Economie

Boycott/Filière laitière: En jeu, 470.000 emplois permanents

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5269 Le 10/05/2018 | Partager
Un chiffre d’affaires de 13 milliards de DH dont 7 vont aux éleveurs
La consommation de loin en dessous des standards
boycott_lait_069.jpg

L’élevage participe pour le tiers du PIB agricole. Et sa composante laitière en est la principale locomotive, car elle constitue la source de trésorerie à longueur d’année pour l’éleveur. En particulier les très petits qui disposent de moins de 5 vaches.

Leur part pèse pour 80% des exploitants. Il va sans dire qu’une déstabilisation du secteur, notamment au niveau de la consommation du lait, impacte d’abord l’éleveur. La réaction de la transformation peut s’avérer également catastrophique sur l’emploi. Dans le cas d’espèce, les gros opérateurs peuvent envisager des restructurations avec à la clé l’orientation vers l’import pour s’assurer une matière première, au demeurant bon marché.

Au total, la filière laitière compte 470.000 emplois permanents, selon les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture. Mais les enjeux ne se limitent pas à cet aspect. Ils portent sur la sécurité alimentaire dans le sens global du concept. A cet effet, tout un mode de production et de valorisation  a été construit sur plusieurs années, moyennant d’importantes subventions de l’Etat. 

Aujourd’hui la filière laitière assure 96% des besoins nationaux en lait et dérivés. Elle compte 400.000 exploitations dont 100.000 exploitants saisonniers. La production se fait à hauteur de 82% dans les berceaux laitiers: le Ghrab, Loukkos, Tadla, Doukkala, Chaouia, Souss Massa et le Saïss.

En 2016-2017, campagne qui s’était soldée par de bons résultats, la production laitière avait atteint 2,6 milliards de litres de lait. La croissance moyenne de production est faible: 4 à 5% par an. Les objectifs du contrat-programme 2015-2020 visent, entre autres, à augmenter la collecte de lait à 4 milliards de litres à l’horizon 2020. La filière génère par ailleurs  un chiffre d’affaires de 13 milliards de DH dont 7 milliards profitent à l’amont agricole. Au total, 460.000 emplois permanents, en plus des quelques milliers d’autres postes.

1,2 million de vaches laitières sur 400.000 exploitations

Quant à l’aval, il concentre 2.700 centres de collecte de lait et 82 usines de traitement. Toutefois, 80% du volume est traité par seulement 10 unités: les plus grosses. Malgré ses performances, la filière se heurte à des défis liés au climat, à la stagnation du marché et à la taille des exploitations.

Selon l’interprofession de la filière, la consommation moyenne est de 72 équivalents litres par habitant et par an. La forme liquide est la plus consommée par les familles marocaines. Mais ce niveau reste de loin insuffisant par rapport aux Européens dont la moyenne frôle les 300 litres équivalents en lait.

A noter aussi que cette consommation stagne depuis de nombreuses années. Elle a même accusé un recul, en 2017, suite à «une campagne de dénigrement du lait quant à ses effets sur la santé dont 2 émissions de télévision se sont faites l’écho au Maroc», dénoncent les professionnels. 

Les fluctuations de production s’expliquent également par le climat. L’élevage laitier en zone irriguée est mené sur 1,6 million d’hectares. Sur ces terres, 85% des vaches sont des races améliorées à partir des Montbéliardes ou Holsteins, les 15% restants sont des races locales.

A l’inverse, dans les zones arides (recevant moins de 350 mm de pluie), les races locales représentent 80% du cheptel contre 20% pour les races améliorées. Les zones semi-arides concentrent une population de 55% de type amélioré pour 45% de race locale. Les races dites  améliorées sont moins résistantes aux climats arides mais produisent 3 à 5 fois plus. Si les vaches locales ont une production moyenne de 6 à 10 litres par jour, la production des races améliorées atteint 25 à 28 litres.

Le pays compte 1,2 million de vaches laitières réparties sur 400.000 exploitations, soit une taille moyenne de 3 vaches. Malgré l’objectif de faire passer ce chiffre à 5, la tendance est plutôt à la baisse. Hausse des intrants oblige, les petits éleveurs ont dû réduire la taille de leur troupeau.

Les plus petites exploitations se heurtent à un problème de rentabilité à cause de la hausse du coût de production et de la stagnation des prix de vente du lait. Aujourd’hui, 90% des exploitations comptent moins de 10 vaches.

Chiffres clés

lait_069.jpg

Poids socio-économique

  • Chiffre d’affaires: 14 milliards de DH
  • Emplois: 474.000 postes permanents

Infrastructure de production et de transformation

En amont:

  • 28 coopératives régionales regroupant 156.700 éleveurs (environ 400.000 exploitations laitières)
  • Localisation principale dans les bassins côtiers du Maroc (Gharb, Doukkala, Chaouia, Souss Massa…)
  • 82% des exploitations sont concentrées dans les zones irriguées en raison des potentialités de production (ressources fourragères)

En aval:

  • 2.800 centres de collecte de lait
  • 20 usines de transformation du lait agrégeant 182.840 producteurs laitiers
  • + 80% du volume traité par les grandes unités

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc