Economie

Economie circulaire: L'urgence de rompre avec le modèle actuel

Par Reda BENOMAR | Edition N°:5120 Le 05/10/2017 | Partager
Les ressources de la planète se raréfient, on ne peut plus produire et jeter!
Innovation, recyclage, éco-conception, tri des déchets... la prise de conscience doit être collective
Le coup de pouce financier de l'UE pour le développement d’entreprises durables
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A gauche: Philip Mikos, ministre conseiller et chef de la Coopération de l'UE, au centre: Mohamed Benyahia, SG du secrétariat d’Etat chargé du Développement durable et à droite: Kestutis Sadauskas, directeur de la direction générale Environnement de la Commission européenne (Ph. RB)

L'économie circulaire, définie comme une économie qui cherche à maintenir la valeur des produits, des matériaux et des ressources dans l'économie aussi longtemps que possible, contribue à la production et la consommation à partir de l'utilisation des ressources naturelles. Cela promet d'importants gains économiques, sociétaux et avantages environnementaux. L'intention de la communauté internationale de passer à une économie circulaire d'ici 2030 se reflète également dans les objectifs de développement durable. La transition vers celle-ci offre une chance à l'Europe et à ses partenaires tels que le Maroc de moderniser l'économie, en la rendant plus durable, écologique et compétitive. Kestutis Sadauskas, directeur de la direction générale Environnement de la Commission européenne, Philip Mikos, ministre conseiller et chef de la Coopération de l'UE au Maroc ainsi que Mohamed Benyahia, SG du secrétariat d’Etat chargé du Développement durable, reviennent sur l’économie circulaire et ses enjeux.

- L’Economiste : En quoi l’économie circulaire semble être un modèle d’avenir?
- Mohamed Benyahya:
Le modèle économique en vigueur est que l’on prélève des ressources qui passent par des processus industriels. Ce processus produit des déchets et le produit final devient déchet avec le temps aussi. Nous pompons des ressources d’un côté et nous accumulons des déchets de l'autre. Ce business modèle arrive en fin de vie. Les ressources se raréfient et nous ne pouvons plus continuer à jeter sans nous soucier de la pollution produite. Au lieu de travailler de façon linéaire, il faut travailler en boucle. Innover également, car la qualité moléculaire de la matière se perd à force d’être recyclée, il y a vieillissement du produit. En procédant au recyclage, la matière vierge sera toujours utilisée, mais dans une moindre mesure. Nous devons mettre en place  une technologie capable d’utiliser ces déchets afin de les transformer en produits de qualité. Il faut aussi faire de l’éco-conception. Que le produit soit pensé en amont pour être destiné au recyclage. C’est ce que permet l’économie circulaire, le seul modèle viable à long terme.

- Ce secteur est-il créateur d’emplois?
- Philip Mikos:
Oui, clairement. L'économie circulaire, c'est des emplois. A titre d'exemple, le recyclage crée actuellement environ 5.000 postes par an en Europe. L’économie circulaire est vraiment "tournante" dans le sens où elle met en circulation non seulement des déchets, mais aussi les personnes. Elle relie le consommateur au producteur et le secteur privé au secteur public. C’est pour cela que la stratégie de développement durable que nous appuyons avec le ministère marocain est importante car elle apporte un canevas. A l’intérieur de ce cadre, le secteur privé va trouver son rôle. Que ce soit le secteur privé qui produit ou celui qui utilise le déchet.

- Quels sont les leviers à activer pour favoriser sa croissance?
- Philip Mikos:
Il y a des facteurs variables. Dans cette nouvelle économie, le changement de mentalité des consommateurs est capital, et il devra se faire progressivement. Il faudra d’abord commencer par sensibiliser les consommateurs au tri des déchets. Le rôle du grand public à ce niveau est très important. La même opération doit être menée auprès des producteurs, en les incitant à une production durable, qui engage leur responsabilité. Et enfin parce que nous n'avons plus le choix: l’économie circulaire est le seul modèle soutenable, il n’y a pas d’autres alternatives viables pour notre planète.

- Aujourd'hui, vers quoi l’UE et la direction Environnement orientent leur action?
- Kestutis Sadauskas: Gestion des déchets, production soutenable et conception de produits d’un nouveau type. C'est-à-dire des produits recyclables, avec une plus grande durabilité. Il y a des secteurs spécifiques comme le plastique ou il faut agir très vite, sinon nous aurons des problèmes. L’augmentation exponentielle de la production de plastique est alarmante. Elle a été multipliée par 30 durant le demi-siècle dernier et cela continue à la même cadence. Et en parallèle, on ne valorise pas cette matière comme il se doit. Le plus urgent aussi est d’établir des standards de qualité pour les sources secondaires. Si leur qualité égale la matière vierge en étant moins chère, tout le monde y gagne. L’industrie et le consommateur.

- C'est la "guerre" livrée aux majors de l'industrie! N’allez-vous pas aussi vous heurter à l’obsolescence programmée?
- Kestutis Sadauskas: C’est ce que le consommateur soupçonne, mais il faut prouver cela. C’est pour cela que nous allons lancer un programme afin de tester le produit. Si l’obsolescence programmée est avérée, nous allons agir à notre manière, pour le bénéfice du consommateur. C’est sûr que le secteur industriel va résister, mais c’est au consommateur de provoquer le changement de paradigme.

- Philip Mikos: Le business modèle va changer, doit changer. Si j’étais un constructeur de smartphone par exemple, un objet polluant que beaucoup de gens changent chaque année, je développerais des produits ou je récupérerais l’ancien, je le recomposerais afin de sortir des produits moins chers pour le consommateur. Le coût de production sera moindre aussi, c’est win-win. L’image du moderne ne sera plus «le meilleur est le plus récent». C’est un modèle de consommation impossible à soutenir lorsque vous avez 7 milliards de consommateurs. Si nous continuons comme nous le faisons, beaucoup de produits deviendraient 100 fois plus cher avec le temps, si nous en venions à payer le coût de l’épuisement des ressources.

- Comment percevez-vous la gestion des déchets au Maroc?
- Kestutis Sadauskas:
Je ne suis pas au fait de la stratégie du pays, mais il y a toujours des axes d’amélioration. Je sais que le cadre juridique est assez fort, maintenant c’est l’exécution sur le terrain qui compte. Je vois la possibilité d’améliorer la collecte séparée de déchets (verre, métal, papier, plastique). C’est de cette manière que l’on peut aider à l’émergence du marché de produits secondaires. C’est aussi moins cher de cette façon que de recueillir des déchets mélangés et souillés.
Propos recueillis par Reda BENOMAR

L'accompagnement de l'UE

■ Partenaires de choix
L’UE accompagne la transition verte de l’économie marocaine et la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement durable 2016-2030. Elle octroie un financement de 35 millions d'euros couvrant à la fois les projets et les réformes du gouvernement pour l’émergence des filières vertes (valorisation des déchets) et l’efficacité énergétique.

■ Un financement «bleu» dédié au secteur de l’eau
Il s’agit d’une ligne de crédit d’un montant de 20 millions euros (215 millions de DH), dédiée au financement de projets d’investissements portés par les entreprises actives dans le domaine de l’eau au Maroc. L'objectif est de préserver les ressources hydriques en permettant aux entreprises d’intégrer des procédés de recyclage, d’économie en eau, ou encore dépollution.

■ Ligne de crédit Morseff (Morocco Sustainable Energy Financing Facility)
Dotée d’une enveloppe de 55 millions d’euros, cette ligne de crédit vise soit à améliorer l’efficacité énergétique des entreprises, soit à utiliser les énergies renouvelables dans leur processus de production. L’Union européenne finance 7,5 millions d’euros et prend en charge la subvention à l’investissement ainsi qu’une partie de l’assistance technique et conseil aux entreprises.

 

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