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    Evénement

    Toujours des «bombes» dans les manuels scolaires

    Par Hassan EL ARIF | Edition N°:4923 Le 23/12/2016 | Partager
    La philosophie diabolisée dans le livre «Manar At tarbia al islamiya»
    Un contenu pourtant «validé» par le Conseil des oulémas
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    Parmi les passages critiqués dans le manuel «Manar At tarbia al islamiya», un chapitre attribué au salafiste Ibnou As-Salah Ach Chahrazouri, mort en 643 de l’hégire, et très critique sur la philosophie (Ph. A.K)

    Le processus de déminage des manuels scolaires se heurte toujours à des résistances. Encore une fois, c’est l’enseignement de la philosophie qui ne semble pas faire l’unanimité auprès du courant radical. Un manuel d’éducation islamique, programmé pour l’année scolaire 2016-2017 et destiné aux élèves de 1re année de l’enseignement secondaire, diabolise cette matière. Les arguments repris dans ce manuel s’appuient en grande partie sur le courant de pensée incarné par Ibnou As-Salah Ach Chahrazouri, connu pour être une des figures du salafisme. Un extrait: «La philosophie est le summum de la démence et de la dépravation» (voir encadré et illustration).
    Rappelons que le Souverain avait ordonné que les manuels d’éducation islamique soient expurgés de tous les passages incitant à la violence, le racisme, l’intolérance, et enrichis de concepts prônant les droits de l’homme, le respect, l’égalité des races… Une commission a été créée entre les ministères de l’Education et des Habous. Au début, on avait opté pour le changement de l’intitulé de la matière en «éducation religieuse» au lieu d’éducation islamique, qui exclut les autres confessions religieuses existant au Maroc. Mais les conservateurs s’y sont opposés.
    Les cahiers des charges ont été préparés en juin, la version définitive des manuels a été validée en août et l’impression a démarré en septembre. Un laps de temps trop court et qui explique la multiplication d’erreurs. Ahmed Filali Al Ansari, président de l’Association nationale des éditeurs, rejette toute responsabilité dans le contenu des manuels, qui ont été validés par le Conseil des oulémas avant leur impression. Certains manuels de l’éducation islamique devront être corrigés à la rentrée car «ils comportent des erreurs grammaticales, de retranscription du Coran…»
    En tout cas, cette dérive suscite de vives inquiétudes auprès du corps enseignant. L’Association marocaine des enseignants de philosophie (AMEP) est la première à manifester.
    Elle vient d’organiser des sit-in dans certains lycées pour protester contre le contenu du livre «Manar At tarbia al islamiya» en particulier, publié par Top Edition et jugé dénigrant pour la philosophie. Le document incriminé fait partie des livres réédités pour la rentrée scolaire 2016-2017 sur instructions royales après avoir été revisités par une commission interministérielle. Comment se fait-il que ce manuel ait échappé à la vigilance de ladite commission?
    «Le manuel comporte un schéma opposant les sciences religieuses telles que le fikh, le hadith et les relations civiles aux sciences positives telles que les sciences humaines, les mathématiques, la physique, les sciences de la vie et de la terre. Et dans une autre page, l’éditeur a précisé que toute science  contraire à l’islam est une science profane», signale Lahcen Outsellamt, membre de l’Association marocaine des enseignants de philosophie. Il précise que d’autres passages du manuel «doivent être condamnés parce qu’ils traitent la philosophie d’hérésie en s’appuyant sur le fkih salafiste Ibnou As-Salah Ach Chahrazouri, qui affirme que cette matière conduit à la mécréance».
    L’Association des enseignants s’inquiète au sujet des «concepts tendancieux et étrangers» qui commencent à faire leur apparition dans les manuels scolaires édités au Maroc. Parmi ces concepts, la classification des sciences entre «le religieux et le non-religieux» qui s’inspire du «courant wahhabite». L’on retrouve cette même classification dans les «tribunaux religieux» (mahakim charia) de Daech et chez d’autres extrémistes.
    «Les livres d’éducation islamique s’inspirent d’un curriculum officiel qui est lui-même conservateur et qui ne croit pas à la liberté de pensée. Pour lui, la philosophie doit être au service de la foi et de la religion et doit contribuer à les renforcer. Nous ne cessons de dénoncer l’idéologie wahhabite qui commence à toucher l’ensemble des écoles marocaines. Mais c’est le livre Manar at tarbia al islamiya qui est le plus extrémiste et que nous dénonçons le plus», précise Abdelkarim Safir, secrétaire national de l’Association marocaine des enseignants de philosophie, qui compte une trentaine de sections régionales.

    La philo, «science du diable»

    Dans la page 83 du manuel «Manar At tarbia al islamiya», l’on peut lire «les oulémas ont toujours eu des positions violentes par rapport à la philosophie». «Lorsque Ibnou As-Salah Ach Chahrazouri a été interrogé sur la personne qui utilise la raison et la philosophie, il a répondu: la philosophie est le summum de la démence et de la dépravation. C’est une discipline qui provoque l’angoisse et l’errance, l’hérésie et la mécréance. Celui qui recourt à la philosophie ne pourra pas voir les bienfaits de la charia qui sont appuyés par des preuves…».  D’autres passages affirment que «bien qu’ayant réalisé toutes sortes de progrès, l’humanité se sent perdue, sans but…».

     

     

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