Société

Enquête L’Economiste-Sunergia/ Langue d’enseignement: Décidément pas d’accord!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5177 Le 27/12/2017 | Partager
Entre arabe et français pour les matières scientifiques, les avis sont partagés
Mais les tendances varient selon l’âge, le milieu, le lieu de résidence et l’éducation
Pas de différence par sexe
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Les Marocains ne sont visiblement toujours pas d’accord sur la langue d’enseignement des matières scientifiques. Plus de trente ans après l’arabisation, la question continue de diviser. Les résultats de l’enquête L’Economiste-Sunergia, réalisée auprès de 700 sondés en novembre dernier (voir fiche technique), le montrent clairement. Ainsi, 45% des personnes enquêtées se sont prononcées pour l’arabe, tandis que 42% ont choisi le français. 14% sont restés indécis.

C’est peut-être la raison pour laquelle nous n’arrivons toujours pas à trancher pour une politique linguistique cohérente, allant du primaire à l’université. C’est-à-dire opter soit pour l’arabe ou pour le français, de bout en bout. «Pour surmonter ce problème non résolu depuis les années 80, il est important de choisir une politique linguistique et de l’appliquer pour tous», estime un expert des questions éducatives. «Aujourd’hui, nous sommes en présence de plusieurs systèmes, qui varient en fonction du pouvoir d’achat des parents», regrette-t-il.

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Les plus jeunes sont ceux qui ont le plus opté pour l’arabe pour l’enseignement des matières scientifiques, la langue qu’ils ont le plus pratiquée à l’école et qu’ils maîtrisent le mieux. A l’opposé, leurs aînés, âgés entre 45 et 55 ans, sont ceux qui préfèrent le plus le français. De par leur expérience sur le marché de l’emploi, ils choisissent la langue offrant le plus d’opportunités

En effet, les catégories aisées s’orientent généralement vers des écoles privées ou des missions étrangères où l’enseignement, payé au prix fort, est francisé, ou dispensé dans d’autres langues étrangères. Tandis que les couches défavorisées sont contraintes de se diriger vers le système public, où les matières scientifiques sont arabisées du primaire au secondaire, et francisées à l’université. Une fracture que beaucoup vivent très mal, et finissent par abandonner leurs études.

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Le taux de préférence le plus élevé pour le français a été enregistré du côté des classes A/B. La majorité écrasante a montré son attachement pour cette langue

L’enquête L’Economiste-Sunergia relève l’attachement des classes supérieures pour la langue française. La majorité écrasante des classes A/B la choisit systématiquement (81%). A l’aise avec cette langue, la pratiquant à l’école, au travail, à la maison… ils s’y identifient davantage. «Certains la considèrent aussi comme un privilège à préserver», estime notre expert.  
Il n’existe pas de différence par sexe, les hommes et les femmes sont tout aussi partagés sur la question. En revanche, la tendance change aussi selon l’âge, le niveau scolaire, et le lieu d’habitation.

Les plus jeunes sont ceux qui se prononcent le plus en faveur de l’arabe (56%, contre 39% pour le français, 5% sont indécis). Habitués à étudier avec cette langue et la maîtrisant plus ou moins bien, ils la choisissent naturellement. Il est clair qu’il s’agit là d’une vision court termiste, puisque l’arabe n’est ni la langue de l’enseignement supérieur, ni celle du marché du travail.

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Plus le niveau d’études augmente, plus les sondés préfèrent le français. En revanche, plus on se dirige vers des niveaux inférieurs, plus l’arabe est choisi. Les universitaires, contraints de s’ouvrir sur les langues étrangères, notamment pour la recherche, sont les seuls à plébisciter le français

D’ailleurs, plus l’on monte dans l’âge, plus les sondés expriment moins leur préférence pour l’arabe, et plus ils sont indécis. Parmi les 35-44 ans, par exemple, 48% sont pour l’arabe, 31% pour le français et 21% sont indécis. Les 45-54 ans, eux, sont clairement pour le français (59%), de même que les 55-64 ans (55%). 

Par niveau d’instruction, les universitaires sont les seuls à plébisciter le français (70%). Etudiant les matières scientifiques dans cette langue, et constatant qu’elle leur assure plus d’ouverture sur la recherche et sur l’international, ils y sont majoritairement pour.
Dans les villes, c’est cette langue qui l’emporte (49% contre 38% pour la seconde langue), alors qu’en milieu rural, c’est plutôt l’arabe (56% contre 30%).
Les gens du centre, là où se trouve le cœur du tissu économique marocain, sont pour le français (52%). Dans les régions du Nord-Est et du Sud, l’arabe arrive premier.

                                                                  

Fiche technique

L’enquête L’Economiste-Sunergia a été effectuée par téléphone au mois de novembre 2017, auprès d’un échantillon de 700 personnes, échantillon ajusté sur les données du recensement de 2014. Soit 343 hommes et 357 femmes, dont 62% en milieu urbain.
- 20% habitent Casablanca-Settat-El Jadida;
- 14% sont dans la zone Rabat-Salé-Kénitra;
- 13% à Fès-Meknès;
- 12% à Marrakech-Safi
- 11% à Tanger-Tétouan-Al Hocïema
- 8% dans le Souss-Massa
- 7% chacun pour l’Oriental et Béni Mellal-Khénifra
- 3% dans le Grand Sud.
Les différentes zones ou villes sont regroupées par grandes régions: Nord-Est, Centre et Sud.
La marge d’erreur pour l’ensemble de l’échantillon est de plus ou moins 3,7%, ce qui signifie qu’on ne peut pas tirer de conclusion ferme s’il y a une différence inférieure ou égale à 3,7 entre deux réponses. Naturellement, plus petite est la base, plus grande est la marge d’erreur.
Un quart des interviewés a entre 15 et 24 ans, 22% ont entre 25 et 34 ans, 19% entre 35 et 44 ans, 15% entre 45 et 54 ans, 10% entre 55 ans et 64 ans et 9% ont plus de 65 ans.
Les catégories socio-professionnelles sont représentées à raison de 13% de A-B, 56% de C et 31% de D-E. Pour définir ces catégories, Sunergia a un modèle qui tient compte de trois familles de critères, plus l’âge du répondant: revenu monétaire mais aussi type d’habitation, profession du chef de ménage…

 

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