Analyse

Données personnelles
La Silicon Valley défend son business modèle

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:4881 Le 21/10/2016 | Partager
Google mise beaucoup sur l’intelligence artificielle…
Et Facebook vise d’abord à rentabiliser son big data
Les régulateurs mondiaux réunis à Marrakech
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Les mastodontes du big data, comme Google, Microsoft ou Facebook, ne boudent jamais les conférences annuelles des autorités de protection de la vie privée, dont la dernière édition s’est tenue du 17 au 20 octobre à Marrakech.  La production des normes juridiques conditionne aussi l’avenir du business high-tech. Les firmes comme Facebook financent aussi certaines activités des autorités de contrôle. La conférence de Marrakech n’a pas fait exception (Ph. F.F.)

Un vrai voyage vers le futur. Deux chercheurs d’entreprises icônes de la Silicon Valley -Facebook et Google-, le président d’une très active ONG américaine qui milite pour la protection de la vie privée et d’autres personnalités ont échangé autour de l’impact des objets connectés sur notre vie de tous les jours. Leurs interventions ont été certainement des plus intéressantes sur «L’ouverture de nouveaux territoires à la protection des données et de la vie privée». Thème qui a été au cœur de la 38e Conférence internationale des commissaires à la protection des données et de la vie privée organisée du 17 au 20 octobre à Marrakech.   
Les panélistes anglophones vont surfer entre commerce, droit, philosophie et science. Car, qui dit technologie, dit confiance. Et qui dit confiance numérique, dit bien-être… de l’humanité. Peter Fleischer croit dur comme fer à l’intelligence artificielle: «Elle va chambouler toutes les industries et les métiers». L’exemple d’Uber et des taxis est là. Conseiller en protection de la vie privée à Google, Fleischer a passé 20 ans de sa vie dans des laboratoires de recherche à travailler sur l’apprentissage des machines. Il donne comme exemple l’auto-conduite. «La compréhension de la conduite exige aussi de cerner l’environnement qui est tout autour du véhicule. L’intelligence des machines n'est pas comparable à d’autres formes d’intelligence», explique le scientifique.
Mark Rotenberg a plusieurs casquettes: ingénieur informaticien, essayiste et président d’EPIC, ONG qui défend la protection de la vie privée. L’orateur cite un illustre inventeur, Thomas Edison: «Ce que l’homme crée avec ses mains, il doit le contrôler avec sa tête». Rotenberg, auteur de «La vie privée dans l’âge moderne», a été programmateur de jeux d’échec avant de rompre avec le «scientifisme» de ses confrères de Google et Facebook. «La protection des données personnelles dépend aussi de l’évolution technologique et des mécanismes de confidentialité». Car la collecte massive de nos informations privées a son revers.
Ainsi, l’articulation entre le droit et la science doit générer des «algorithmes de transparence».
Pour éviter les abus et garder le contrôle sur nos informations, la technologie doit-elle obéir à des normes juridiques? Le cas des drones est saisissant. «Il y a une relation asymétrique entre la personne identifiée et l’objet présent dans l’espace. On doit préserver le droit à une vie privée même si un drone arrive à identifier un individu», relève le président d’EPIC. L’idée aussi est de permettre aux citoyens de connaître la nature des machines qui les surveillent et leur véritable finalité.
Quant au représentant de Facebook, il ne s’embarrasse pas trop de questions «théoriques et académiques». Stephen Deadman ne jure que par «le business et la satisfaction client». L’adjoint du Chief private officer adopte une position ferme: «Il faut arrêter de penser au contrôle, à la transparence et à la confidentialité comme des problèmes. Il faut plutôt penser à des solutions pragmatiques pour faciliter la vie aux usagers». Et à booster parallèlement le portefeuille clients de l’entreprise. La réponse de l’intervenant est nette lorsque le modérateur Trevor Hughes l’interpelle sur «les lignes rouges» fixées aux ingénieurs de Facebook en matière de protection des données personnelles. «Le produit doit d’abord satisfaire nos clients». Laissant entendre que les questions de droit ne sont pas vraiment prioritaires dans les projets de recherche de Facebook.

 

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