International

Riyad/Washington: L’épine yéménite

Par Reda BENOMAR | Edition N°:4873 Le 11/10/2016 | Partager
Tension entre l’Arabie saoudite et son allié historique
Les États-Unis réduisent leur soutien à la coalition arabe

Un raid aérien particulièrement meurtrier sur Sanaa au Yémen a fait 145 morts et 525 blessés parmi les rebelles houthis chiites, selon le coordinateur de l’ONU.  Ces bombardements ont ciblé une salle où se déroulait la cérémonie funéraire du père du ministre de l’Intérieur houthi, Jalal Al-Rouichène. L’émotion est telle que les condamnations ont afflué de partout dans le monde, à commencer par Washington. Ce nouvel épisode va ajouter de la tension dans les relations entre les deux pays qui ne sont déjà pas au beau fixe.
Les États-Unis ont décidé de réduire leur soutien à la campagne menée par l’Arabie saoudite au Yémen. «La coopération sécuritaire des États-Unis avec l’Arabie saoudite n’est pas un chèque en blanc», a prévenu Ned Price, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche après les attaques du 8 octobre. Depuis le début de l’engagement saoudien en soutien au gouvernement yéménite en exil à Riyad, en mars 2015, les États-Unis ont fourni une aide logistique et du renseignement qu’ils complètent également par d’importantes ventes d’armes.
L’Arabie saoudite craint que les relations avec les Américains soient en train de s’étioler, notamment du fait du rapprochement des États-Unis avec l’Iran après l’accord sur le programme nucléaire iranien conclu le 14 juillet dernier. Riyad  appréhende que Washington se trouve par là même un nouveau partenaire dans la région du golfe Persique. Or, si l'Arabie saoudite a su pour l’instant ralentir l'expansion de la filière pétrole de schiste américain, en faisant chuter les prix, car le pays peut exploiter du pétrole de manière rentable jusqu'à sans doute 5 ou 10 dollars le baril, ce n'est pas le cas des États-Unis qui ont besoin d'un prix supérieur à 50 dollars pour que le seuil de rentabilité soit atteint. Mais Riyad ne saura pas empêcher la croissance de l'industrie pétrolière iranienne qui a des coûts de production bien plus bas et l’adaptation des États-Unis au marché. L'Arabie saoudite veut en quelque sorte punir les États-Unis puisqu’il y a une crainte d’être abandonnée, au profit des Iraniens. Depuis que l’Iran a réintégré la communauté internationale, le pays va pouvoir exporter plus de pétrole.
La France, alliée de Riyad, a elle aussi dénoncé le raid sur Sanaa. «Ce massacre souligne une nouvelle fois l’urgence de trouver une solution politique afin de mettre un terme à la guerre au Yémen», a rappelé le ministère des Affaires étrangères.
Les rebelles ont répliqué lundi 10 octobre, en tirant deux missiles en l’espace d’une heure qui se sont écrasés non loin d’un navire américain, l’USS Mason.

La genèse du conflit

Depuis que les Houthis se sont emparés du palais présidentiel en janvier 2015, les attaques terroristes se sont succédé dans un pays où Al-Qaïda et Daech sont déjà implantés. En mars 2015, alors que les Houthis progressent et s'emparent peu à peu d'Aden, le président Hadi quitte le Yémen pour se réfugier en Arabie saoudite. Cet exil marque le début d'un conflit international entre, d'une part, les rebelles chiites soutenus par l'Iran, et d'autre part, une coalition de plusieurs pays arabes sunnites, dont le Maroc, dirigée par l'Arabie saoudite. Actuellement, le président Hadi et sa formation politique constituent le seul gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale sur l'ensemble du pays. Le conflit, qui déchire le Yémen depuis plus d'un an et demi et déstabilise la région, a fait plus de 6.700 morts et déplacé au moins trois millions de civils, selon l'ONU.

 

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