Analyse

Tourisme/Nord : Tanger mise sur le segment business

Par Ali ABJIOU | Edition N°:4913 Le 07/12/2016 | Partager
Développement industriel et connexions routières lui permettent de percer sur ce créneau
L’aérien s’améliore mais les lignes internes sont à la traîne
Les marchés chinois et russe à portée, via l’Andalousie
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Pour Mustapha Boucetta, président du Conseil régional du tourisme de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, la destination défie la crise du secteur et améliore de plus en plus sa résilience. Elle se positionne, également, sur le tourisme d’affaires, véritable bouée de sauvetage pour la région (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Par rapport à d’autres destinations du pays, Tanger arrive à tirer son épingle du jeu. Comment expliquer cette tendance?
- Mustapha Boucetta:
En effet, Tanger est actuellement sur une tendance différente par rapport aux autres destinations phares du pays. Son développement industriel lui a grandement profité, lui permettant de mieux répartir la saison touristique sur toute l’année. Le rapprochement avec les grandes métropoles du Maroc, via des connexions routières de qualité, a aussi aidé à drainer un flux de visiteurs nationaux plus fréquent.
Un flux également étalé sur une plus grande période en dehors de celle des vacances (scolaires et d’été). Même si juillet et août continuent d’être les mois les plus prisés.

- Le touriste national continue d’être le champion toutes catégories, malgré l’absence de structures dédiées. Que faut-il faire pour le promouvoir encore plus?
- Je crois qu’il n’y a plus lieu de faire de différence entre le client national et international, et ce si l’on veut les développer tous les deux. Le national qui fréquente des hôtels 4 et 5 étoiles commence à avoir des réflexes internationaux. Il cherche la nouveauté, le dépaysement et l’animation. Et c’est sur ce dernier point qu’il faut commencer à travailler, tout en s’inspirant de villes comme Marrakech qui a fait ses preuves en la matière. C’est un touriste qui dépense beaucoup, et il faut le satisfaire. D’autant plus que tout est en place pour qu’il continue son développement.

- Qu’en est-il du tourisme international?
- Le point le plus important reste le transport aérien, à l’exception des touristes espagnols pour qui le maritime prime. La destination Tanger est passée par des périodes noires après les annulations en 2015 de plusieurs connexions aériennes par la RAM, ce qui a affecté toute la saison 2016. Mais les choses s’annoncent mieux pour 2017. Grâce à l’ONMT, de nouvelles lignes seront mises en place. Madrid sera mieux desservie. Paris, pour sa part, le sera par de nouvelles fréquences sur Charles de Gaulle, dès la fin de cette année, grâce à Air Arabia et à RAM. Plus de sièges donc, mais aussi plus de promotion pour que ces lignes ne partent pas. La RAM revient, en outre, avec des lignes qu’elle avait délaissées, comme Amsterdam et Bruxelles.

- La situation donc s’améliore dans l’aérien?
- La connectivité aérienne avec l’Europe s’améliore, certes. Néanmoins, elle reste compliquée. Nous ne pouvons pas programmer des voyages comme nous aimerions par manque de vols. Sur le long courrier, nous avons l’obligation de passer par le hub de Casablanca. La RAM n’a pas encore accepté d’augmenter le nombre de connexions entre Casablanca, le hub et Tanger, afin de limiter le délai d’attente à moins de deux heures. Devoir attendre le dernier vol de minuit pour rentrer à Tanger via Casablanca est une aberration qui ne joue pas en faveur de la destination.

- Quid du marché russe et chinois, Tanger a-t-elle une place?
- Tanger n’a pas encore commencé à approcher le marché chinois et russe. Si la ville souhaite traiter ces deux gisements, elle devrait le faire au départ de Madrid et Paris, desservies par des vols plus fréquents et moins chers.
Je pense que nous devrions commencer déjà notre promotion en Espagne, notre réservoir, pour cibler les touristes chinois arrivant en Andalousie, et leur proposer des produits sur le Nord. Idem pour le marché russe. Il y a déjà des signes positifs du côté de Chefchaouen. Un nombre important de touristes chinois sont des habitués de cette ville.
Par contre, un problème subsiste encore, celui du guidage. Il n’y a pas de guide touristique en chinois ni en russe  dans la région.

- Les conditions sont-elles meilleures pour le maritime?
- Il faut noter que c’est la connexion avec Tarifa qui permet à Tanger de vivre du tourisme. C’est une chance que le port de Tanger soit encore relié à cette ligne. Cette connexion a aussi beaucoup de succès auprès de nos concitoyens et des  espagnols qui laissent leurs voitures à Tarifa et traversent vers Tanger. La fréquence des rotations est intéressante et permet des allers-retours dans la journée. La ligne fait travailler la ville et toute la Région, car elle permet une connexion plus simple de villes comme Chaouen, par exemple.
Tarifa est aussi intéressante pour les touristes portugais faisant de ce petit port leur point de départ dans le cadre du tourisme familial en voiture vers le Maroc. Une niche à développer.

Plus de visibilité

Tanger devrait devenir plus visible. Actuellement les efforts de promotion vont vers Agadir et Marrakech qui subissent des baisses d’activité. Cela peut paraître logique, cependant, il ne faudrait pas oublier Tanger, selon Boucetta. La ville devrait elle aussi être rayonnante et participer plus aux salons, surtout dans ces nouveaux marchés que sont la Russie et la Chine.

Les croisières, une niche d’avenir

LES croisières sont une priorité pour Tanger et sa proche région. Le projet de réhabilitation du port de Tanger et de la médina est en phase finale. «Un grand effort reste à fournir auprès des décideurs pour la programmation de notre escale», précise le président du CRT de la Région. Le Conseil régional du Tourisme, pour sa part, a participé, pour la première fois, au Sea Trade Med, le salon des opérateurs en tourisme de croisières. L’évènement s’est tenu aux Canaries, avec comme objectif de faire connaître la destination et de prospecter de nouvelles opportunités.

Propos recueillis par Ali ABJIOU

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