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Culture

Kouka Ntadi: «La culture est une remise en question, non une certitude»

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5012 Le 27/04/2017 | Partager
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Kouka Ntadi est un artiste résident régulier de Jardin Rouge à Marrakech, soutenu par la Fondation Montresso. Il y développe son travail sur le guerrier Bantou (Ph. Montresso/Thily)

Venu tout droit de Paris, c’est pourtant la terre Afrique qui inspire Kouka Ntadi. Sa rencontre avec la civilisation originelle africaine, les Bantous, a opéré un tournant dans sa carrière et dans sa vie. Depuis, il les érige un peu partout sur toile, sur palissade, dans les rues de Paris, Libreville, Berlin, Miami, au Maroc aussi, ou face à la mer sur l’île de Gorée pour la biennale de Dakar.

Ces Guerriers Debouts, plus protecteurs que menaçants, réalisés à Jardin Rouge à Marrakech et soutenus par la Fondation Montresso, sont actuellement présentés pour l’événement «L’Afrique en Capitale» à Rabat.

Une rétrospective de 4 années de recherche picturale par Kouka investie donc le Musée Mohammed VI d’art contemporain, alors que son installation «Le guerrier de la République» a pris place sur le parvis. Echange avec un artiste qui nourrit dans son œuvre une relation triangulaire entre la nature, les hommes et le sacré.

- L’Economiste: Comment est né votre travail sur les guerriers Bantous, exposés à Rabat?
- Kouka Ntadi: Le guerrier Bantou est un personnage qui me suit depuis 8 ans, mais que je peignais exclusivement dans l’espace public. Il s’agissait pour moi d’exprimer l’idée d’expansion des peuples. A l’origine, les Bantous sont un ensemble d’ethnies qui ont construit l’Afrique en se propageant petit à petit sur la planète entre les flux migratoires et l’esclavage. Je dessinais ces guerriers dans une démarche très graffiti en m’appropriant les territoires sur lesquels j’allais, histoire de recréer une géographie. Ce travail est pour moi très différent de celui en atelier. Tu dois te confronter à l’extérieur, à la rue. Pendant ma résidence à Jardin Rouge, j’ai essayé de réconcilier les deux pratiques entre la recherche du support et une intervention aussi spontanée que dans l’espace public avec ces guerriers Bantous.

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- C’est donc aussi une histoire de matière...
- J’ai longtemps travaillé la toile avant d’être confronté à toute l’histoire de l’art qui est derrière. Pour un peintre contemporain, il est difficile de passer après des Raphaël, Caravage ou Michel Ange. Comme disait Dali, «je pourrai jamais faire mieux que les peintres de la Renaissance italienne». L’idée était donc de travailler un nouveau support qui fasse écho à l’environnement urbain d’où je viens. Les palissades de bois étaient alors une évidence, représentant cette essence naturelle, mais aussi une barrière que l’on aurait envie de dépasser. Quand on peint dans la rue, on est habitué à ce type de support irrégulier, ce qui m’a ramené à une peinture beaucoup plus brute et plus proche de ce que j’aime faire, du spontané, du gestuel et du direct.
- Pourquoi choisir de peindre ces guerriers de dos?
- Au début, je les peignais de face. Pour moi, ces guerriers sont avant tout des gardiens chargés de défendre leur tribu et leur territoire, sans attitude offensive, mais dans la tête des gens j’ai vu qu’ils pouvaient être menaçants. Alors j’ai choisi de les peindre de dos pour que celui qui regarde soit placé derrière lui et se sente ainsi protégé plutôt que menacé. Ces guerriers, gardiens de l’environnement et de la nature, existent aussi pour dénoncer le pillage de l’Afrique. Les remettre à leur place, au centre du débat, fait partie intégrante de ma démarche.  

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Les Guerriers Debouts de Kouka sont actuellement présentés pour l’événement «L’Afrique en Capitale» à Rabat. Ses œuvres investissent le Musée Mohammed VI d’art contemporain, alors que son installation «Le guerrier de la République» a pris place sur le parvis (Ph. Montresso/Thily)

- Que vous apporte vos résidences à Jardin Rouge de Marrakech?
- J’ai fait ma première résidence à Jardin Rouge il y a plus de 2 ans. L’idée d’une résidence pour un artiste est de sortir de son cadre habituel, d’explorer des pistes différentes dans un autre contexte. Pour moi par exemple, c’est l’occasion de sortir de mon atelier parisien, mais aussi de la rue où je peins. En termes de culture et de partage, tout est possible ici au Maroc, et plus largement dans toute l’Afrique. A Paris, une ville musée, tout le monde croit tout savoir sur l’art et croit être au centre du monde et de la culture. Dommage, car pour moi la culture doit être une perpétuelle remise en question plutôt qu’une certitude. Je repars toujours de Marrakech avec des idées nouvelles et avec l’envie de pousser encore plus loin la démarche.
Propos recueillis par Stéphanie JACOB

 

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