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    Politique

    Sondages d’opinion: Un verrou pour rien?

    Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4842 Le 24/08/2016 | Partager
    Interdiction 15 jours avant le démarrage de la campagne électorale
    Un délai jugé excessif
    Silence radio chez la plupart des partis politiques
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    L’interdiction de la réalisation et la publication des sondages d’opinion à caractère politique ne répond pas à l’esprit de transparence consacré par la Constitution, en privant les citoyens et les partis de données scientifiques, indispensables pour l’identification des tendances de l’opinion publique (Ph. Bziouat)

    Trop c’est trop. Le ministère de l’Intérieur vient d’interdire la réalisation ou la publication des sondages d’opinion à caractère politique. Une mesure loin de répondre à l’esprit de démocratisation et de transparence consacré par la Constitution de 2011. Car, «la démocratie est tout et ne peut être divisée», a estimé Abdelkrim Benatik, ancien patron du parti travailliste, aujourd’hui membre du bureau politique de l’USFP. Pour lui «les sondages d’opinion à caractère politique ne doivent pas être interdits, car ils sont indispensables à la pratique démocratique». Le communiqué de l’Intérieur se réfère à l’article 115 de la loi organique 57-11 relative aux listes électorales générales, aux opérations de référendums et à l’utilisation des moyens audiovisuels publics lors des campagnes électorales. Ce texte stipule qu’il «est interdit de réaliser des sondages d’opinion ayant un rapport direct ou indirect avec un référendum, des élections législatives ou des élections de conseils des collectivités territoriales ou de chambres professionnelles, pendant la période allant du 15e jour précédant le début de la campagne électorale jusqu’à la fin des opérations de vote». Une interdiction accompagnée d’une sanction d’un mois à un an d’emprisonnement et d’une amende de 50.000 à 100.000 DH. Des mesures restrictives qui limitent le droit des citoyens d’être informés des tendances sur l’échiquier politique et des orientations de l’opinion publique. Cela prive également les partis politiques de données nécessaires pour recadrer leurs stratégies. En effet, «il s’agit d’un outil qui permet aux formations de réagir en fonction des données», a expliqué Benatik. Les sondages leur offrent la possibilité de se baser sur «des informations scientifiques et fiables», a-t-il ajouté. Du côté du département de Mohamed Hassad, cette interdiction est justifiée par la volonté de «préserver la crédibilité et la transparence du processus électoral et éviter tout ce qui est de nature à contribuer à l’orientation de la volonté et des choix des électeurs». Or, «la démocratie exige que ces informations soient partagées et canalisées, via des mécanismes comme les sondages d’opinion», selon l’ancien patron du parti travailliste. Le communiqué de l’Intérieur met aussi en

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    avant des cas de «médias ayant réalisé et publié des sondages d’opinion à caractère politique concernant en particulier les intentions de vote et la performance des acteurs politiques». Il a également pointé l’absence d’un cadre législatif régissant les sondages et leur contrôle. Ce qui se traduit par des résultats «imprécis et partiels». Certes, des sondages donnant un avantage à certains partis peuvent être instrumentalisés. Surtout lorsque des formations n’hésitent pas à opter pour une stratégie d’intimidation en se proclamant vainqueurs bien avant la tenue du scrutin, proférant des menaces si les résultats leur sont défavorables. Les «dérapages» qui marquent certains sondages suscitent le débat au niveau international. Mais les interdictions sont rarement aussi sévères et excessives. Des enquêtes menées aux Etats-Unis et en France ont estimé que les sondages électoraux n’affectent en rien les scrutins. Les risques de partialité ou de faible représentativité des sondages ne peuvent pas justifier cette interdiction, selon des observateurs. L’idée est de verrouiller les modalités de réalisation de ce type d’enquêtes pour s’assurer de leur crédibilité. «S’il s’agit d’un problème de manque de compétences ou d’outils scientifiques, l’accompagnement d’organismes ou d’instituts reconnus peut favoriser le développement de cette pratique et le renforcement de sa crédibilité», selon Benatik.
    Curieusement, chez les partis directement concernés par cette interdiction, c’est silence radio. Plusieurs membres de formations politiques, contactés par L’Economiste, ont refusé de se prononcer sur ce sujet. En France par exemple, les partis ont pesé de tout leur poids dans le débat autour des sondages d’opinion. La possibilité de leur interdiction a été évoquée suite à certains dérapages, en vain. A plusieurs reprises, des médias avaient enfreint cette interdiction, montrant l’inefficacité de ce genre de textes. Aujourd’hui, la publication des sondages d’opinion est interdite en France seulement 24 heures avant le scrutin. Aux Etats-Unis, ils sont considérés comme une forme de liberté d’expression, autorisée sans aucune contrainte.

     

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