Economie

Women in Africa: «Un prix pour l’homme africain de l’année»

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5112 Le 25/09/2017 | Partager
Le pari fou de Aude de Thuin, patronne du Forum
Objectif: Identifier les hommes qui intègrent les femmes dans la gouvernance
50 lauréas, un jury mondial, le gagnant bientôt dévoilé
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Aude de Thuin est la présidente fondatrice de Women in Africa. Elle est également spécialiste des questions de femmes sur les sujets d’économie et de société et fondatrice du Women’s Forum (Ph. WIA)

Aude de Thuin, femme d’affaires française, est pleinement engagée dans la reconnaissance de la place des femmes dans la société. Elle crée le Women’s Forum for the Economy and Society pour les inviter à s’affranchir des modèles anciens et assumer leurs ambitions, démontrant au passage que la mixité est un facteur de progrès et une nécessité pour l’avenir. Echange avec la présidente fondatrice de Women in Africa.

- L’Economiste: Le WIA est né de la volonté des femmes africaines elles-mêmes, expliquez-nous.
- Aude de Thuin:
Je connais depuis de nombreuses années des femmes africaines qui suivent mon travail et connaissent mon expertise sur le sujet des femmes dans le secteur économique et sociétal. Elles savaient aussi qu’il fallait, pour réaliser un tel évènement mondial, avoir une dose de «folie d’entrepreneu», ce que j’ai toujours eu. J’ai beaucoup hésité avant de m’engager et je ne l’ai fait qu’après avoir constitué un board de personnalités internationales, femmes et hommes, car je considère que sans les hommes, qui occupent 90% du pouvoir, du capital et du leadership, la situation des femmes ne pourra évoluer.

- Justement, les hommes évoluent-ils sur ces questions?
- Oui certains, et je trouve même de plus en plus. D’ailleurs, pour les faire évoluer, nous avons créé avec Radia Cheick Lahlou, qui dirige l’agence de RSE Declic à Casablanca, le prix de “l’homme africain de l’année”. Pour identifier ceux qui intègrent les femmes dans leur gouvernance, nous avons lancé un benchmark sur tout le continent africain et mis en place des critères très sélectifs car même si ce prix fait sourire, le sujet est grave et profond. C’est ainsi que sur 50 hommes identifiés, nous avons soumis à un jury mondial, composé de femmes et d’hommes, une short liste de 10 personnalités, dont a été élu notre lauréat. Nous communiquerons au monde entier les résultats de ce prix qui récompense les hommes dans un sommet de femmes.

- Quelles sont, selon votre expérience, les stratégies à suivre en Afrique pour booster l’emploi des femmes?
- Il faut prouver aux hommes qu’avec les femmes, l’économie se portera mieux et donc les sujets sociétaux qui en découlent. Toutes les études prouvent que lorsqu’il y a plus de femmes dans le management, le capital des entreprises ou encore à la tête d’institutions, la situation des femmes évoluent et la société tout entière également. Mais le machisme, les habitudes, le refus de voir la/les sociétés évoluer bloquent encore l’emploi des femmes.
Une des priorités est l’éducation et la formation, et l’acceptation d’une nouvelle société qui, telle qu’elle est, va dans le mur. Il faut donc tenter une nouvelle façon de travailler, de réfléchir ensemble, femmes et hommes, aux grands enjeux de sociétés, et inclure davantage les femmes. Travailler dans la complémentarité est une des pistes que je propose aux hommes. Une fois que cette expérience aura été faite, et si les choses ne changent pas, alors, on pourra baisser les bras. Pas avant!
- Quel est votre sentiment sur la situation des femmes au travail au Maroc, pays hôte de l’événement?
- J’aimerais pouvoir vous répondre de façon positive, mais malheureusement, la situation des femmes n’est pas bonne.
Et pour tout dire, paradoxale. Je passe désormais beaucoup de temps au Maroc. Tous les jours, je rencontre des femmes exceptionnelles, qui occupent des positions majeures dans différentes fonctions. Que ce soit dans les affaires, dans le monde associatif, dans l’éducation, dans l’économie sociale et solidaire. Et toutes me parlent de la «non-évolution», quand ce n’est pas de la régression de leur situation dans le pays. C’est pourquoi j’adorerais que le sommet Women in Africa s’installe durablement dans le Royaume. Car nous pouvons être un accompagnateur des changements et de l’évolution des choses. Ne serait-ce que par les exemples que des femmes venues du monde entier vont donner. Mais curieusement, même après ce tableau un peu négatif que je vous ai donné, je reste optimiste, car la nouvelle génération est prête à oser, à vouloir une vie différente souvent de celles de leurs parents. Il y a aussi un phénomène que j’observe dans toute l’Afrique, c’est une montée en puissance de l’orgueil de ces jeunes, de cette fierté qu’ils ont pour leurs pays. Ils veulent faire partie du monde global, et c’est très encourageant pour l’avenir.

Propos recueillis par Stéphanie JACOB

 

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