Justice

Procès Merdass: Solde de tout compte dans une affaire «de sexe et d’argent»

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5189 Le 17/01/2018 | Partager
Peine de mort pour le meurtre prémédité d’un parlementaire
L’épouse complice avec son amant condamnée à la prison à vie
100.000 DH de dommages pour les héritiers et ayants droit
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L’assassinat du parlementaire Abdellatif Merdass a eu un tel retentissement auprès de l’opinion publique qu’il a poussé Hassan Matar, procureur général du Roi près la Cour d’appel de Casablanca à l’époque, à tenir un point de presse. Une pratique à laquelle les autorités judiciaires ont recours uniquement dans les grandes affaires comme celles du terrorisme (Ph. L’Economiste)

Personne ne s’attendait à ce que l’affaire Merdass soit jugée ce soir glacial du 15 janvier 2018. Il est minuit presque lorsque la Cour d’appel de Casablanca prononce sa sentence. Le président de l’audience, Hassan Ajmi, sort le gros dossier couleur pistache n°1528.

S’en est suivie une pluie de condamnations dans une salle d’audience où seuls les journalistes et les accusés sont présents. Les avocats se sont éclipsés juste après leurs plaidoiries. C’est presque un classique dans les procès qui durent tard dans la nuit. «Bravo» la défense! 

L’accusé principal, Hicham Mouchtari, reste donc seul face à ses juges: il écope de la peine de mort pour «meurtre prémédité» (cf. L’Economiste n°5187 du 15 janvier 2018). L’ex-élu communal du RNI ne laisse apparaître aucune réaction.
A part les communications téléphoniques interceptées par les enquêteurs, un fusil de chasse chargé de cartouches Chevrotine -calibre 12- a été présenté devant la justice comme l’arme du crime. La victime n’est autre que le parlementaire Abdellatif Merdass assassiné le 7 mars 2017 à  Casablanca. Le ministère public a écarté «le mobile politique ou terroriste» pour réclamer «la condamnation exemplaire» des mis en cause.

L’épouse du défunt est au banc des accusés. «Nous sommes cuits», lâche Wafaâ Bensamadi dans un état hystérique lors d’une communication avec son amant, accusé principal dans cette affaire. Ce fait s’est produit juste après l’assassinat de son époux.

Face à la justice, la jeune femme a reconnu «avoir une relation extraconjugale» avec l’assassin présumé de son mari. Elle a réfuté en revanche «avoir connaissance de ses desseins». Une déclaration que son avocat va exploiter pour plaider l’acquittement de sa cliente. Mais en vain. La veuve a eu droit à la prison à vie. La condamnée éclate en sanglots lors du prononcé de son jugement et clame «n’avoir rien fait». Wafaâ Bensamadi peine à se tenir debout et va regagner sa cellule, soutenue par des policiers.

La Chambre criminelle a jugé la veuve de Merdass pour complicité au même titre que les deux autres accusés. Le premier est le jeune neveu de l’accusé principal. Hamza Markboul écope de 30 ans de prison ferme. Sa responsabilité pénale a été retenue par les juges dans «ce crime où se mêlent argent et sexe» comme l’a qualifié la partie civile. Etudiant en économie, le complice était au volant de la Logane noire ayant servi dans ce forfait.

Le jeune homme fait valoir sa panique pour expliquer sa fuite en Turquie après le crime. Il nie à son tour «être au courant des intentions de son oncle» maternel avec qui il a rompu depuis. «La seule erreur que j’ai commise est de m’être échappé à l’étranger au lieu de dénoncer ce crime. Une erreur que je regretterai pour le restant de mes jours», confie l’accusé dans sa dernière déclaration à la Cour. 

La 4e mise en cause est une femme du nom de Roukia Chahboun. Cette dame âgée de la cinquantaine passée a eu droit à 20 ans de prison ferme. Elle a été présentée par le ministère public comme «la voyante qui a coordonné par téléphone ce forfait». L’accusation lui reproche aussi «de n’avoir aidé la police judiciaire qu’après la résolution de l’énigme». «Ayez pitié de moi. Je suis une femme âgée. Je n’ai rien à voir avec ça», suppliera la vieille dame en s’adressant à ses juges.  

Toutefois, la Cour n’a pas totalement donné suite au réquisitoire du procureur du Roi. Le ministère public avait plutôt réclamé la peine capitale pour l’accusé principal, son neveu et l’épouse Merdass. Il a exigé par contre «la prison à perpétuité pour la voyante complice».

Par ailleurs, les héritiers et ayants droit de la victime ont obtenu 100.000 DH en guise de réparation pour préjudice moral. Les accusés devront «payer solidairement  les dédommagements» réclamés par Merdass père et ses deux autres fils, Abderrahman et Abdelkrim. L’avocat de la partie civile, Hassan El Arch, a évoqué dans sa plaidoirie «un crime odieux ayant privé trois enfants de leur père assassiné devant le domicile familial» situé dans le quartier chic casablancais de Californie.

                                                                       

«Œil pour œil, dent pour dent»... mais ici bas!

LES dernières heures d’un procès sont souvent les plus dures. Les accusés de l’affaire Merdass et leurs proches ont des visages défaits par la peine et la haine. La partie civile a perdu un être cher, les accusés misent leur liberté et la quiétude de leurs familles dans ce procès où il est question de «meurtre prémédité».

Au nom des héritiers et des ayants droit de la victime, l’avocat de la partie civile cite un verset coranique qui «promet l’enfer» en cas d’atteinte à une vie humaine. L’enfer terrestre, les accusés y sont déjà: l’auteur principal a eu droit à la peine de mort et au diabète contracté suite à son inculpation.

Autopsie, expertise scientifique de l’arme du crime, communications téléphoniques... L’accusation égraine un chapelet de preuves à charge pour appuyer son réquisitoire. L’au-delà fera aussi irruption dans ce procès. «Les accusés auraient dû garder à l’esprit la sanction divine», lance l’accusation en excluant de son indignation un seul complice.

Hamza Makboul, le neveu de l’accusé principal, a fini par avouer devant les juges l’implication directe de son oncle. L’accusation le présentera à ce titre comme «la boîte noire» de cette affaire criminelle. Ici bas, le jeune accusé est rongé par le remord. «Tu as détruit toute une famille», reprochera-t-il à son oncle avant d’abattre un violent coup de poing sur la vitre du box des accusés.

La défense fait siennes aussi des paroles chastes pour requérir l’acquittement: «Ne jugez pas avant que la vérité ne soit aussi distincte que le jour et la nuit». Ses avocats n’attendront pas jusqu’à la dernière heure pour entendre le jugement final! Les plaideurs ont tenté de convoquer «la conviction intime» de la Cour et «le doute qui profite à l’accusé».

Il faut le dire: l’affaire Merdass méritait une scénographie judiciaire sophistiquée pour dissiper le doute et traquer les a priori. Les preuves scientifiques, certes, il y en avait. La défense a réclamé notamment une contre-expertise de l’arme du crime et l’audition d’un agent de la police scientifique pour éclairer la justice. Requêtes rejetées à l’instar de la convocation de témoins à décharge. Pour la Cour, les preuves retenues sont irréfutables.

Mais une scénographie judiciaire développée suppose aussi de couper court avec des débats aux procédés rudimentaires. La défense, par exemple, a remis en question sa propre reconstitution des faits. Mais oralement et sans s’appuyer sur un croquis établi par ses soins. Les grands écrans de la salle d’audience n’ont pas servi non plus à exposer les pièces à conviction. Or, la technologie peut se révéler un redoutable allié pour défendre un accusé et convaincre un jury. Mais aux Etats-Unis évidemment!

  

 

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