Culture

Festival de Fès de la Culture soufie: Sur les traces de l’humanisme spirituel

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5131 Le 20/10/2017 | Partager
Les musulmans appelés à fructifier le patrimoine du soufisme
Un spectacle grandiose prévu pour clôturer en beauté 10 jours de sagesse
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Les pluies n’ont pas dissuadé les participants au festival de la Culture soufie. Transférées à la grande salle traditionnelle de la préfecture de Fès-Médina, les activités du festival se tiennent en présence d’un public international (Ph. YSA)

Les pluies torrentielles qui se sont abattues sur la capitale spirituelle, jeudi dernier, n’ont pas découragé les participants au 10e festival de Fès de la Culture soufie. Malgré les perturbations du climat, l’organisation a maintenu le programme dans son intégralité. Les conférences et concerts se tiennent désormais dans la grande salle de l’ex-préfecture de Fès-Médina, au grand bonheur des festivaliers.

Ainsi, le panel débattait ce 19 octobre «Le soufisme en Iran». La réflexion a été rehaussée par la Franco-Iranienne, Leili Anvar. Elle est maître de conférences en langue et littérature persanes, mais aussi spécialiste du soufisme. Avec les autres intervenants, Anvar a invité à la découverte du «soufisme en Inde». «Le soufisme et Bhakti, au confluent des deux océans» était la thématique qui a réuni le deuxième panel de l’après-midi, en présence des festivaliers «mourides».

Tenue dans la grande salle traditionnelle de la préfecture, la table ronde de la veille était consacrée à la thématique «Le soufisme, un patrimoine vivant». Eric Geoffroy, Abdellah Ouazzani, Carole Ameer et Faouzi Skali, ont réfléchi devant un large public sur la question de la transmission de ce patrimoine aux jeunes générations. Ils ont souligné que le soufisme était perçu comme pratique spirituelle au sein des confréries sans pourtant qu’il y ait, chez le grand public, une conscience réelle de l’extraordinaire richesse de son patrimoine culturel vivant.

Au Maroc celui-ci revêt des expressions littéraires, poétiques et artistiques - il constitue aussi un large patrimoine oral- d’une grande richesse et diversité. Cette trame historique et culturelle du patrimoine soufi est, selon Faouzi Skali, ce qui définit le mieux l’identité spirituelle de l’Islam dans notre pays. Il a cité à cet égard le message adressé par Sa Majesté aux participants au grand congrès de Sidi Chiker qui soulignait l’importance du soufisme dans la constitution, au Maroc, d’un Islam de valeurs et de spiritualité.

Cette approche de l’Islam en tant que culture et civilisation doit jouer un rôle majeur dans le monde actuel où celui-ci est souvent réduit à une idéologie politique déracinée, déculturée et sans portée spirituelle. L’enseignement de ce patrimoine, qui est aussi un patrimoine de valeurs, devait être introduit, selon les conférenciers, dans le cursus scolaire dès le plus jeune âge sous forme de contes philosophiques (Hayy Ibnou Yaqdhan, par exemple, d’Ibn Toufayl) ou d’initiation artistique (la poésie chantée du samâa).

Le patrimoine culturel et spirituel du soufisme jouit par ailleurs d’un intérêt universel. Le «Mathnawi» de Rumi par exemple est de loin l’œuvre étrangère la plus traduite et la plus diffusée aux Etats-Unis. Il serait temps, selon Faouzi Skali, que les musulmans prennent conscience de l’importance de ce patrimoine qui s’est constitué depuis des siècles et qui fonde un humanisme spirituel d’une portée universelle, et se mettent à le fructifier. Le Maroc, par ses orientations et choix stratégiques, peut jouer un rôle majeur et bienvenu dans ce domaine.

Enfin, en matière de chants, le Royaume est également plébiscité pour ses maîtres soufis et ses tariqas qui font rêver les festivaliers et les rapprochent de Dieu par l’invocation du créateur et la musique. A ce titre, le programme de ce vendredi prévoit un récital poétique et musical de Leili Anvar, Frédéric Ferney et Fady Zakar. La soirée de clôture sera l’accomplissement des concerts spirituels avec une création réunissant les grandes voix du samâa du Maroc. Celle-ci est signée Abdallah Ouazzani.

Les aventures d’un voyage spirituel

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Depuis l’ouverture du festival de Fès de la Culture soufie, l’ambition de mieux connaître le soufisme est devenue grandissante. Entre conférences thématiques et programmations artistiques, les festivaliers ont découvert «Le soufisme à la rencontre des sagesses du monde: La route du soufisme du Maroc vers l’Inde». L’événement, qui s’est fixé comme objectif de conter l’une de ces aventures possibles d’un voyage du Maroc vers l’Inde, a tenu ses promesses. Le cantique s’est décliné, une semaine durant, dans le jardin Jnane Sbill et la salle de l’ex-préfecture Fès-Médina. Ici, le public avait rendez-vous, mercredi, avec Françoise Atlan et le concert d’Ustad Daud Khan Sadozai pour la musique soufie d’Afghanistan. La deuxième partie du spectacle a été confiée à la tariqa Sharqawiya. Jeudi, la scène a été investie par le récital de Shiva Prakash, Katia Légeret et Bhavana Kandadai.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

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