Justice

Affaire Bouâchrine: Qui tweetera le premier...

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5227 Le 12/03/2018 | Partager
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Les médias ont massivement couvert la première audience du procès de Taoufik Bouâchrine (Ph. Jarfi)

Chroniqueur judiciaire un jour, mais pas pour toujours. La Cour d’appel de Casablanca a été investie jeudi 8 mars par les médias. Tout se mélange. Des supports d’information internationaux, comme El Pais et France 24, aux côtés des grands titres de la presse marocaine et de quelques sites électroniques aux noms obscurs. Les Renseignements généraux, la DST et la Police judiciaire sont là aussi. Pas question d’accéder à la salle d’audience sans badge de presse. Le procès démarre au milieu d’une marée noire d’avocats.

L’affaire Taoufik Bouâchrine aimante par sa démesure: un patron de presse poursuivi pour crimes et délits sexuels. L’accusé récuse d’ailleurs être le propriétaire des deux caméras saisies dans son bureau. Sa défense rapporte que le responsable achat, Mourad Mouâbir, «ignore aussi la provenance» du matériel ayant servi à enregistrer les faits incriminés. Sur les bancs, l’assistance écoute au milieu de deux profils de journalistes: ceux scotchés à leurs écrans et ceux qui s’agrippent à leurs stylos.

«Vous êtes électronique ou papier», nous lance un prétendu confrère. Réponse: «Je suis en chair et en os». Entre-temps, des escarmouches éclatent entre Mohammed Ziane, un des avocats de la défense, et son confrère, Jaouad Benjelloun-Touimi. Ce dernier a été mandaté par le syndicat de la presse pour représenter les plaignantes. Que le spectacle commence (voir page précédante)!

Un officier en uniforme confisque aimablement les téléphones portables de deux confrères. L’enregistrement audiovisuel est interdit dans les salles d’audience. Les chroniqueurs improvisés ignorent apparemment le code de la presse. Le procès se poursuit avec un bâtonnier Ziane, encore lui, qui somme l’une de ses consœurs, Khadija Rougani, de «fermer sa gueule»! C’est le grand bazar. L’audience est levée.

La défense revient à la charge après la reprise du procès: «L’accusé a été privé d’une confrontation avec les plaignantes. Nous devons aussi connaître le statut de chaque partie, y compris des témoins». Les avocats des victimes ne veulent pas se laisser faire. L’un d’eux rappelle à la Cour avoir suspendu la procédure à cause des troubles. Et d’ajouter: «Certaines victimes ont été intimidées au téléphone par la famille de l’accusé».

Leurs contradicteurs estiment «qu’il n’y a que des déclarantes et non pas des plaignantes». Interruption de l’audience puis reprise... «Nous le déclarons pour l’histoire. Les us et coutumes de notre profession ont été mises à mal en ce jour», proclame avec regret le bâtonnier Abdellatif Bouâchrine. Les tweets et email fusent. L’info-divertissement triomphe. Peu importe que le fil du procès soit perdu.

 

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