Economie

Women in Africa: «N’attendez pas que l’on vous ouvre la porte, poussez-la!»

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5114 Le 27/09/2017 | Partager
Les conseils éclairés d’une professionnelle de la com
Posture, discours, stratégie, mais aussi courage… les clés pour réussir
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Muriel de Saint Sauveur est à la tête de «Women Masterclass», une société de conseil en communication au féminin (Ph. Mokhtari)

 

Muriel de Saint Sauveur est une professionnelle de la communication et experte en égalité entre les femmes et les hommes et en diversité. Elle est l’auteure de «Un monde au féminin serait-il meilleur?» paru en 2011, qui réunit les témoignages de 100 femmes dans 30 pays. Pour accompagner leurs carrières, elle ouvre sa société de conseil en leadership et communication au féminin, «Women Masterclass». Moment d’arrêt avec celle qui ne s’habitue pas à la persistance des discriminations envers le sexe féminin.

- L’Economiste: Qui sont les femmes qui ont participé à votre masterclass sur «comment cultiver son leadership?»
- Muriel de Saint Sauveur:
Leurs profils comme leurs origines sont très variés. Elles viennent du Maroc et de différents pays d’Afrique, mais elles ont toutes sensiblement les mêmes objectifs, c’est-à-dire apprendre comment être leader de sa vie, et connaître les outils pour y parvenir. Il s’agissait surtout pour elles de découvrir de nouvelles méthodes afin de s’améliorer dans leur ONG ou dans leur profession.

- Vous intervenez partout dans le monde. Les méthodes diffèrent-elles d’une région à l’autre?
- Ce sont les objectifs qui varient suivant le pays. En Afrique, les femmes doivent composer avec la famille, le milieu social, l’éducation, ce qui n’est pas le cas en France. En Inde, où je me rends dans deux mois, c’est encore différent. En revanche, les techniques pour s’aider à se positionner dans son environnement sont universelles. Le corps a plus d’impact que le discours. Il faut savoir que 93% du message que vous allez envoyer à l’autre passe par votre physique, et 7% par le contenu. Que l’on vive en France ou au Bénin, les méthodes sont les mêmes pour convaincre son père de poursuivre ses études, ou pour convaincre un CEO d’avoir le futur job que vous voulez. Ce message doit être envoyé au bon moment et de manière synthétique. Peu de place à l’improvisation!  

- Quelles sont les difficultés qu’elles expriment le plus?
- Il y a des freins propres à la culture, c’est évident. Vivre sa vie professionnelle comme on le souhaite n’est pas facile. En Inde, les femmes me demandent comment convaincre leur famille de les laisser travailler. Au Maroc, c’est un peu différent, puisque le monde du travail est plus ouvert. Ici, ce qui revient souvent est de savoir comment trouver sa place dans un environnement masculin. Ma réponse est toujours la même, tout dépend de la posture, de la manière dont on aborde les sujets et les gens. Vous ne pouvez pas convaincre si vous apparaissez comme une victime. Vous devez savoir où vous allez et ce que vous voulez. Là, seulement, les regards sur vous seront différents.

- Quelques clés alors pour cultiver son leadership…
- Ce que j’essaye d’apprendre aux femmes n’est pas forcément de devenir des patronnes du CAC 40, car tout le monde n’a pas envie de cette vie. Il s’agit plutôt de les amener à définir leurs propres choix de carrière et comment essayer de les mettre en œuvre. Je dis bien «essayer», car ce n’est pas toujours facile. Mais admettre qu’elles sont victimes de discrimination est un premier pas, avant de mettre des mots sur cette situation pour enfin la dépasser. Il y a donc des clés physiques avec des codes précis, et des clés de communication. Maîtriser la façon dont on se présente, la manière dont on explique son projet, sans se répéter et sans dévier. Tout ceci ne se fait pas en un jour, mais la bonne nouvelle, c’est que ça s’apprend.

- Un conseil en particulier pour les femmes africaines?
- N’attendez pas que l’on vous ouvre la porte, poussez-la! Il y a encore beaucoup de peur et de gêne à demander, à s’imposer. Elles redoutent le jugement de l’autre. Pourtant, c’est de cela dont il faut s’évader. Même si c’est contraire à l’éducation qu’elles ont reçu dans l’enfance. C’est, je crois, leur plus grande difficulté à surmonter. Mais si elles veulent travailler, elles doivent s’affranchir d’un certain nombre de codes. Le poids de la hiérarchie et des anciens est très pesant sur le continent, mais ce respect qu’on leur impose est valable dans les deux sens. L’important est que le dialogue soit possible. o

Propos recueillis par  Stéphanie JACOB

 

 

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