Justice

Affaire ONDA: Benallou entame sa nouvelle vie après 5 ans de prison

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:4959 Le 13/02/2017 | Partager
L’ex-DG et son ex-bras droit ont purgé la totalité de leur peine
Condamnation pécuniaire de 19,5 millions de DH pour trois accusés
Dilapidation de deniers publics: un 3e acte inachevé à la Cour de cassation
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Abdelhanin Benallou a dirigé l’Office national des aéroports de 2003 à 2010 (Ph. Bziouat)

L’ex-DG de l’Office national des aéroports vient de quitter sa cellule après 5 ans de détention. Abdelhanin Benallou est sorti par la grande porte du pénitencier d’Oukacha le mercredi 8 février. L’unique photographe qui s’est déplacé sur les lieux a raté sa prise. Benallou n’a pourtant pas cherché à passer incognito. «Il venait de partir, m’a confié un policier. Un proche est venu le récupérer au parking», rapporte notre source.
L’accusé qui a comparu depuis le début de l’affaire ONDA en détention provisoire n’a pas bénéficié, même après sa condamnation, du droit de grâce tant espéré par ses proches. S’il avait à se réaliser, ce scénario judiciaire allait rappeler le dénouement «heureux» qu’a connu en partie l’affaire Slimani & Laâfoura (cf. L’Economiste du 24 avril 2006).

L’ancien top management condamné en juillet 2013 pour dilapidation de deniers publics et faux et usage de faux  «a bouclé jusqu’au bout ses cinq ans», commente un des avocats de la défense. C’est la plus lourde condamnation prononcée dans ce procès à l’encontre également d’un autre accusé. Ahmed Amine Berkallil a en toute logique quitté la prison le jour même. Cet ex-directeur de communication, l’ancien top management de l’ONDA et le directeur financier sont les seuls à avoir purgé leurs peines assorties d’amendes alleignant les 50.000 DH. Les six autres mis en cause ont eu pour la plupart des condamnations pénales avec sursis. Les juges ont retenu contre eux la concussion qui induit «qu'un fonctionnaire public sollicite, reçoit, exige (...) à l'administration des sommes indues», précise l’article 243 du code pénal. Une seule personne a été acquittée dans ce procès: Bachir Iraqi, chef de projet à la SGTM. Société de travaux publics ayant construit les gros œuvres du terminal II de l'aéroport Mohammed V de Casablanca.

«Plaie à vif»

L’heure est aux retrouvailles après ce long va-et-vient judiciaire qui a duré près de deux ans. «Nous sommes encore dans l’émotion», rétorque un membre de la famille. «Je ne peux rien vous dire. La situation va se préciser dans les mois à venir. La plaie est grande et encore à vif», poursuit ce membre de la famille «Nous faisons partie de ces gens atteints comme d’une grave maladie. La sérénité n’a pas de prix», confie aimablement notre interlocutrice.

Il y aura certainement une suite à ce grand procès jugé à deux reprises par la Chambre des crimes financiers de Casablanca (voir Repères). La Cour de cassation a pris le relais depuis mars 2015. Il n’est pas sûr qu’elle ait tranché à son tour dans le dossier ONDA. L’avocat de Benallou affirme qu’une «audience était programmée  mercredi dernier» à Rabat. La plus haute instance judiciaire, qui passe actuellement par une zone de turbulences, siège dans la capitale (cf. L’Economiste du 27 janvier 2017).  Me Zakaria Lousky du barreau de Meknès indique avoir soulevé dans sa requête plusieurs points de droit dont celui de «la légalité des poursuites» engagées contre son client. La Cour de cassation n’aura pas à rejuger les faits. Mais à se prononcer uniquement sur les points de droit comme la justesse de la qualification des infractions, retenue par les juges de fond.  
L’enjeu n’est pas seulement pénal. En effet, les trois principaux accusés, à savoir Benallou et les directeurs de communication et financier, ont fait également l’objet de condamnations pécuniaires qui se chiffrent à un peu plus de 19,5 millions de DH. 

Le plus gros montant devra être versé par l’ex-DG au Trésor public, soit 18,7 millions de DH.
Berkallil, est tenu d’en payer solidairement 790.000 DH. Sans compter les 145.000 DH de condamnation pécuniaire que le directeur de la communication doit verser à titre personnel. Condamné à trois ans de prison ferme, le directeur financier, Ouadi Mouline, doit s’acquitter auprès de l’Etat de 632.000 DH.
D’après les déclarations de l’un des concernés, ces créances publiques n’ont pas été recouvrées par l’Etat. Le temps probablement qu’intervienne une décision définitive ayant la force de la chose jugée.

Chose curieuse, l’Etat ne s’est pas porté partie civile dans ce dossier! Si préjudice financier il y a, l’Office national des aéroports devait a priori réclamer la réparation du tort qu’il aurait subi. C’est d’ailleurs l’un des grands points d’interrogation dans l’affaire ONDA. A moins que l’on considère que le parquet représente d’office l’établissement public dont le conseil d’administration est présidé par le ministre de l’Equipement et des Transports.  A l’époque des faits reprochés -les exercices 2003 à 2007-, Karim Ghellab chapeautait le ministère de tutelle. Son parti, l’Istiqlal, vient de  geler le 9 février 2017 ses activités partisanes pour une durée de 18 mois aux côtés de Yasmina Baddou, ex-ministre de la Santé, et de Taoufik Hjira, ex-ministre de l’Habitat. A chacun son destin, dira-t-on. Mais comme l’a si bien dit Feu Hassan II, «les batailles ne sont pas gagnées par les plus forts ni par les plus rapides. Mais par ceux qui n’abandonnent jamais». Quitte à finir endettés pour les uns ou exclus pour d’autres.

Repères

Décembre 2008 : Rapport de la Cour des comptes sur l’Office national des aéroports Février 2010 Le DG de l’ONDA, Abdelhanin Benallou, est congédié de ses fonctions

• Février 2013 : Le procès ONDA démarre à la Cour d’appel de Casablanca

• Juin 2013 : Réquisitoire du ministère public et plaidoiries de la défense

• Juillet 2013 : L’affaire est jugée par la Chambre des crimes financiers

• Janvier 2014 :  Le débat redémarre devant la Cour d’appel de Casablanca

• Septembre 2014 :  Le procès reprend à zéro après l’arrivée de 2 nouveaux juges

• Novembre 2014 : La défense de l’ex-DG de l’ONDA plaide l’acquittement

• Mars 2015 : La Chambre criminelle confirme la 1re condamnation pénale

• Mars 2015 : La défense saisit la Cour de cassation qui n’a pas encore tranché

• Février 2017 : L’ex-top management relâché après 5 années de prison

 

 

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