Economie

Salubrité alimentaire: Notre assiette est-elle sécurisée?

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5042 Le 09/06/2017 | Partager
Viandes, poisson, produits laitiers, fruits et légumes échappent toujours à la traçabilité
La réglementation en vigueur peine à s’appliquer sur le terrain
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 Depuis sa création en 2008, l’Onssa a délivré 4.940 entre agréments et autorisations. La moitié concerne les établissements de pêche et 600 les entrepôts de stockage de produits alimentaires. C’est très peu par rapport à l’existant que nul ne parvient à cerner, faute d’enquête sur le terrain

Plus de 68 tonnes de produits alimentaires impropres à la consommation. C’est le bilan de contrôle sur les 10 premiers jours du mois de Ramadan. Un chiffre en forte baisse, se félicite l’Onssa. Puisque, à la même période de l’année précédente, le bilan était beaucoup plus lourd: 205 tonnes ayant été saisies et détruites pour non conformité à «la réglementation en vigueur».

C’est ce vocable assez vague qui est toujours avancé. Sans se hasarder à signaler les dangers réels du produit incriminé sur la santé du consommateur et encore moins les auteurs de la fraude. Car, depuis sa création, il y a plus d’une décennie, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires fait toujours dans la sensibilisation pour instaurer son approche de contrôle qui se base sur la traçabilité.

«De la fourche à la fourchette et du bateau au plateau», résume ainsi l’ambition de l’Office. (Voir article page suivante). Mais l’assiette du consommateur marocain est-elle pour autant sécurisée? Surtout pour ce qui est des produits les plus exposés à la contamination? Même d’ordre conjoncturel, le bilan de la première décade du mois de Ramadan renseigne sur la situation. En tête des produits figurent les viandes rouges et blanches qui représentent plus de la moitié du volume saisi et détruit: 38 tonnes.

Normal, puisque l’abattage, clandestin ou contrôlé, demeure insalubre. La quasi-totalité des abattoirs de viande rouge et des ateliers de traitement des volailles n’est ni agréée ni autorisée. Pourtant l’arsenal juridique et réglementaire est on ne peut plus dense et complet. «Sauf que son application sur le terrain aboutirait à la fermeture de pans entiers du secteur de l’alimentaire», confie à L’Economiste Ahmed Bentouhami, directeur général de l’Onssa.

A ses yeux, il faut considérer deux types de marché: la contrebande et les produits fermiers. Tous deux échappent au contrôle tel que régi par la réglementation en vigueur. Celle-ci s’appuie sur l’agrément ou l’autorisation de tout le processus de production, de l’origine d’approvisionnement, des moyens logistiques de conditionnement, de stockage et de transport. Le tout requiert la traçabilité exigée. Sur ce volet réglementaire, d’importantes avancées ont été réalisées. «Ce qui fait défaut, c’est son application sur le terrain», reconnaît Bentouhami.

Pour le moment, l’important tient au symbole de marché que représente l’Office: l’étiquetage et le logo de l’agrément affichés par les unités agréées constituent un élément de sécurité. Un îlot dans l’océan de la production et la distribution de produits alimentaires. Car, jusqu’à présent, le nombre des unités agréées s’élève à près de 5.000. (Voir infographie ci-contre). Sur un total que l’Onssa ne cerne pas encore, faute d’enquête sur le terrain.

Viandes rouges et blanches, fruits et légumes, lait et dérivés, boulangeries et divers produits transformés de contrebande garnissent nos plats sans qu’ils passent par le contrôle. Pour preuve, le mois de Ramadan durant lequel le contrôle s’intensifie se solde chaque année par d’énormes saisies et destructions de produits. Et pour cause! L’inspection se porte beaucoup plus sur le produit fini.

Or, si le sort réservé aux produits de contrebande est la destruction, qu’en est-il des viandes issues des abattoirs non agréés? Que dire aussi des centaines de milliers de tonnes de viandes blanches traitées dans des ateliers de quartier? Et les fruits et légumes que  nous consommons au quotidien sont-ils indemnes de résidus chimiques? Aucune certitude dans la mesure où les responsables de contrôle ne procèdent pas aux prélèvements et aux analyses d’usage.

Faute de traçabilité, il est difficile, voire impossible, d’identifier l’origine du produit pour déterminer les responsabilités. Les marchants de fruits et légumes s’approvisionnement souvent auprès d’une multitude de producteurs. Au total, l’Office contrôle en moyenne 1,2 million de tonnes de produits alimentaires sur le marché local dont près de 6.000 tonnes sont saisies et détruites. Pratiquement le même volume est inspecté à l’import avec également un pourcentage important de produits non conformes à la réglementation en vigueur. Le sort qui leur est réservé est souvent le refoulement.

Déficit abyssal de l’encadrement

Les taux d’encadrement de certaines activités clés comme l’élevage et le contrôle de produits végétaux s’écartent largement de ceux relevés dans certains pays d’Europe. A titre d’exemple, la Belgique de 33,8 vétérinaires pour 100.000 habitants contre un seul praticien au Maroc pour la même population. En ce qui concerne le contrôle des végétaux, la France compte un inspecteur pour 17.000 habitants alors qu’au Maroc, un ingénieur est censé couvrir les besoins d’un demi-million d’habitants.

 

 

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