Analyse

Ramed: Les pistes de réforme de Anas Doukkali

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5273 Le 16/05/2018 | Partager
Un organe de gestion dédié, révision du ciblage, ouverture au privé, recrutement…
Un déficit de 3.646 médecins et 11.562 infirmiers et techniciens de santé!
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Anas Doukkali, ministre de la Santé: «Une évaluation du Ramed est en cours au niveau de l’Anam. Les résultats seront publiés durant le 4e trimestre 2018. Ils nous seront d’une grande utilité pour repenser nos actions en faveur de l’amélioration de la gouvernance de ce dispositif» (Ph. AD)

Anas Doukkali nous accorde sa première interview depuis sa nomination à la tête du ministère de la Santé. Le ministre compte beaucoup sur son Plan Santé 2025, en cours de finalisation, à travers lequel il ambitionne d’améliorer l’offre et la gouvernance du système de santé. En attendant, il revient sur les dysfonctionnements enregistrés au niveau du Ramed, ainsi que sur les pistes de réforme à déployer. 

-L’Economiste: Le Ramed, généralisé en 2012, rencontre des difficultés financières et de gouvernance. Comment comptez-vous y remédier?
-Anas Doukkali:
Nous pouvons aujourd’hui avancer que nos hôpitaux se sont approprié le système du Ramed. Cependant, ce régime a évolué dans un contexte marqué par une pénurie en ressources humaines. Il n’a, par ailleurs, pas bénéficié de l’accompagnement  financier nécessaire. Pour ce dernier point, il convient de signaler l’irrégularité des virements du Fonds d’appui à la cohésion sociale en faveur du ministère de la Santé. Sans compter la faiblesse de la contribution des communes et des bénéficiaires vulnérables, qui n’a atteint que 30% des prévisions. Ceci au moment où nous prenons en charge plus de 90% de la population ciblée.

- Qu’en est-il de l’évolution des soins avec ce régime?
- Après sa généralisation, nous avons enregistré une augmentation de l’activité des hôpitaux publics de 282% dès 2013. Actuellement, nos hôpitaux comptent plus de 80% de leurs usagers parmi les bénéficiaires du Ramed, ce qui a aggravé leur déficit financier. D’autres dysfonctionnements peuvent être relevés, dont une grande partie en rapport avec le système de ciblage de la population éligible, qui mérite d’être revu, et les modalités de prise en charge des bénéficiaires.
Cette situation impacte de manière négative le fonctionnement de nos CHU, qui se trouvent face à un afflux énorme de patients. A cela s’ajoute l’absence d’un système de facturation rigoureux dans nos établissements hospitaliers, ce qui rend difficile la justification de leurs dépenses au profit des Ramedistes.   

- Des réformes sont-elles prévues?
- En plus de la mise à niveau de nos hôpitaux publics, une attention particulière sera accordée au système d’information utilisé. Il est aussi important d’instaurer une facturation hospitalière permettant de maîtriser les dépenses engagées au profit du Ramed, avec un service de recouvrement efficace. Il faudra aussi procéder à la refonte du cadre juridique en vue d’intégrer le secteur privé, notamment à but non lucratif, parmi les prestataires de soins de ce régime. Sans oublier une action cruciale, celle de la création d’un organisme gestionnaire indépendant pour le Ramed. A noter qu’un travail d’évaluation de ce régime est en cours au niveau de l’Anam (Agence nationale de l’assurance maladie). Les résultats seront publiés avant la fin de l’année. Ils nous seront d’une grande utilité pour repenser nos actions en faveur de l’amélioration de la gouvernance de ce dispositif.
 
- Le secteur souffre d’un déficit en RH.  En parallèle, les manifestations des diplômés, infirmiers et médecins, au chômage se multiplient…
-Il n’y a pas de paradoxe. Cette situation s’explique par la faiblesse des postes budgétaires alloués au secteur depuis des décennies, alors que nous enregistrons un accroissement soutenu de la demande de soins, suite à l’évolution démographique. A ce jour, avec un total de 25.400 médecins, dont 14.400 dans le secteur public, nous nous retrouvons avec un ratio avoisinant 7 médecins pour 10.000 personnes, alors que la moyenne de la région dépasse 11 médecins pour 10.000 habitants. Le même constat est valable pour les infirmiers et les techniciens de santé. Pour se conformer aux normes, nous avons besoin de 3.646 médecins, dont 2.314 généralistes, et d’un minimum de 11.562 infirmiers et techniciens de santé.

- Commet pallier cette situation?
- Pour l’exercice 2018, nous avons pu dérocher 4.000 nouveaux postes budgétaires pour le secteur. Nous espérons continuer sur cette tendance à l’avenir. Cela reste, toutefois, insuffisant pour faire face aux besoins réels du secteur.
Nous devons donc innover, en nous ouvrant sur de nouveaux modes de recrutement, comme ceux par voie de contrat ou par conventionnement, ou encore sur l’achat de prestations auprès du secteur privé. D’autres pistes peuvent être explorées, à partir des recommandations des groupes de travail du «Plan Santé 2025» sur cette question épineuse.

64% de la population couverte par une assurance maladie

«Avec le Ramed et l’AMO, le Maroc arrive actuellement à assurer une couverture d’assurance maladie pour près de 64% de sa population», rappelle Anas Doukkali. Mais pour lui, il faudrait se pencher sur l’extension de la couverture médicale de base aux professionnels, travailleurs indépendants et non-salariés exerçant des activités privées. Ces derniers représentent près de 30% de la population. Cela permettra, à terme, une couverture dépassant 90% de la population.

Propos recueillis par Noureddine EL AISSI

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