Competences & rh

Une dream team marocaine de maths à l’Université Cadi Ayyad

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5010 Le 25/04/2017 | Partager
Une unité mixte de recherche chapeautée par l’IRD français
En vedette, le laboratoire de mathématiques
Zoom sur MarrakAir, un projet pionnier au Maroc
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Une première au Maroc. Le projet MarrakAir, conjointement porté par l’IRD et l’Université Cadi Ayyad, s’est penché sur la problématique du développement durable, synthétisant plusieurs travaux de recherche sur la pollution de l’air, le trafic routier et la modélisation informatique (Ph. UCA)

Ils sont quelque 70 chercheurs et une centaine de doctorants, éparpillés sur les 5 continents. Tous travaillent au sein de l’Unité mixte internationale de modélisation mathématique et informatique dont fait partie le laboratoire de mathématiques et dynamique de populations de l’Université Cadi Ayyad (UCA) à Marrakech.

Dirigé par le doyen de la faculté des sciences Semlalia, le Pr Hassan Hbid, qui chapeaute également la zone sud de l’unité mixte, ce laboratoire a 600 publications avec «impact factor» à son actif et 70 thèses de doctorat soutenues. C’est l’un des pôles de mathématiques les plus actifs du pays.

Début du parcours  vers l’excellence

Tout commence en 1994 avec un laboratoire où l’on travaillait les équations différentielles et les systèmes dynamiques, entre autres. Puis sont arrivés les grands projets européens dont Med Campus pour des mathématiques appliquées à la gestion des ressources renouvelables. En effet, jusqu’au milieu des années 1990, les scientifiques français travaillaient les mathématiques appliquées à l’industrie, avant de se tourner vers les questions d’environnement, qui commençaient à s’imposer.

Ce changement de cap s’est également opéré au Maroc, car, comme l’avoue le doyen de la faculté des sciences Semlalia, «la plupart d’entre nous ayant fait notre thèse en France, nous sommes assez liés naturellement à ce qui se fait là-bas». Voilà comment les chercheurs de l’Université Cadi Ayyad se sont intéressés aux bio-mathématiques, des mathématiques appliquées à la biologie et plus particulièrement à la gestion des pêcheries au Maroc, mais aussi à la médecine.

Avec le projet Med Campus, dédié à la formation de formateurs, l’université de Marrakech a organisé des écoles d’été pour apprendre à modéliser les phénomènes naturels, à parler le langage des biologistes et à mettre en équation leurs problématiques, comme la gestion de stocks de poissons, ou le suivi de certaines épidémies pour le volet médecine.

Les années aidant, les scientifiques marocains gagnent en expertise. En 1999, nouvel élan. Le partenariat avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) permet à cette jeune équipe de chercheurs d’initier un réseau à l’échelle africaine, appelé «Mathématiques et applications thématiques» avec des collègues du Cameroun, Burkina Faso, Sénégal et du Niger. Dix ans plus tard, en 2009, l’Unité mixte internationale de modélisation mathématique et informatique, consacrée aux systèmes complexes biologiques, naturels et sociaux, voit le jour. Cette unité, dirigée conjointement par Jean-Daniel Zucker et Hassan Hbid, est sous tutelle de l’IRD, de l’Université Pierre et Marie Curie en France, de l’Université Cadi Ayyad au Maroc et d’universités africaines.

Zoom sur MarrakAir

D’autres chercheurs associés, basés à Tanger, Essaouira, Rabat, Tunis, mais aussi au Vietnam, se joignent à l’aventure. Aujourd’hui, l’Unité de modélisation  a pris des galons, distinguée par l’Agence française de l’évaluation de la recherche scientifique, l’Aeres, qui l’a classé A+. «Un label très important pour nous», concède Abdellatif Miraoui, président de l’Université Cadi Ayyad d’autant que «l’agence d’évaluation ne le donne pas à n’importe qui».

 L’Unité mixte internationale de modélisation mathématique et informatique Sénégal, dirigée par l’actuel ministre de l’Enseignement supérieur, Mary Teuw Niane, concentre ses travaux sur l’épidémiologie et la pêche. Un projet commun est d’ailleurs engagé entre Dakar et Rabat concernant leurs côtes maritimes respectives. L’Unité sénégalaise opère aussi quelques travaux sur la gestion du pâturage.

Au Cameroun, c’est également l’épidémiologie qui occupe les scientifiques, mais aussi les problèmes des forêts alors qu’au Vietnam, les travaux portent principalement sur les phénomènes de catastrophes naturelles, dans ce pays touché par de nombreuses inondations.

Au Maroc, les équipes de l’Unité mixte travaillent sur des sujets liés à la gestion des pêcheries et à la mobilité urbaine. Les résultats scientifiques sur l’optimisation des feux de signalisation ont ainsi pu aider à la décongestion du trafic dans la commune urbaine de Marrakech. Mais il s’agit d’aller toujours plus loin. L’Université Cadi Ayyad est en train de constituer son pôle de compétence sur la mobilité urbaine, avec dans le viseur, le concept de «ville intelligente». Un axe de recherche qui se veut multidisciplinaire entre chercheurs, géomètres, géographes et sociologues.

Une première au Maroc. Le projet MarrakAir, conjointement porté par l’Institut de recherche et développement et l’Université Cadi Ayyad, s’est penché sur la problématique du développement durable, synthétisant plusieurs travaux de recherche sur la pollution de l’air, le trafic routier et la modélisation informatique.

Cet outil de compréhension et de sensibilisation aux effets de nos modes de vie sur l’environnement intègre une simulation du trafic routier dans la ville de Marrakech et son quartier central de Guéliz, et une méthodologie de calcul des émissions de pollution automobile. Le modèle Simulation multi-agents à partir de capteurs urbains pour la pollution atmosphérique automobile est développé sur la plateforme de modélisation «Gama 3», une représentation visuelle en 3D de la ville et de son réseau routier, qui a particulièrement intéressé la commune. Il est en effet plus facile pour les chercheurs de faire comprendre leurs travaux aux décideurs par ce type d’outil, que par des listes d’équations mathématiques.

                                                                                               

Mohammed Aït Babram, le chercheur aux commandes de MarrakAir

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Mohammed Aït Babram, à droite, présente à Paris la maquette MarrakAir à Nicolas Marilleau, chercheur de l’IRD et collaborateur au projet (Ph. UCA)

Membre actif et permanent du LMDP et de l’Ummisco, Mohammed Aït Babram est enseignant-chercheur au département de mathématiques de la faculté des sciences de Marrakech. Ce spécialiste en mobilité urbaine, résidentielle et durable, se félicite de ce partenariat entre chercheurs et décideurs.

Pour lui, la prochaine étape est de passer de MarrakAir première génération à une maquette 3 ou 4 fois plus grande, et surtout connectée en temps réel. «Nous avons la chance d’avoir un président visionnaire, explique-t-il. Récemment, une imprimante 3D a été installée au laboratoire, afin de réaliser les matières premières à ce nouveau simulateur, qui sera connecté aux capteurs que nous espérons rapidement voir installés dans les principales artères de la ville».

 En attendant, la maquette MarrakAir va être exposée dans quelques jours au Salon de la valorisation en sciences humaines et sociales à Marseille.

 

 

 

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