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Et si les parents participaient à la réforme?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4878 Le 18/10/2016 | Partager
Pour une implication réelle dans le projet pédagogique des établissements
Une contribution symbolique de 10 DH par mois, une énorme bouffée d’oxygène!
La question frôle le sacrilège pour les syndicats
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Le Maroc consacre une grosse part de son PIB à son système d’éducation et de formation. Il fait partie des pays qui déploient le plus d’effort dans ce domaine. En 2016, un budget de plus de 46 milliards de DH y a été alloué, dont 38,9 milliards uniquement pour les salaires des fonctionnaires (près de 85%), et 4 milliards pour les investissements. Malgré tout, cela ne suffit pas, ce qui limite les recrutements de profs et ralentit l’effort de réhabilitation et d’équipement des écoles

L’école marocaine cristallise les frustrations. L’échec de ses réformes successives n’est pas seulement une question de manque de moyens ou de mauvaise gouvernance. L’école est aussi victime des guéguerres politiques et des surenchères populistes. Tout le monde scande des slogans appelant à sa mise à niveau, mais peu osent proposer des solutions. Les idées innovantes, elles, font souvent l’objet d’une virulente opposition. Ce fut le cas pour les charter schools (voir article ci-contre), comme ce fut le cas pour les propositions de contributions symboliques des parents au budget des écoles publiques. Pour certains, cela frôle même le sacrilège. Pourtant, l’expérience a déjà été menée à petite échelle et a donné des résultats probants. «Suite à la plainte de plusieurs parents en 2005, déçus par leur expérience dans des écoles privées, nous leur avons proposé d’inscrire leurs enfants dans une école primaire publique, moyennant une contribution de 100 DH par an. Nous leur avons aussi conseillé de se constituer en association et de participer à la vie de l’établissement. L’expérience a très bien fonctionné», témoigne l’ex-directeur d’une Académie régionale d’éducation et de formation (Aref). Ceci est actuellement d’usage pour le préscolaire. Afin d’ouvrir des classes pour les tout-petits dans des écoles primaires publiques à Casablanca, des parents versent 75 DH par an.
«L’Etat à lui seul ne pourra plus supporter le coût de l’Education. Il faudra trouver des solutions», estime Mohamed Ould Dada, ancien directeur central à l’Education nationale, directeur du réseau d’écoles Medersat.com. «Certains lycées de 1.000 élèves fonctionnent avec un budget de 8.000 à 10.000 DH par an. Si les parents concèdent 100 DH par an, cela multiplierait ce montant par 10. Avec cette enveloppe, il est possible de réaliser des exploits. Sachant qu’au lycée, les parents sont, généralement, issus de la classe moyenne, puisque les enfants des plus démunis quittent le système avant», développe-t-il. Une classe moyenne, qui peine à joindre les deux bouts en raison des frais de scolarité dans le privé et des cours de soutien, refuserait-elle de payer 100 DH par an, ou 10 DH par mois, en contrepartie d’un enseignement de qualité? Directeurs d’écoles et associations des parents d’élèves pourraient se mettre d’accord, à leur échelle, sur les modalités, concevoir un projet d’établissement et s’investir pour le réaliser, au lieu d’attendre une subvention de l’Etat qui ne viendrait finalement pas, et une réforme qui tarde à se concrétiser. Cela responsabiliserait également les parents, aujourd’hui démissionnaires.
Pour l’heure, les élèves du primaire paient un montant de 70 DH couvrant les 6 années du cycle. Ceux du collège s’acquittent d’un frais d’inscription de 10 DH l’an, auquel s’ajoutent le prix de l’assurance scolaire (12 DH) et diverses contributions (association sportive, association des parents d’élèves,…). Le total est de plus de 100 DH l’an. Au lycée, le montant dépasse 150 DH par an.
La position des syndicats est figée sur la question. «La gratuité et la qualité de l’éducation sont la responsabilité de l’Etat. Et jusqu’à présent, il n’y a pas de réelle volonté politique pour s’y atteler», pense Allal Bellarbi, SG du Syndicat national de l’enseignement affilié à la CDT, membre du Conseil supérieur de l’éducation. «Si nous acceptons de payer 100 DH par an aujourd’hui, nous serons obligés d’accepter de verser 2.000 DH après, et ainsi de suite. D’autres peuvent payer pour le système, comme le secteur bancaire, de la promotion immobilière, ou des phosphates. Les parents, il faut les laisser tranquilles», ajoute le syndicaliste.
Le projet de l’Education nationale, en partenariat avec le Millennium Challenge Corporation (MCC), dont la phase pilote démarre dès cette rentrée à Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, s’oriente vers une participation active des parents aux projets des établissements scolaires. Tout en travaillant sur le renforcement du leadership et du management des écoles, l’innovation pédagogique et la réhabilitation des infrastructures. Sauf que le financement est assuré par le MCC (plus de 112 millions de dollars). Cependant, l’organisme américain ne peut pas financer toutes les écoles marocaines…
Tenter d’exploiter des établissements fermés (faute d’effectifs) pour dégager un fonds au profit du système d’enseignement public, aussi, soulève un tollé. «Au début des années 2000, nous avions recensé une dizaine d’écoles fermées à Casablanca, dont certaines pendant 10 ans, et qui servaient de refuge à des SDF. Nous souhaitions les vendre afin de constituer un fonds destiné à financer la construction d’écoles dans des zones déficitaires. Un prix de 10.000 DH le m² avait été fixé. Cela devait nous rapporter 700 millions de DH. Mais l’idée a été combattue», se rappelle l’ancien directeur d’Aref. Actuellement, l’Académie de Casablanca tente de transformer les établissements fermés en centres culturels, écoles préscolaires, écoles de la deuxième chance (éducation non formelle) ou pour enfants à besoins spécifiques.  
Les académies régionales, même si elles ne sont pas encore totalement autonomes, tentent d’innover. Cependant, face à des réactions allergiques, elles finissent par jeter l’éponge.
Les parents, quant à eux, s’endettent pour inscrire leurs enfants dans des établissements privés, alors qu’ils pourraient aussi se mobiliser pour sauver l’école publique.

Les Aref en manque de leadership

Ces dernières années, les Académies régionales d’éducation et de formation (Aref) ont gagné en autonomie. «A Casablanca, par exemple, je suis libre de décider de l’ouverture de parcours de formation professionnelle, au collège comme au lycée. Les Aref disposent d’une marge de manœuvre encore sous-utilisée», estime Mohammadine Ismaïli, directeur de l’académie de Casablanca-Settat. Elles peuvent aussi nouer des partenariats avec le secteur privé et innover. Néanmoins, leurs directeurs ne possèdent pas encore suffisamment de leadership. C’est aussi le cas des directeurs des écoles. Par ailleurs, les Aref, même avec la régionalisation avancée, ne disposent pas d’un réel pouvoir de décision. Elles ne peuvent, par exemple, pas choisir leurs enseignants, puisque le recrutement s’opère au niveau central. Cela fait, d’ailleurs, partie des reproches souvent formulés par la Banque mondiale.

 

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