Analyse

Stratégie Halieutis: L’éternel défaut d’approvisionnement

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:4960 Le 14/02/2017 | Partager
Les usines peinent à dépasser 40% de leur capacité
Lourdeur du contrôle et pléthore d’intervenants
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Des avancées mais toujours des contraintes à la pelle. C’est le constat dressé par l’Union nationale des industries de la conserve de poisson quant au bilan de la stratégie Halieutis. Cette profession qui représente l’avant-garde du tissu industriel de l’activité de pêche a vu son dynamisme s’estomper. A tel point que certaines unités sont soit en stand by ou ont fini par fermer. Pourtant, les professionnels ne nient pas les retombées de la stratégie. A leurs yeux, elle a permis de «dresser une feuille de route claire et  partagée sur la vision du secteur». L’avancée majeure tient à l'intégration de la durabilité de la ressource en tant que fondement de la gestion des pêcheries. Ceci s'est manifesté à travers la mise en place de quotas de pêches par zone, par le suivi satellitaire de la flotte, par la mise en place de repos biologiques,…

Il reste cependant un certain nombre de freins qui avaient été identifiés par la stratégie Halieutis et qui n'ont toujours pas été levés. Dans ce cadre, sont cités    la lourdeur administrative et de contrôle, l'accès à la ressource en quantité et en qualité et la mise à niveau de l'amont (flotte, infrastructures portuaires,…).
Malgré son poids économique et social, le secteur de la conserve de poisson (Voir infographie ci-contre) reste confronté à la hausse continue de ses intrants (poisson, huiles, emballages et main d’œuvre). Sans oublier la concurrence mondiale. Sans pour autant être suffisamment soutenu par l’Etat.   

De plus, il doit se conformer aussi bien sur le plan interne qu’externe à un environnement normatif à la fois exigeant et évolutif: traçabilité, règlement INN, comptoir d’agréage du poisson industriel,…). Un dispositif, qui selon les industriels «met sous pression les chefs d’entreprises». D’autant plus que le système est grevé par la lourdeur des procédures administratives et la pléthore d’intervenants, ce qui se traduit par des interprétations multiples et une absence de coordination entre les différentes entités chargées de son application.
Difficile de résoudre l’équation entre pêche durable et développement économique du secteur qui n’est toujours pas maîtrisée, faute de méthodes de pêche sélectives, ciblées et modernes en amont (flotte de pêche côtière, principal fournisseur de matières premières.).

Avec le déploiement de la stratégie en 2009, selon ses 3 axes majeurs: durabilité, performance et compétitivité, celle-ci a intégré dans une vision d’ensemble à la fois la pêcherie des petits pélagiques et son outil de valorisation. Les industriels de la conserve avaient espéré une amélioration substantielle de leur approvisionnement en poisson de qualité pour dépasser le seuil fatidique du taux d’utilisation de la capacité de leurs usines (40%). Ceci, à travers une organisation des activités amont longtemps décriées comme étant de véritables goulots d’étranglement de l’activité industrielle. Mais la situation n’a pas évolué.
Par contre, «les conserveurs ont continué, contre vents et marées, à investir et créer des emplois durables, surtout dans nos provinces du Sud, principale zone de production du poisson industriel dans le but d’améliorer à la fois leurs performances techniques et financières».

Pourvoyeur d’emplois durables, le secteur de la conserve génère des emplois indirects tout au long des chaînes de valeur qui s’étendent des navires de pêche industrielle en passant par la commercialisation dans les halles, le mareyage et le transport frigorifique du poisson. Leurs activités touchent également de manière indirecte les fabriques de boîtes vides, les intrants (huiles, jus de tomates,…), les étuis et cartons, la production de glace et les caisses plastiques. Tout cet écosystème se révèle un véritable levier de création de richesses et d’emplois. Confirmant ainsi l’adage qui dit: un emploi en mer génère trois ou quatre à terre.

Si on considère l’augmentation régulière de la consommation moyenne de poisson au niveau mondial (10 kg par an en 1960; 16 par an en 2000 et 20 kg actuellement), cette industrie est appelée à jouer un rôle majeur dans l'amélioration de la nutrition des populations mondiales. D’où la nécessité de développer cette activité de manière structurée, en conformité avec les enjeux environnementaux et ceux de la concurrence internationale. En particulier, les pays émergents de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud-Est.

Repères

■ Les atouts
- L’excellente image nutritionnelle de la sardine  
- Tissu industriel aux normes internationales.
- Marché intérieur jugé porteur
- Marchés en hausse à l’export

■ Les contraintes
- Multiplicité des services de contrôle.
- Irrégularité des approvisionnements en matière première.
- Sous utilisation de la capacité installée.
- Hétérogénéité qualitative au débarquement.
- coût élevé de l’énergie.
- Cherté des intrants (huiles, emballage métallique,…).

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