Analyse

Développement durable: Les premières mesures à effet immédiat

Par Nadia DREF | Edition N°:5204 Le 07/02/2018 | Partager
Qualité de l’air, valorisation, assainissement… Plusieurs projets verront le jour en 2018
L’incinération des déchets retenue pour la décharge de Casablanca
Pas d’écotaxe pour le quinquennat
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Moins d’un an après la nomination de Nezha El Ouafi à la tête du Secrétariat d’Etat chargé du Développement durable, les premiers projets liés à ce secteur commencent à voir le jour. «Grâce à l’implication des différents ministères et acteurs locaux, nous sommes sur la bonne voie», confirme la ministre Pjidiste.

«Le Maroc s’est engagé dans une démarche volontariste et ambitieuse de lutte contre le réchauffement climatique, en dessinant progressivement les contours de sa propre vision. En atteste, d’ailleurs, sa contribution déterminée au niveau national et sa stratégie de développement durable, tout en se conformant aux décisions prises collectivement à l’échelle internationale dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le changement climatique», soutient la ministre.

Amélioration de la qualité de l’air, valorisation des déchets, assainissement liquide, mise en œuvre de la SNDD… 2018 s’annonce cruciale pour ce secteur. C’est également un grand pari pour la secrétaire d’Etat qui doit mener à bien cette transition vers une économie verte à bas carbone. Plusieurs projets sont déjà ficelés.

La grande majorité de ces actions sera financée par le Fonds national de l’environnement (FNE) doté de 1 milliard de DH qui est un compte d’affectation spéciale, dédié à l’initiation de projets pour la protection et la mise en valeur de l’environnement. Il devra contribuer au financement des projets visant le développement de la filière de recyclage à partir de 2018.

■ Déchets: L’incinération retenue pour la décharge de Casablanca
Bonne nouvelle pour les riverains (habitants de Bouskoura et autres). La secrétaire d’Etat a annoncé l’adoption d’une solution définitive à la décharge de Mediouna. Un terrain de 35 ha a été acquis pour implanter une nouvelle décharge dédiée à l’incinération. «Certes, la technique adoptée reste chère mais c’est la mieux adaptée pour résoudre cette grande problématique à Casablanca», soutient la ministre. Une réunion est d’ailleurs prévue dans les prochains jours par les autorités locales pour bien ficeler ce projet. C’est le cabinet d’études public CID qui a été retenu par la tutelle pour l’accompagnement technique pour la mise en place de la nouvelle décharge et de valorisation au niveau de Casablanca-Settat. Une enveloppe budgétaire de 90 millions de DH sera consacrée à ce chantier sachant que Casablanca produit le tiers des déchets nationaux. Cette plateforme ne devra résoudre qu’une partie de cette problématique.

■ 12 millions de DH pour l’amélioration de l’air
A valeur d’aujourd’hui, le Maroc ne dispose pas d’informations fiables en temps réel sur la qualité de l’air dans les villes et régions. La tutelle s’attaque à ce chantier. La loi de finances 2018 a prévu une enveloppe de 12 millions de DH pour la mise en place d’observatoires et de centres régionaux de mesure de la qualité de l’air. A fin 2017, seulement 29 centres existent à travers l’ensemble du Royaume. La stratégie 2018-2021 table sur la mise en place à terme de 82 centres. «C’est un chantier qui a connu un grand retard. La seule plateforme fiable est celle de Souss-Massa-Draa», confie Nezha El Ouafi. Une étude relative à la mise en place des procédures techniques et des orientations, pour accompagner les unités industrielles dans le respect de la qualité de l’air, sera lancée début 2018, dans le cadre d’un partenariat avec la coopération allemande. Egalement en discussion au sein du gouvernement, l’utilisation de véhicules hybrides ou électriques. Ce plan est le fruit d’une collaboration entre différents départements ministériels et la Fondation Mohammed VI pour l’environnement. Et pour cause, le coût de la dégradation de la qualité de l’air a connu une augmentation entre 2000 et 2014 pour atteindre 9,7 milliards de DH, soit 1,05% du PIB.

■ CEV: Démarrage du centre de Marrakech dès la mi-février  
Actuellement, seulement trois centres d’enfouissement et de valorisation des déchets ménagers (CEV) existent dans des décharges contrôlées à Rabat, Fès et Oujda. Pour 2018, 21 centres sont programmés dont une bonne partie est déjà à un stade bien avancé et n’attendent que le financement du FNE. Le premier centre de «nouvelle génération» n’est autre que celui de Marrakech, ville hôte de la COP22, dont le démarrage est prévu pour la mi-février. Le coût du projet s’élève à 160 millions de DH. Le Secrétariat d’Etat y contribue à hauteur de 90 millions de DH dans le cadre du Programme national des déchets ménagers (PNDM) tandis que le reste est fourni par la Commune de Marrakech. Le site est implanté sur 183 ha dans la commune de Mnabha, à 43 km de Marrakech et 33 km du centre de transfert. Le CEV est opérationnel depuis juin 2016 tandis que le centre de tri n’a été finalisé que récemment. Il devra fournir des RDF aux cimentiers.
Par ailleurs, 26 autres seront mis en place d’ici 2021, ce qui portera à 50 le nombre total de CEV. Ces projets permettront de créer à terme 1.000 postes d’emplois dans le tri des déchets et la restructuration de l’activité des chiffonniers. Ces actions entrent dans le cadre de la mise en œuvre de la 3e phase du PNDM qui vise à assurer la collecte et le nettoiement des déchets ménagers pour atteindre un taux de collecte professionnalisée (gestion déléguée) de 90 % en 2022 et 100 % en 2030. Ce plan a également pour objectif de réhabiliter ou fermer toutes les décharges sauvages existantes (100 %) en 2022 et à réaliser les CEV au profit de tous les centres urbains (100%) en 2022. Ainsi, 47 décharges non contrôlées réhabilitées tandis que 8 autres sont en cours de travaux: Meknès, Souk Larbâa Al Gharb, Souk Larbâa oulad Bousbaa, Taounate, Jabhab, Safi, Béni Mellal et Tanger.

■ Filières de valorisation: batteries, ferraille, pneumatiques…
Le PNDM prévoit également la mise en place de filières de valorisation de déchets. D’ailleurs, l’un de ses objectifs phares est de développer la filière de «tri-recyclage-valorisation», avec des actions pilotes de tri, pour atteindre un taux de 20 % du recyclage et la valorisation supplémentaire, sous différentes formes, d’au moins 30% des déchets générés à l’horizon 2022.
Or ce chantier accuse également un retard compte tenu du poids de l’informel. «Depuis le début de mon mandat, j’ai travaillé sur ce chantier. D’ailleurs, nous avons pu structurer la filière batteries et accompagner les opérateurs pour intégrer le circuit formel à travers la création d’un GIE. Actuellement, les discussions portent sur la fixation du prix de la matière première avec les ministères concernés», affirme la secrétaire d’Etat. Il s’agit du plomb extrait qui est utilisé surtout dans les industries aéronautiques. Egalement dans le pipe, la mise en place de filières de valorisation des pneus usagés, des grignons d’olives, de la ferraille et des débris de construction.  

■ Pas d’écotaxe pour le quinquennat
Le lobbying des industriels a eu finalement gain de cause. Aucune écotaxe n’a été retenue alors que le Secrétariat d’Etat chargé du développement durable avait proposé l’instauration de deux taxes: l’une sur les lubrifiants et l’autre sur les pneus afin d’alimenter les filières de valorisation des déchets. Les fabricants de plastique maintiennent également la pression pour revoir l’éco-taxe imposée sur la vente, sortie usine et à l’importation des matières plastiques ou encore les ouvrages en ces matières relevant du chapitre 39 du système harmonisé (SH) et dont le taux est fixé à 1,5% ad valorem. Cette taxe a pour objectif de financer l’émergence et le développement de la filière de recyclage du plastique, et l’intégration du secteur informel existant. Les recettes de cette taxe sont estimées à près de 157 millions de DH annuellement pour alimenter le FNE. Les premiers projets portant sur la valorisation du plastique devront être accompagnés dès 2018.

■ PNA: 1.200 centres ruraux
Dans le cadre d’un partenariat avec les ministères de l’Intérieur, des Finances et du Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau, le Département de Nezha El Ouafi a annoncé l’extension du Plan national de l’assainissement (PNA) au monde rural. Ainsi, dès 2018 et jusqu’en 2040, 1.200 centres ruraux émergents qui sont les plus proches des villes seront raccordés au réseau d’assainissement liquide et bénéficieront du programme de traitement et de réutilisation des eaux usées.
■ Le volet réglementaire également présent
Plusieurs projets de lois et de décrets seront versés dans le processus d’adoption cette année. Un projet de loi n° 49.17 sur l’évaluation environnementale a été adopté en conseil du gouvernement et sera discuté prochainement au niveau du parlement. Ce texte donnera de nouvelles prérogatives et de nouveaux outils de persuasion à la police de l’environnement. A ce jour, ce corps compte seulement 38 agents qui ont effectué 30 opérations de contrôle. Par ailleurs, ces intervenants ont passé au crible 120 réclamations.  
Egalement dans le pipe un projet de décret n° 2-17-90 visant la création du Prix Mohammed VI pour l’environnement et le Développement durable ainsi qu’un projet de décret sur l’utilisation des jets ski dans les plages. S’y ajoute un projet de décret portant sur l’instauration d’un système national d’inventaire des émissions de gaz à effet de serre. L’arsenal juridique sera également renforcé par un projet de décret d’application de la loi N°28.00 portant sur la gestion des déchets inertes agricoles et industriels non dangereux. Rappelons que dans le cadre du programme national de prévention et de lutte contre la pollution industrielle (PNPPI), 18 conventions ont été signées en 2017 portant sur la mise en place de stations de traitement des eaux usées au sein d’unités industrielles. Le coût global est estimé à 77 millions de DH. Par ailleurs, le Fonds de dépollution industrielle (Fodep) a permis la réalisation de 6 projets liés au traitement des eaux usées et à l’amélioration de la qualité de l’air. L’enveloppe budgétaire allouée à ces projets a atteint 27 millions de DH dont 9 millions sous forme de dons. Rappelons que le Fodep accompagne toute entreprise industrielle ou artisanale générant des émissions importantes de pollution de l’environnement dont le total bilan est inférieur à 400 millions de DH.

Mise en œuvre de la SNDD

L’année 2018 sera marquée par la mise en œuvre de la stratégie nationale de Développement durable (SNDD). Déjà 21 plans d’actions sectoriels de développement durable (PADD) sont en cours d’élaboration. Ces derniers précisent la contribution de chaque ministère à ce chantier. Le secrétariat d’Etat a également élaboré le plan d’action concernant l’exemplarité de l’Etat, lié à la gestion de la fonction publique (éco-administration). Les différents ministères concernés ont jusqu’à juin 2019 pour conformer leurs politiques globales et sectorielles avec les orientations de la SNDD. Rappelons qu’en 2017, le comité stratégique et le comité de pilotage ont été installés. Par ailleurs, des contrats-programmes seront signés avec les régions et les territoires pour une meilleure implication des acteurs locaux et une meilleure déclinaison de la stratégie.

El Hajeb: Projet pilote pour la valorisation des déchets agricoles

La valorisation des déchets agricoles est également en cours de mise en œuvre. Une opération pilote a été initiée à El Hajeb pour valoriser ces détritus avant de l’élargir aux autres régions agricoles. Ce centre collecte les déchets organiques auprès de 38 centres ruraux au niveau de la région Fès-Meknès. «Chaque ville ou région sera spécialisée dans un type de valorisation, en fonction de la nature des déchets reçus, soit le biogaz, les RDF ou autres», précise Nezha El Ouafi.

 

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