement, surtout parmi les jeunes et les femmes.

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Pour la Banque mondiale, la création d’emplois au Maroc «n’a pas été satisfaisante» ces dernières années. Durant la décennie écoulée, la population en âge de travailler (15 ans et plus) a annuellement augmenté, de 1,6% en moyenne, soit 350.000 personnes par an (environ 280.000 en milieu urbain et 70.000 en milieu rural). La création d’emplois n’a, cependant, pas été suffisante pour absorber ce flux. Sous l’effet de la crise économique, entre 2008 et 2015, une moyenne de près de 78.000 emplois par an a été générée, contre 173.000 entre 2000 et 2007

- Que faut-il faire pour améliorer le contenu en emplois de la croissance?
- Eh bien il faut augmenter la croissance elle-même. Pour espérer converger vers les taux d’emploi observés dans les pays émergents, le Maroc a besoin de soutenir une croissance durablement plus forte, proche de 5% en moyenne. Dans les années à venir, la pression sur le marché du travail aura tendance à s’atténuer avec le ralentissement de la croissance de la population en âge de travailler. Celle-ci ne devrait plus augmenter que de 200.000 personnes par an durant la prochaine décennie, contre 350.000 durant la décennie passée. La croissance économique, en particulier celle du PIB non-agricole, constitue, à côté de l’évolution démographique, une autre variable déterminante pour la création d’emplois.  Compte-tenu des gains de productivité, un taux de croissance supérieur à 2% est requis pour amorcer un processus de création d’emplois, et c’est un taux d’au moins 4% qui est nécessaire pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail.
Or, le phénomène d’aubaine démographique que connaît actuellement le Maroc renforce significativement la croissance potentielle du pays. Plusieurs études ont démontré l’existence d’un lien étroit entre la croissance économique et la dynamique démographique. Selon certains économistes, près d’un tiers de la croissance réalisée par les «dragons asiatiques» serait imputable à l’aubaine démographique dont ils ont bénéficié. 

- Comment?
- Cette influence opère à travers trois principaux canaux de transmission. Tout d’abord, sur le plan purement comptable, une plus grande proportion de personnes en âge de travailler dans la population rehausse le potentiel de croissance et élève mécaniquement le PIB par habitant. Ensuite, la baisse du taux de dépendance allège les dépenses contraintes des ménages et conduit à une hausse du taux d’épargne à l’échelle macroéconomique, ce qui permet d’améliorer les conditions de financement de l’investissement. Enfin, la baisse du taux de fécondité s’accompagne généralement d’une plus grande participation des femmes au marché du travail, ce qui élève davantage le taux d’emploi et le potentiel de croissance.

 

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