Entreprises

Transport public: C’est l’heure de vérité chez M’dina Bus

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5180 Le 02/01/2018 | Partager
L’audit de KPMG dans ses phases finales
Le diagnostic fin prêt en attendant l’aval des élus
Le délégataire aurait essuyé des pertes estimées à 3 milliards de DH

La gestion déléguée du transport collectif par bus montre ses limites à Casablanca. Les accidents multiples, l’état vétuste du parc des bus, les incendies et incidents de tous genres… rappellent, si besoin est, l’état lamentable de ce service public dans une ville, qui se veut une métropole moderne. A qui la faute? Le délégataire (M’dina Bus) et le délégant (la commune) se rejettent la responsabilité depuis des années.

M’dina Bus accuse le Conseil de la ville de ne pas avoir honoré ses engagements contractuels, occasionnant des préjudices estimés à des milliards de DH. La commune argue pour sa part du non respect par le délégataire des investissements stipulés par le contrat. Mais le plus gros préjudice est celui subi par les millions de Casablancais qui supportent quotidiennement une piètre qualité de service, un parc vétuste et hautement polluant, des accidents à répétition, des pannes en série…

Aujourd’hui, une opération d’audit du contrat de gestion déléguée (commandité par l’Intérieur et confié au cabinet KPMG) en est à ses phases finales (cf. édition du 24 janvier 2017). L’audit est censé déterminer les responsabilités et les torts des uns et des autres. L’audit est aussi un préalable à la révision du contrat. La revue triennale, censée revoir les engagements des 2 parties et rectifier le tir en cas de besoin, ne s’est pas tenue depuis 2008. Depuis, l’autorité délégante et le délégataire se renvoient la balle quant à l’état catastrophique de cette activité au bord de la faillite.

Rien ne filtre pour le moment sur les conclusions de cette première phase de diagnostic. Si ce n’est que le rapport préliminaire reconnaît les préjudices supportés par le délégataire. Ces pertes seraient évalués à 3 milliards de DH. Sauf que les élus ont demandé aux équipes KPMG de revoir leur copie.

Un comité de pilotage (composé d’élus, représentants de l’Intérieur, de M’dina Bus, de Casa-Transports et de KPMG) tient régulièrement des réunions de suivi afin d’apporter les dernières retouches demandées par les élus. La dernière en date s’est tenue fin novembre dernier. «Nous avons demandé quelques modifications à la mouture présentée par KPMG avant sa validation», assure  Mohamed Bourrahim, adjoint du maire, en charge de la Mobilité et du Transport.

Cet élu pointe des «divergences de points de vues» avec les équipes de KPMG. Serait-ce une façon de gagner du temps pour les élus? Il s’agit là en effet d’une décision politique hautement sensible. Une sorte de patate chaude que chaque équipe aux commandes de la ville refile à la suivante. «C’est bientôt la fin de mandat de l’actuel maire Abdelaziz El Omari à la tête de l’ECI.

Son successeur Hassan Antara, président de la commune de Mohammedia, devra certainement se prononcer sur ce dossier», explique une source, qui requiert  l’anonymat.  En effet, c’est l’ECI (Etablissement de coopération intercommunale), regroupant l’ensemble des 18 communes du Grand-Casablanca,  qui gère dorénavant tout ce qui a trait à la mobilité.

Une chose est sûre, le contrat de M’Dina Bus arrive à terme en 2019.  Casa-Transports, SDL en charge de la mobilité, est déjà mandatée par la ville pour préparer le cahier des charges du futur contrat. L’appel d’offres pour désigner le remplaçant de M’dina Bus devra être lancé en juin 2018.
Au terme de cette opération d’audit, plusieurs scénarios seraient possibles.
Le premier serait de maintenir le statu quo jusqu’en 2019. Un autre appel d’offres pourrait alors être lancé et M’dina Bus pourrait y soumissionner ou être écartée du processus. Un opérateur sera désigné, qui héritera des ressources humaines et des moyens matériels actuels.

Le second scénario serait que l’autorité délégante reconnaisse ses manquements qui sont quantifiables. Les deux parties pourraient choisir de construire l’avenir selon un modèle ou un autre.
L’une des options serait de supprimer le risque commercial (comme c’est le cas pour le tram et la propreté). Autrement dit: le délégataire sera payé en fonction du service rendu (suivant les kilomètres parcourus). C’est le seul moyen de créer une intégration tarifaire, selon le management de M’dina Bus. Mais la meilleure solution serait, selon des observateurs, de convertir M’dina Bus en SDL.

La commune pourrait entrer dans son capital. Une option qui est envisagée puisque la CUC a déjà confié plusieurs secteurs à des SDL (comme Casa Events & Animation, Casa Prestations, Casadev…).

 141 millions de voyageurs/an

Pour M’dina Bus, la CUC n’a pas joué le rôle qui lui est dévolu. A commencer par la régulation, l’exclusivité du service, la lutte contre l’informel, la mise en place de couloirs bus, de couloirs d’approche, la priorité au feu…  Curieusement, d’autres opérateurs (Lux Trans, Chennaoui et Rafahia) continuent d’exploiter plusieurs lignes, alors que leurs contrats sont déchus depuis 2009. La concurrence des taxis blancs et du transport clandestin s’est aussi intensifiée. Sans oublier le tracé du tram
qui passe sur l’axe le plus porteur, selon des sources de M’dina Bus. L’encombrement des voies est tel qu’aujourd’hui la vitesse commerciale des bus avoisine parfois les 2 km/h dans l’hyper-centre. Le réseau de M’Dina Bus compte 70 lignes desservant 127.300 hectares sur le territoire du Grand-Casablanca. Au total, 141 millions de voyageurs sont transportés annuellement dont 12 millions d’étudiants. A titre indicatif, la 1re ligne de tram de Casablanca a transporté 157 millions de voyageurs sur 5 ans.

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