Economie

Women in Africa: Les femmes d'influence marquent le pas

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5114 Le 27/09/2017 | Partager
PDG de banque, sénatrice, chef d'unité à la BM... elles témoignent
Représentation féminine au sein des CA: l’Afrique en tête des pays émergents
Sortir des clivages, offrir une meilleure éducation, le combat de tous
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C'est à un parterre composé de femmes africaines d'influence que s'est adressée Aude de Thuin avec beaucoup d’émotion lors du WIA. Ces pionnières, dirigeantes, patronnes, parlementaires sont venues pour exprimer leur différence, leurs divergences, et faire comprendre qu'aujourd'hui, ce n'est pas de genre qu'il s'agit, mais de compétences! (Ph. Mokhtari)

«Cela a été très difficile pour moi d’organiser ce forum pour les femmes africaines, parce que je suis une femme blanche». Aude de Thuin, la conceptrice du projet, s’est exprimée avec beaucoup d’émotion lors du sommet. Elle a joué carte sur table. «J’ai monté ce projet pour toutes les femmes, parce qu’on m’a demandé de le faire, et à mes sœurs noires, je tiens à dire que je suis blanche mais que mon cœur est noir». Pour elle, la sensibilité non refoulée des femmes est leur force. Un atout même.

«J’ai réussi dans les affaires car je suis restée moi-même, avec toute la palette de mes émotions». Ces forces justement, certaines les ont clairement exprimées lors du Women in Africa à Marrakech, comme Binta Toure Ndoye, PDG d’Orabank au Mali, une des rares femmes en Afrique à s’être hissée à la tête d’une banque. «Une aberration» dit-elle. Son premier modèle a été sa mère, elle aussi pionnière mais dans le journalisme au Mali. «Une seule erreur peut nous coûter notre carrière, avoue-t-elle. Il est grand temps de soutenir l’ascension des femmes en Afrique, et pour y parvenir, nous avons besoin de plus de libertés, de plus d’opportunités et d’une meilleure éducation».

En effet, entre défaut de soins, d’éducation et les mauvaises conditions de vie, ce package freine la croissance du continent dans sa globalité. Pour autant, la première étude jamais réalisée sur la représentation féminine au sein des conseils d’administration en Afrique, commandée par la Banque africaine de développement (BAD), montre que le continent se positionne plutôt bien face aux autres régions du monde. Il arrive en tête des régions émergentes avec 14,4% de femmes membres du conseil d’administration d’entreprises de premier ordre, contre 9,8% en Asie-Pacifique, 5,6% en Amérique latine et 1% au Moyen-Orient.

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La Banque africaine de développement (BAD) a réalisé en 2015 une étude encore jamais réalisée sur la représentation féminine au sein des conseils d’administration en Afrique. Le continent arrive en tête des régions émergentes, et troisième derrière les régions développées de l’Europe et des Etats-Unis

L’Afrique se plaçant ainsi troisième derrière les régions développées de l’Europe (18%) et des Etats-Unis (16,9%). Les secteurs dominants où les femmes sont les mieux représentées dans les CA incluent les services financiers, la construction et les matériaux de base ainsi que l’industrie automobile. Les pays africains qui comptent le plus grand pourcentage de femmes au sein de leurs conseils d’administration sont le Kenya (19,8%), l’Afrique du Sud (17,4%), le Botswana (16,9%), la Zambie (16,9%) et le Ghana (17,7%).

Des chiffres et des données qui concernent 307 entreprises de 12 pays différents, mais qui ne doivent pas faire oublier que le chemin est encore long pour s’assurer que, dans le cadre d’une croissance économique forte, les femmes les plus compétentes figurent parmi les dirigeants. «Le manque de confiance et les contraintes familiales sont les principaux freins à leur évolution», estime Nayé Bathily, chef de l'Unité parlementaire mondiale à la Banque mondiale. Dans les 54 pays que compte l’Afrique, seules 10 femmes sont au Parlement et 2 dans les commissions financières. «La finance est masculine», conclut-elle.

Pour elle, l’éducation doit être au centre de nos politiques. «Nous avons besoin d’une réforme globale de la politique avec les femmes au centre des processus de décisions». Membre fondateur du réseau parlementaire arabe, la sénatrice algérienne, Hafida Benghada, se félicite que la parité apparaisse depuis 2016 dans la Constitution de son pays. «Ce sont les hommes qui faisaient toute la société, nous ramenant, nous les femmes, toujours au passé. Puisque le monde a changé, les mentalités doivent suivre. Nous nous sommes battues pour faire passer la loi contre la violence faite aux femmes. Car plutôt que de nous encourager à nous défendre, la société nous demandait de pardonner pour les coups reçus».

 

 

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