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    International

    Campagne présidentielle dans le pays du storytelling politique

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:4888 Le 01/11/2016 | Partager
    La durée moyenne d’une campagne américaine est de 496 jours
    Deux candidats aux antipodes
    Les plus grands communicants à l’affût

    «Le show à l’américaine» n’est pas une vaine expression. Que ce soit dans le spectacle, le sport ou même la politique, les Américains aiment faire les choses en grand. Et c’est lors des présidentielles, toujours orchestrées comme ces séries américaines haletantes, ponctuées de débats télévisés suivis par des millions de téléspectateurs, avec des passes d’armes parfois d’une violence inouïe, que se dévoile tout le génie des communicateurs dans le pays du «storytelling politique».
    D’abord, il faut le préciser, une campagne électorale pour se présenter au plus prestigieux poste des Etats-Unis, et peut être même du monde, dure près de 20 mois. Selon des statistiques menées depuis 1972, une présidentielle américaine dure sur le terrain en moyenne 496 jours, avec un record de 691 jours pour Jimmy Carter, lors du scrutin présidentiel de novembre 1976. Soit près de deux ans avant l’échéance. Il y a d’abord la course à l’investiture et ensuite celle à la présidence, autant dire qu’il faut de l’endurance, de la pugnacité et surtout une puissance de feu financière. Les deux candidats actuels n’en manquent pas et font de cette campagne l’une des plus «divertissantes» au regard des spécialistes de la communication.
    Deux principaux prétendants donc, à la succession de Barack Obama,  pour ces 58e présidentielles, prévues le 8 novembre 2016: Hillary Rodham Clinton, 69 ans pour le camp démocrate et Donald Trump, 70 ans pour les républicains. Deux candidats que tout oppose et qui drainent des publics très différents. Un électorat essentiellement féminin et ethnique pour la première, alors que Trump doit essentiellement sa popularité aux électeurs de sexe masculin, blancs, et sans diplôme universitaire.
    Deux audiences autour desquelles seront  bâties les campagnes de chacun des candidats. L’ex première dame des Etats-Unis a tout naturellement décidé de s’entourer d’un véritable commando féminin, en piochant naturellement dans l’équipe au pouvoir, avec  à leur tête la conseillère politique d’origine Indo-pakistanaise Huma Mahmood Abedin. Un choix judicieux tant au niveau symbolique que professionnel, son père, Syed Abedin, est le fondateur de l’Institut des affaires de la minorité musulmane, un think tank qui publie le «Journal of Muslim Minority Affairs».
    Elle a pour mission de changer l’image jugée trop bourgeoise de la candidate. C’est elle qui a poussé Hillary Clinton à faire une pause déjeuner surprise dans un fast food, en avril dernier, à l’Ohio. Un geste a  priori anodin, mais qui a suscité un véritable emballement médiatique aux Etats-Unis. Autre dame de l’ombre de l’équipe Clinton, la discrète mais redoutable gourou de la communication Kristina Schake. Cette ex conseillère de Michelle Obama, a fait en sorte de rendre la première dame des Etats-Unis, l’une des femmes les plus populaires au monde. Couverture du magazine de mode américain Vogue, pas de danse avec le roi du talk-show Jimmy Fallon, devant des millions de téléspectateurs pour sensibiliser au problème de l’obésité chez les enfants, participation à l’émission «Top chef», le tout relayé par des milliers d’internautes. Kristina Schake, a réussi l’exploit de faire de Michelle Obama  selon le New York Times, une femme «forte», «engagée» et surtout «accessible». Un exploit à rééditer avec  celle qui traîne une image d’héritière inaccessible. Kristina Schake tente depuis de présenter une candidate «proche des gens» avec une campagne  plus intimiste face aux grands meetings de son rival Donald Trump.
    Les images d’une Hillary Clinton chez un marchand de glace, avec des joueurs de domino dans une maison de retraite ou encore partageant un repas avec des hispaniques, célébrant la «diversité américaine» se veulent être l’antithèse de son extravagant rival, au risque des fois de paraître sur-jouées. Face à la campagne politiquement correcte de l’ex première dame, Donald Trump mise, lui, sur la démesure et joue sur l’esprit «cow boy» de ses compatriotes. Sa candidature aux primaires n’a d’abord pas été prise au sérieux, ni par les observateurs politiques, ni par son propre camp. Mal leur en a pris puisque Trump se retrouve au coude à coude avec sa rivale démocrate. Le milliardaire, par ses déclarations jugées sexistes et racistes joue à fond la provocation et use d’un langage grossier et parfois violent et agressif,  qui lui vaut  l’animosité d’un grand nombre de personnalités publiques, y compris chez les républicains.
    De grands noms du monde des arts et de la culture se sont élevés publiquement contre son discours chargé de haine, à l’instar de Robert de Niro qui s’est fendu d’une vidéo virulente contre le candidat républicain: «C’est un porc, un escroc, un abruti, une honte pour ce pays» a déclaré la star hollywoodienne. Jouant sur la «grandeur de l’Amérique» contre  «l’Amérique plurielle» de Clinton, Donald Trump mène une campagne de conquérant  contre vents et marées. Une campagne parfois chaotique et une attitude qui sème le trouble au sein même de ses équipes qu’il a été obligé de remanier à plusieurs reprises. D’autant plus qu’il a été obligé de mettre à l’écart son conseiller  Paul Manafort soupçonné d’avoir bénéficié de versements illégaux de millions de dollars en liquide de la part du Parti ukrainien des régions proche de Moscou.
     Un scandale qui s’ajoute aux multiples accusations dont fait l’objet le candidat républicain: évasion fiscale, harcèlement sexuel, contournement de l’embargo contre Cuba… des affaires qui isolent politiquement Donald Trump, mais un Donald Trump qui continue, contre toute attente, de séduire une grande partie de l’Amérique profonde.

    Petite leçon de com’ politique

    Un clip de campagne, datant de 1969 a curieusement refait surface sur la toile depuis quelques mois. Il s’agit d’un petit film considéré comme un cas d’école, réalisé pour la campagne du candidat démocrate Lyndon B. Johnson, intitulé «confession d’un républicain». Le film met en scène un acteur se définissant comme républicain et exprimant sa peur face à la candidature de Barry Goldwater. Il met en cause le soutien apporté au candidat par le Klu klux klan et d’autres groupes extrémistes. L’acteur conclut avec cette phrase: «Soit ces gens ne sont pas républicains, soit c’est moi qui ne le suis pas». Un clip très innovant et qui a marqué une véritable rupture pour son époque et qui parait d’une extrême actualité aujourd’hui. Son réalisateur  Sid Meyer  déclarait au site politique américain «Politico»  qu’il faut montrer aux électeurs concrètement ce que les propositions de Trump donneraient si elles venaient à être mises en œuvre «Si vous visualisez 11 millions de mexicains déportés dans des camions, cela devient très vite inenvisageable. Montrez donc à quel point la proposition de Trump est ridicule. Plutôt que de le dire, montrez-le».

     

     

     

     

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