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    Fidel Castro a 90 ans: C’était aussi une histoire de barbes

    Par Nadia SALAH | Edition N°:4834 Le 12/08/2016 | Partager
    La révolution des Barbudos, du poil commun avec les Djihadistes?
    Rien ne vaut une bonne communication, bien racontée, bien photographiée
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    Fidel Castro a déjà trusté tous les pouvoirs quand il se rend à Moscou en 1963,  où le chef soviétique Nikita Khrouchtchev le fait applaudir. Six mois plus tôt, pourtant, ils ont perdu la face dans un affrontement avec les Etats-Unis de Kennedy: la crise des missiles de Cuba avait failli emporter le monde dans une guerre nucléaire. Fidel Castro aura 90 ans le 13 août (Ph. Tass-AFP)

    Complètement disparu de la scène et remplacé par son petit frère, Fidel Castro aura 90 ans, cette semaine, le 13. Gosses de riches, voire de très riches, Fidel et Raul (aujourd’hui à la tête de Cuba, «en attendant que Fidel revienne»), étaient de tous les coups révolutionnaires des Caraïbes et d’Amérique du sud. On les voit, à peine sortis des bons collèges jésuites, faire le coup de feu à Bogota ou à Saint Domingue. Toujours barbus, une barbe sans laquelle on ne fait pas les bons révolutionnaires, hier comme aujourd’hui.  
    Pourtant, quand Fidel et Raul étaient étudiants ils n’attendaient pas la fortune, qu’ils avaient déjà, mais ils avaient bien compris que la bonne filière du pouvoir cubain était le syndicat étudiant, assez puissant pour cogérer les facs. Les diplômes, Fidel en a trois, ne sont que les à-côtés du système éducatif sous les Diaz-Balart.
    Bien introduit dans les cercles de pouvoir des dictateurs, Diaz-Balart et Batista, Fidel s’y marie une première fois: deux de ses beaux frères sont membres du Congrès américain à Washington, tous deux farouchement anticastristes.
    Puis il s’y mariera une deuxième fois. Mais entre temps, il rate un premier coup d’Etat, celui de la Moncada en 1953. Qu’espérait-il avec une «armée» de 90 personnes? A l’époque, les révolutionnaires pensaient qu’il suffisait d’allumer une mèche avec quelques militants pour que le peuple tout entier se révolte. On se reportera avec utilité au livre de  Mehdi Bennouna, «Héros sans gloire» (à ne pas confondre avec un autre, son opposé, «Héros sans gloire» du Congolais Onongo Ebanza Joseph, qui décrit les exactions et pillages de groupes combattants). Bennouna, parlant des gauchistes des années 1960-70 au Maroc, y décrit le même espoir de révolution spontanée, que celui des Castro vingt ans plus tôt.
    Après l’échec de la Moncada (depuis présenté comme une grande gloire), ce qui reste des révolutionnaires se réfugient aux Etats-Unis. Ils y préparent un  deuxième coup d’Etat, sous forme de débarquement contre Cuba. Castro ment sans vergogne sur ses choix politiques: il s’affirme libéral et capitaliste, pour drainer des financements. Les révolutionnaires sont encore moins nombreux que la première fois. Les militaires de Batista les taillent en pièce.
    Le trait de génie fut de se réfugier dans les montagnes et de parler aux médias des Etats-Unis, qui mobilisent leurs meilleurs reporters et photographes pour cette merveilleuse série TV «en vrai» juste là où les Américains vont si nombreux en vacances.

    La bonne recette des révolutions

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    Le doigt levé à droite, Fidel Castro en 1960. Il vient de prendre une partie du pouvoir cubain; Washington croit encore que c’est un naïf, qui ne s’attaquera qu’aux Droits de l’Homme, jamais au capital. Les autres barbus sont Numez Jimenez (au centre), un scientifique révolutionnaire assistant personnel du Che, et disparu lui aussi  dans les années 90, et, à gauche, le célèbre Che Guevara, dont les aventures inspirent encore opéras et chansons romantiques (Ph. AFP)

    La recette du «story telling», c’est-à-dire  raconter une belle histoire avec de belles photos, fonctionne toujours. Comme le Maroc le voit dans le basculement des émotions (et de la diplomatie) des Américains vers les thèses du Polisario.
    Les seize survivants gagnent une certaine aura sur place, mais surtout ils font perdre au dictateur le soutien de Washington. Dans un tel contexte, les soldats réguliers désertent ; Batista s’enfuit, mais en pillant les banques d’abord. Vu ce pillage de banques très mauvais pour l’image du fuyard, la liaison Castro-Washington, commence par une lune de miel.
    Le Che, le beau Che Guevara, immortalisé grâce à l’immense talent du photographe Alberto Corda, est à la tâche. Du sale boulot, puisque c’est une «épuration révolutionnaire»: on parle de 100.000 prisonniers, d’exécutions massives et arbitraires… Pour une île de moins de 7 millions d’habitants, cela fait beaucoup. Pourtant ça passe. Le régime a même encore des admirateurs: Mme Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon… pour ne citer que les plus célèbres.
    Ce n’est que lorsque les Barbudos nationalisent  une firme américaine, que le fil est rompu avec les Américains: 55 ans d’embargo. Un embargo qui ne gêne pas la célèbre base de Guantanamo, où les Etats-Unis s’occupent à nouveau de barbus, ceux de notre temps.
    Les barbes des Castro ont bien blanchi quand, cette année, Obama, toujours avec son propre photographe Pete Souza (personne n’a le droit de prendre des photos du président Obama, hormis cet artiste) s’est mis à raconter une contre-histoire, celle d’une réconciliation romantique. De mauvaises langues soutiennent que c’est juste pour des poignées de votes en Floride, à piquer aux Républicains.
    Mais revenons aux barbes bien noires des révolutionnaires encore jeunes.
    En 1962, au pouvoir depuis deux ans et engagé dans un toujours-plus-de-répression, Castro décide de revenir vers la politique et pique le Parti communiste à son petit frère Raul. Puis se jette dans les bras des soviétiques.

    Peu de poils chez les Soviets

    Les Soviets ne prisent pas le poil: question d’identification. Sinon comment distinguerait-on les bons révolutionnaires des simples moujiks et popes ignares, tous abondamment poilus? Cuba a-t-il été trompé sur la nature des équipements que les Soviétiques installaient sur son île? Certains le soutiennent. Les romans d’espionnage ou d’aventure, utilisant ce thème des missiles pointés sur les Etats-Unis, en ont fait un fonds de commerce.
    Par la suite les Barbudos cubains et latinos s’impliquèrent dans les conflits africains, toujours avec d’excellents photographes. Résultats décevants, sauf  pour déstabiliser l’Afrique du Sud et amener Nelson Mandela. Un homme glabre, qui eut deux ou trois ans durant ses bureaux à Oujda, plus des armes financées par le Maroc. Ces fournitures «chaudes» furent faites sur décision d’Hassan II et par le biais des ancêtres des actuels PJDistes, les nouveaux barbus.

    Le poil qui parle

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    Sorti en 2011 pourtant, ce livre ne contient presque rien sur l’Islam et rien du tout sur le poil Djihadiste. Mais il est très développé sur les poils chrétiens. Parfois très drôle aussi. En fait, c’est une réunion d’auteurs et de thèmes, tous autour du poil, qu’il soit follet ou abondant, tonsuré ou arraché.
    Il est facile à trouver, n’ayant pas rencontré le succès qu’il aurait mérité. Une des auteurs, la professeure Marie-France Auzépy, a publié plus récemment un ouvrage, intitulé «Poils», qui est une investigation sur le poil dans la peinture. D’autres participants à cette «Histoire du Poil» ont aussi publié leurs travaux, très, très, très sérieux, dans une somme scientifique: «Anthropologie, mythologie et histoire de la chevelure et de la pilosité, le sens du poil», l’Harmattan. Et il y en a pour quelques 350 pages! (disponible sur Kindle)
    Au total, rien qu’en français on trouve une petite dizaine de travaux, plus ou moins sérieux sur le système pileux des humains.

    La plus belle des barbes?

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    ERNESTO «Che» Guevara. Plus d’un demi-siècle après avoir été prise, cette célébrissime photo signée Alberto Korda, est toujours en haut des références de portraits révolutionnaires… donc barbus. Le Che écrit aussi beaucoup, des carnets de route, des réflexions sur les stratégies de conflits, plus une thèse sur la «Guerre de Guérilla» (publiée chez l’incontournable éditeur révolutionnaire Maspero, puis ressortie chez Essais Champs) ; difficile à trouver.
    Avec le retour des guerres asymétriques, ce petit livre récupère de son actualité, sauf que l’idée centrale des Barbudos n’est pas de terroriser pour diviser. Au contraire, ils veulent  rassembler pour changer le monde. Il a été capturé en Bolivie en 1967, avec une poignée de ses amis. Il sera exécuté immédiatement, sans procès.
     Le Che ou sa photo ont inspiré des milliers de livres, une centaine de chansons-culte, huit films et un grand nombre de jeux vidéo. Andy Warhol lui a consacré une œuvre où il utilise des photos de Korda. Et il se vend toujours bien et sans droits, imprimé sur les T-shirts.

     

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