Economie

Sécurité alimentaire/FAO: L’agriculture pour asseoir une paix sociale

Par Joséphine ADAM | Edition N°:5379 Le 25/10/2018 | Partager
Face à une malnutrition chronique qui augmente
L’innovation: une aide précieuse pour l’agriculture durable
Les ODD: un champ d’opportunités pour tous
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Le directeur général adjoint de la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), Daniel Gustafson, a appelé le secteur privé à participer à la résolution des objectifs de développement durable. Une condition essentielle pour éradiquer la faim dans le monde (Ph. Mokhtari)

Dans le viseur: mettre fin à la pauvreté et à la faim dans le monde avant 2030. Pour ce faire, la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, parle de 265 milliards de dollars de ressources supplémentaires à mobiliser chaque année. Entretien avec son directeur général adjoint, Daniel Gustafson, à l’occasion du Forum international organisé conjointement entre l’Organisation et la Berd.

- L’Economiste: L’investissement privé, inscrit comme passage obligé pour la réalisation des ODD,  était au cœur des échanges de ce forum international. Est-ce un avis général? Y a-t-il des réticences?
- Daniel Gustafson:
Il existe en effet quelques préoccupations de la part de certains sur le fait que les objectifs de développement durable sont peut-être trop ambitieux. Tout le monde ne se rend pas encore assez compte des opportunités qu’ils représentent. C’est pour cette raison qu’il faut mettre en avant les entreprises qui réussissent dans ce domaine et qui travaillent pour une production plus durable et pour des investissements agricoles qui prennent en compte les changements climatiques. C’est en les inscrivant comme modèles que l’on pourrait, en partie, convaincre ces réticents. Ceci étant dit, la prise de conscience que les ODD ne sont pas uniquement l’affaire des gouvernements est grandissante.
Le développement durable est aussi bénéfique au climat des affaires et aux entreprises qui s’y investissent. Elles en tirent bénéfices et profits, tout comme le reste de la société, s’agissant de la stabilité, de l’augmentation de la croissance ou de l’élargissement de la base clientèle.

- Quelques pistes d’innovations pour aider le développement d’une agriculture durable?
- Nous pourrions citer de nombreux exemples. La technologie a beaucoup apporté sur des aspects tels que la biologie ou les techniques de fertilisation et d’irrigation. La multiplication du mobile permet aux agriculteurs d’être connectés, et pas uniquement pour échanger des informations mais pour se mettre en réseau et peser dans le commerce.
Ensemble, plutôt qu’individuellement, ils peuvent mieux se positionner sur les contrats à l’exportation notamment. Des pays comme le Kenya, la Tanzanie ou l’Ethiopie représentent de bons exemples dans ce sens, et nous ne parlons là que d’une technologie de faible sophistication.

- Pourquoi ces pays en particulier?
- Il y a d’abord la question du coût. Quand il est bas, l’utilisation des applications par les agriculteurs est plus importante. Dans les pays où le nombre de mobiles a fait un saut significatif, il s’avère que les lignes traditionnelles, les lignes terrestres conventionnelles, étaient en très mauvais état. Cette situation a obligé les populations à s’équiper en masse. Au Maroc, l’impact n’a pas été le même car la connexion téléphonique est bonne, en tout cas dans les grandes villes. Ce qui est, dans un certain sens, un inconvénient.

- Les chiffres de la FAO montrent une augmentation de la malnutrition chronique. Quel constat en faire?
- Nous espérons que cette détérioration actuelle du nombre de personnes touchées par la malnutrition chronique n’est que provisoire. Il y a tout d’abord un facteur déterminant lié aux conflits et au nombre grandissant de personnes qui se retrouvent dans un pays en crise. Ce sont là des difficultés majeures. D’un autre côté, il y a l’impact du climat qui influence la situation de beaucoup de personnes. Là aussi, les chiffres ne cessent d’augmenter. Face à cela, l’agriculture s’impose comme un vecteur efficace pour baisser les tensions et pour asseoir la paix locale. Je pense à ces groupes de femmes qui transcendent les barrières ethniques en travaillant ensemble. Alors logiquement, en augmentant l’investissement, la valeur, en travaillant sur la transformation, le transport... dans le secteur agricole, nous allons améliorer l’employabilité, et ainsi réduire les tensions entre populations.
L’élément le plus important pour le développement reste les ressources humaines. Avec des infrastructures institutionnelles en place, qui assurent l’éducation et la formation à une meilleure utilisation des marchés, nous aurons beaucoup plus de chances de succès. Cette tâche sera plus facile dans certains pays que dans d’autres, mais là encore, l’investissement pourrait aider davantage dans ce sens.

- Enfin, que faire face à une eau qui se raréfie?
- Dans cette région en particulier, la rareté de l’eau est au cœur de problématiques liées aux revenus, à la production, aux conflits, et au partage entre l’industrie, les centres urbains et l’agriculture. D’autant qu’aujourd’hui la nappe phréatique ne cesse de reculer. Là encore, il est essentiel d’intégrer les petits exploitants dans la chaîne de valeur. Il ne faut pas oublier non plus d’aider les ménages à être plus résilients aux effets des changements climatiques.

Propos recueillis par Joséphine ADAM

 

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