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    Société

    Des champignons dans notre couscous?

    Par L'Economiste | Edition N°:4836 Le 16/08/2016 | Partager
    Une étude menée par des scientifiques marocains et espagnols
    Sur 98 échantillons analysés, 96 sont contaminés
    L’impact des mycotoxines sur la santé encore méconnu
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    Après avoir confirmé lors de recherches précédentes la présence de mycotoxines dans les céréales brutes (blé, orge, maïs, riz), dans certains produits céréaliers comme le pain, une étude vient d’être menée pour évaluer la contamination de la semoule de couscous par ces toxines (Ph. AFP)

    Bien que plusieurs études concernant la contamination des céréales et leurs produits dérivés par les mycotoxines aient été conduites auparavant, pour la première fois, une investigation a été menée pour évaluer la contamination de la semoule de couscous par ces toxines.  
    «Cette étude a été entreprise après qu’il ait été confirmé, lors de recherches précédentes la présence de mycotoxines dans les céréales brutes (blé, orge, maïs, riz), dans certains produits céréaliers comme le pain frais, les fruits secs et le lait», précise Pr. Abdellah Zinedine du département de biologie de la faculté des sciences de l’Université  Chouaïb Doukkali (UCD) d’El Jadida qui fait partie des chercheurs qui ont mené cette étude. Résultat de cette investigation: cet aliment régulièrement consommé au Maroc, dont on produit entre 80.000 et 90.000 tonnes par an, et qui représente 20,2% de la production mondiale est contaminé par les mycotoxines!
    Sur les 22 mycotoxines recherchées dans 98 échantillons de semoule de couscous consommée au Maroc, certaines excèdent les limites maximales de résidus (LMRs) fixées par la réglementation de la Commission européenne, notamment dans la semoule de maïs et de blé. Cette étude, réalisée dans le cadre d’une collaboration scientifique entre chercheurs marocains et espagnols de l’Université de Valencia, vient d’être publiée dans le journal scientifique «Food Chemistry».
    «Les  mycotoxines  sont  des  substances  chimiques  naturelles  d’origine fongique. Elles  sont  produites  par  les moisissures  au  cours  de  leur  prolifération sur  les  denrées  alimentaires  de  base  comme  les  céréales,  les épices, les fruits secs… La  contamination  peut  avoir  lieu  dans  le  champ (avant  récolte)  ou  pendant  le stockage des  aliments,  lorsque certaines conditions environnementales sont réunies comme la température et l’humidité», explique Pr. Abdellah Zinedine.
    On recense actuellement l’existence de plus de 300 mycotoxines identifiées à l’échelle internationale, mais seule  une  vingtaine  d’entre  elles  intéressent  les scientifiques  et inquiètent les autorités de contrôle des produits alimentaires vu  leur  toxicité  pour  les  êtres  humains et les animaux. Notamment les aflatoxines, substances cancérogènes confirmées et classées par l’Agence internationale de recherche sur le cancer dans le groupe 1.
    Afin de démontrer la présence de ces mycotoxines, ces chercheurs ont évalué la présence de 22 d’entre elles dans 98 échantillons de semoule de couscous consommée au Maroc prélevés entre 2014 et 2015 dans 15 régions du pays. Ainsi, ont été analysés 84 échantillons de semoule de blé, 6 de semoule de maïs et 8 de semoule d’orge.  
    La majorité des échantillons étant d’origine industrielle, seule une minorité a été prélevée chez des coopératives ou directement de foyers.
    «Cette étude a révélé un fort pourcentage de contamination: 98% des échantillons analysés par au moins une mycotoxine. De plus, la présence simultanée de plusieurs d’entre elles s’est avérée fréquente dans plusieurs échantillons. Ces résultats sont inquiétants car il a été démontré scientifiquement que les toxines interagissent entre elles pour induire des effets nocifs sur la santé même à faible dose de contamination», explique le chercheur.
    «Il faut signaler que tout effet toxique dépend des habitudes et des fréquences de consommation de ces produits par les ménages», ajoute-t-il.
    A travers cette étude, il a également été démontré que les niveaux de certaines mycotoxines comme les aflatoxines, les fumonisines et la Zéaralénone trouvés dans la semoule du couscous à base de maïs ou à base de blé ont dépassé les limites maximales admissibles fixées par la législation européenne en vigueur. Cependant, il faut signaler que tout effet toxique de ces mycotoxines dépend des habitudes et des fréquences de consommation de ces produits par les ménages», indique le chercheur.
     Selon lui, il n’existe pas encore d’informations concernant l’impact de la contamination de produits alimentaires disponibles au Maroc sur la santé de la population. «Les études épidémiologiques dans ce domaine sont inexistantes. Ceci est dû principalement à la méconnaissance de cette problématique par les cliniciens, d’une part, et à l’absence de programmes dédiés à la surveillance de l’exposition de la population marocaine et l’évaluation du risque des mycotoxines, d’autre part», souligne Pr. Abdellah Zinedine.

    Pistes de réflexion

    La sensibilisation des agriculteurs, l’accompagnement des industriels et des producteurs, l’adoption d’une réglementation nationale vis-à-vis des mycotoxines, ainsi que le renforcement des capacités pour le contrôle de ces substances dangereuses sont des priorités nationales afin de réduire le risque des mycotoxines, protéger la santé du consommateur et éviter les pertes économiques engendrées par ces contaminants.
    Par ailleurs, l’instauration de programmes dédiés aux mycotoxines serait d’un grand intérêt scientifique. D’un côté, pour évaluer l’exposition de la population marocaine à ces toxines, et d’un autre côté, pour mener des études épidémiologiques et des recherches sur le lien éventuel (relation de cause à effet) entre la présence de ces toxines dans notre alimentation et la prévalence d’une ou plusieurs maladies.
    Nous sommes convaincus que de tels programmes pourraient aboutir à des résultats et probablement répondre à des questions qui préoccupent les autorités sanitaires. Citons par exemple les maladies rénales fréquentes dans notre pays, certains types de cancer…

     

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