DOSSIER 8 MARS

Mon combat pour des maternelles «rurales»

Par Karima CHEBIHI | Edition N°:4976 Le 08/03/2017 | Partager
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Karima Chebihi, éducatrice et psychologue
(Ph. K.C)

Native de Rabat, je me suis retrouvée, suite à la disparition de mon père, gérante de la ferme familiale «Domaine Limouna». Se trouvant dans la caidate de Igli/Sidi Hmad, à 35 km de Taroudant et à 115 km d’Agadir. Durant mes deux premières années à la ferme, je me sentais seule au milieu de 60 hectares. Mais j’ai vite tissé des liens avec les bonnes gens d’Igli. C’est là que j’ai découvert que certains enfants suivaient des cours de soutien jusque tard le soir. On m’explique alors que ces cours sont dispensés par une cousine, qui se fait payer 20 DH le mois par enfant, et que les séances débutent à 16h30 et se terminent à 22h!

J’étais émerveillé par la motivation de ces jeunes, par la charité de cette cousine et par tant de partage. Alors j’ai demandé à assister au cours le lendemain. La salle, un grand garage où les travaux de finitions n’étaient pas encore faits. Les enfants autour de la maîtresse étaient assis sur des sacs d’engrais vide rempli de sable. Une fois l’exercice compris, ils se mettaient sur un simple tapis d’osier, mi-allongés mi-assis, pour finir leurs devoirs de classe. Ce qui m’a le plus étonné, c’est que les petits frères et sœurs de ces élèves, venaient aussi profiter sagement de cette chaude ambiance. Quoi de plus merveilleux que de sentir les sens en éveil de ces enfants! J’ai proposé mon aide pour donner les cours et pour meubler adéquatement le local.

Au début, je n’ai pas saisi le degré de lacune des enfants concernant la langue française, tellement il était immense. Mais j’ai vite compris qu’à l’école, on donnait aux petits des textes à apprendre, des exercices à faire, sachant pertinemment qu’ils n’y comprenaient rien! Au niveau des sonorités, il est impossible d’obtenir d’eux les sons corrects des voyelles: é, è, u, on, en, eu… Ne les différenciant pas, ils sont incapables de les reproduire. Il leur est aussi difficile de prononcer certains groupes consonantiques tels «xpr» dans exprimer, «bv» dans subvention. Pour le vocabulaire, c’est pire: ils reconnaissent «papa» mais pas «père». Ils confondent «Julien» et «avion» car ils ne font pas la différence entre un nom propre et un nom commun. Et ça, au niveau du collège!

En dehors de leur instituteur -et encore-, les enfants des villages retirés n’ont aucune chance d’entendre parler français. Ce ne sont pas des failles dans notre système éducatif, ce sont des ravins, des crevasses! Les livres ne sont absolument pas adaptés au niveau des enfants. Le français est enseigné comme si c’était une langue maternelle. Et les objectifs visés n’ont malheureusement rien à voir avec la réalité du terrain. Quels efforts doit faire l’enfant? Ce décalage est mortel pour tout élève. Personne n’a joué avec eux à l’école, personne n’a essayé de susciter leur créativité, personne n’a pris la peine de les balader.

J'aimerais créer cette maternelle, bien sûr, il faut de gros investissements mais j’ai envie d’essayer. Je veux leur apporter ce que sincèrement je crois être les moyens forts pour accéder à une bonne base de départ dans leur parcours scolaire. Car la maternelle en dehors de la langue, c’est aussi des pré-mathématiques, des calculs, des contes, des chansons, des poèmes, de la peinture, du jardinage, du collage, du découpage, des fêtes d’anniversaires, des gâteaux à faire en groupe.

Du concret, mais pas suffisant

Aujourd’hui, je suis contente d’annoncer que l’association Chams est enfin créée. C’est le premier pas vers la concrétisation de ce projet. Pour la formation et les stages, l’école Louis Massignon à Casablanca et Arc en ciel à Rabat me soutiennent. Encore faut-il qu’au niveau d’Igli, on puisse m’aider à acquérir une parcelle pour la construction de la maternelle. Avec des classes aérées et assez grandes pour contenir le nécessaire aux besoins de l’épanouissement de l’enfant: legos, coin poupée, coin dînette, coin mécanique, bibliothèque... sans oublier les coins rangements. En plus d’un jardin et d’une aire de jeux en plein air. Le soir, le local servira pour les heures de soutien scolaire.

 

 

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