Analyse

Politique de l’enfance: Des réussites et… beaucoup de loupés

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5151 Le 20/11/2017 | Partager
Scolarisation, vaccination, accès à l’eau et l’électricité
La santé, surtout la santé maternelle dans le monde rural
L’échec de l’école, malgré des ressources toujours plus importantes: 25% du budget de l’Etat
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La journée de l’enfance célébrée ce 20 novembre dans le monde n’est pas forcément une journée de fête pour les premiers concernés, les enfants. Au Maroc, les indicateurs que publie l’Unicef ne sont pas tous beaux à voir même s’il faut relever des remarquables succès. Le groupe Eco-Médias est le seul organe de presse associé par Unicef Maroc à la campagne de sensibilisation à l’amélioration de la condition de l’enfance. L’Economiste en décrypte quelques principales tendances (voir aussi cartographie).

Au sens statistique (projections du HCP effectuées en juillet 2017), la catégorie «Enfants» renvoie à la population âgée de 0 à 17 ans, soit 11,25 millions de personnes. Selon le critère pris en considération, l’enfance est déclinée en plusieurs sous-groupes d’âge: «0-4 ans», «5-9 ans», «10-14 ans» et les «15-17 ans». Au total, l’enfance représente plus d’un 1/3 de la population du pays et vit à 57% en ville. Plus de 4 enfants sur 10 résident dans le milieu rural. Tour d’horizon des principales thématiques.

■ Education: C’est un des domaines où le Maroc affiche les moins bonnes performances dans le tableau global, malgré la généralisation de l’enseignement primaire (99%) et le rattrapage effectué pour la petite fille dans le monde rural. Le programme d’aide directe aux ménages les plus pauvres y a produit des effets. A un niveau plus au-dessus -le secondaire collégial, 12,4% des «12-14 ans» manquent à l’appel. A la campagne, la proportion est de près de 25% avec une grosse déperdition chez la fille: 30% des jeunes adolescentes de cette tranche d’âge n’atteignent pas le niveau du secondaire collégial. En plus des obstacles (distance, infrastructures sanitaires dans les établissements scolaires, etc) qui poussent les filles à abandonner les études, il y a probablement l’effet des mariages précoces encore très répandus dans les zones rurales. Le préscolaire dont tous les experts louent le bénéfice sur les habiletés dans l’apprentissage est à la traîne. Seul un enfant sur deux de 4-5 ans entreprend le préscolaire, essentiellement en milieu urbain (60,2%). Cette proportion tombe à un enfant sur quatre (26,4%) dans le rural.
La collectivité consacre d’importantes ressources à l’enseignement, mais les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. 25% du budget de l’Etat seront affectés à l’Education nationale en 2018 (voir article en pages 2 & 4). C’est 3 points de plus comparé à 2015, année où 22,2% des dépenses publiques étaient consacrés à l’éducation.
■ 1,7 million de «Neet» dans la nature: La proportion des jeunes des 15-24 ans qui ne travaillent pas, ne sont ni à l’école, ni en formation, augmente d’année en année: 27,5% en 2016 (1,685 million de personnes). C’est la conséquence de l’éviction d’une partie de ces adolescents du système éducatif, incapable d’imaginer des solutions pour ceux qui ne s’inscrivent pas dans son «prêt-à-porter» pédagogique. Chez les filles, la part des Neet chez les «15-24 ans» passe à 44%! Dans la tranche juste au-dessus (15-17 ans), ces jeunes inactifs sont estimés à 300.000 personnes. Le système d’apprentissage censé «recycler» une partie d’entre eux ne fonctionne pas. Pas étonnant de les retrouver dans les contingents des jeunes qui se «réorientent» dans la délinquance et la petite criminalité.   
 
■ Vaccination: C’est un des gros succès de la politique de l’enfance. Sur ce plan, les pouvoirs publics ont fait preuve de beaucoup de constance et de continuité. 88% des enfants de «12-33 mois» sont immunisés par des vaccins obligatoires (tuberculose diphtérie, coqueluche et tétanos, polio 3 et rougeole). Les grandes campagnes de vaccination portent leurs fruits. Le fait que les autorités s’assurent de l’immunisation de l’enfant avant son inscription au registre de l’état civil a été décisif. Dans certains pays en Amérique latine, au Brésil notamment, le gouvernement conditionne l’aide financière versée aux ménages les plus pauvres à la preuve de vaccination des enfants et la poursuite de la scolarité.
 
■ Retard de croissance: Près de 15% des enfants de moins de 5 ans accusaient un retard de croissance (les dernières estimations remontent à 2011). Ce chiffre est en baisse par rapport à celui de dix ans plus tôt (2003), mais il reste quand même très haut. Au regard de l’Unicef, le retard de croissance est un indicateur lié à la malnutrition chronique. Il est appréhendé par la part des enfants de moins de 5 ans dont la taille pour l’âge est inférieure de deux écarts types au poids de la taille médiane tel qu’il ressort de standards de l’OMS relatifs à la croissance de l’enfant. En plus de son incidence sur la croissance, la malnutrition chronique se traduit directement sur les performances scolaires de l’enfant.
 
■ Mortalité néonatale: Les données relatives à la mortalité des enfants de moins de 5 ans (pour 1.000 naissances vivantes) du Maroc sont moins bonnes que celles des pays du Maghreb, et par certains aspects, se rapprochent paradoxalement des pays pauvres (voir notre infographie en pages centrales). En 2011, la mortalité infantile (avant le premier anniversaire) était de 21,7 pour 1000, et la mortalité néonatale (le quotient de mortalité néonatale est la probabilité de mourir avant d’atteindre un mois) s’élevait à 28,8 pour 1000.

■ Recul extraordinaire de la pauvreté: L’enquête du HCP sur la pauvreté multidimensionnelle considère l’enfant comme l’unité d’observation plutôt que le ménage. Elle traite un large faisceau de facteurs dont le manque ou l’insuffisance est supposée constituer une privation pour l’enfant et comme telle, une source ou une manifestation de la pauvreté. Ces facteurs portent sur l’éducation, la santé, l’accessibilité à l’eau, à l’électricité et à l’assainissement, les moyens de communication et les conditions d’occupation du logement. La pauvreté multidimensionnelle des enfants a enregistré une forte tendance à la baisse. Sa prévalence est passée de 43,6% en 2001 à 24,1% en 2007 et à 11% en 2014. Le nombre d’enfants en situation de pauvreté a été divisé par 4: 1,2 million en 2014 contre 4,9 millions en 2001. Ils correspondent aussi aux principaux objectifs retenus par l’agenda 2030 du développement durable.  Le taux de pauvreté multidimensionnelle indique la proportion des enfants pauvres, cumulant un nombre de privations supérieur au seuil de pauvreté, fixé à au moins 30% des privations élémentaires auxquelles sont exposés les enfants dans les domaines susmentionnés. Il exprime le rapport du nombre des enfants pauvres au nombre total des enfants.

 

 

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