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Zidane contre Union européenne: Un à zéro!
Par Francis GHILES

Par L'Economiste | Edition N°:1796 Le 23/06/2004 | Partager

LE 13 juin dernier, lors des élections pour le renouvellement du Parlement européen, l’Union européenne subissait un échec démocratique grave. Cinq jours plus tard, aiguillonnés sans doute par le taux d’abstention record de 55% du dimanche précédent, les dirigeants des 25 pays membres de l’Union européenne sont parvenus à s’entendre sur le texte de la future Constitution du continent. La construction politique et économique de l’Europe poursuit ainsi son chemin -tortueux sans doute, sans gloire peut-être, mais bien réel. Le 1er mai dernier, cette même Union européenne fêtait son unification en accueillant dix nouveaux membres. Huit d’entre eux étaient, il y a quinze années à peine, de l’autre côté du rideau de fer. Les sommets de l’Union européenne relèvent plus de tractations dignes d’un souk que d’une négociation policée telle que pourraient l’imaginer ceux qui rêvent que l’Histoire s’écrit en des pages pleines de panache et de gloire. . La volonté des technocratesIl est vrai que le dernier sommet de Bruxelles ne risque guère d’enthousiasmer les foules: depuis la fondation de la Communauté economique européenne lors du Traité de Messine en 1957, la construction de l’Europe des Six, puis des Quinze, aujourd’hui des Vingt-Cinq, demain sans doute des Trente, a été menée essentiellement par des gouvernements et des technocrates. Aujourd’hui, les anciens membres du club craignent les conséquences des nouvelles adhésions, tout comme il y a deux décennies, ils craignaient les effets de l’entrée de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce. Les raisons en sont multiples, mais les hommes politiques portent une large part de responsabilité tant dans la morosité des électeurs que dans la montée de forces politiques qui se battent contre l’idée même d’une Europe aux frontières plus ouvertes et plus solidaire: le populisme fait de plus en plus recette en Europe et pas seulement sur les questions d’immigration. Au lieu d’éduquer les peuples qu’ils gouvernent, les dirigeants flattent trop souvent les peurs de leurs électeurs, leur inquiétude face à un monde où les grandes certitudes -notamment en ce qui concerne le plein emploi- d’antan ont bel et bien disparu. Le monde est aujourd’hui beaucoup plus compliqué qu’il y a un quart de siècle ou au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Cette complexité ira croissant, mais rares sont les hommes politiques qui prennent la peine d’expliquer la nécessité de mener telle ou telle réforme, de sacrifier un peu du bien-être actuel pour mieux assurer l’avenir du continent ou du pays qu’ils dirigent.. Les contraintes de l’audimatLes praticiens de l’audiovisuel ne sont pas en reste: ils flattent les bas instincts de leurs auditeurs. Le soir du 13 juin en apporta une preuve parfaite. Les présentateurs du journal de 20h tant sur TF1 que sur France 2 interrompent les bulletins d’information pour annoncer les buts marqués par Zinédine Zidane lors de la rencontre de football France-Angleterre à Lisbonne. Même une journaliste aussi sérieuse que Christine Okrent interrompt un débat sur les résultats des élections européennes pour annoncer les buts de Zidane: gageons qu’aucun journaliste français n’aurait pris la peine de le faire si l’équipe anglaise avait marqué deux buts. Si les contraintes d’un audimat font office de loi, pourquoi s’étonner que les électeurs choisissent de rester chez eux plutôt que d’aller remplir leur devoir électoral. Près de 70% des électeurs avaient voté lors des premières élections au Parlement européen en 1979, 55% se sont abstenus le 13 juin. Dans quel pays a-t-on parlé de l’Euro, de l’élargissement si récent, de la guerre en Irak, de la Constitution en discussion, de l’éventuelle ouverture des négociations avec la Turquie pendant la campagne électorale? Nulle part. En Angleterre, en France, en Allemagne et en Italie, les partis se sont insultés copieusement, certains reniant des positions qu’ils défendent depuis une génération. Le Parti socialiste et l’UMP en France ont ainsi estimé qu’il ne fallait pas que l’UE engage des négociations avec la Turquie. Pourquoi voter pour des partis qui renient un beau jour, au vu d’un sondage des positions sur une question aussi importante simplement parce qu’ils espèrent racoler quelques voix de plus? Tony Blair prétend vouloir mettre l’Angleterre au cœur de l’UE, mais n’arrête pas de tracer des «lignes rouges» sur des sujets où il ne souhaite pas que Bruxelles intervienne. En France, le Premier ministre est aux abonnés absents et les ténors du Parti socialiste arguaient en faveur d’une réforme du PACS -sujet qui n’a strictement rien à voir avec le Parlement européen. . Diriger ou flatter les peuplesEn Italie, on assiste à une pantalonnade de plus. Le contraste est saisissant entre la stature des dirigeants comme les Conrad Adenauer, le chancelier allemand, Alcide de Gasperi, le Premier ministre italien et Robert Schuman, le ministre des Affaires étrangères français et les dirigeants politiques allemands, français et italiens d’aujourd’hui. Autrefois, ces dirigeants qui ont lancé la construction de la Communauté du charbon et de l’acier -qui a donné naissance à la communauté économique européenne- menaient leurs peuples, aujourd’hui, pour l’essentiel, ils les suivent, les flattent. Malgré l’absence de nombreux électeurs aux urnes et le divorce de plus en plus visible entre «nous» les «électeurs», et «eux» «les dirigeants». Depuis la signature du Traité de Maastricht en 1992, le rôle du Parlement est appelé à s’accroître. Qu’il y ait des partis sceptiques sur l’Europe au Parlement européen est normal: nous sommes en démocratie. Les grands partis ne mobiliseront leurs électeurs que le jour où ils se décideront à jouer le jeu de la démocratie -à savoir débattre des vrais enjeux, plutôt que de mettre tout ce qui va mal sur le dos de l’UE, comme ils ont acquis la fâcheuse habitude de le faire ces dernières années. Bien que les Anglais soient toujours cités comme les mauvais élèves de la classe a ce propos, l’arrogance dont fait souvent montre le couple franco-allemand ne vaut guère mieux. On déchire le pacte de stabilité à Paris et à Berlin sans même s’excuser auprès de pays moins puissants comme l’Espagne ou l’Autriche, qui ont fait de gros efforts pour réduire leur déficit budgétaire.. Le président manque de statureQuoi qu’il en soit, cette constitution (qui doit être ratifiée, ne l’oublions pas, par les Parlements ou les électorats des 25 membres) est un succès notable. Cinquante années après le débarquement sur les plages de Normandie, l’Europe est en paix et ses frontières intérieures sont ouvertes. La croissance n’est sans doute guère remarquable, mais enfin, les bons élèves de la classe économique comme le Royaume Uni, l’Irlande, les Pays-Bas et l’Espagne prouvent que là où les dirigeants politiques ont eu le courage de mener des réformes structurelles, le chômage des jeunes a régressé et le taux d’activité croît. Il n’y a guère de miracle: ces pays ont suivi le diagnostic et appliqué le programme de réformes adopté par le Conseil européen de Lisbonne en 2000. Là où l’on traîne les pieds, par manque de courage politique comme en Italie, en France et en Allemagne, le chômage reste élevé et la croissance anémique.Le sommet de chefs de gouvernement et d’état qui a réussi à s’entendre sur le texte de la future constitution européenne n’est guère parvenu à s’accorder sur le nom du futur président de la Commission européenne, qui doit être soumis au Parlement européen avant les vacances d’été. Au-delà des affrontements entre le tandem France/Allemagne et le duo Royaume-Uni/Italie, il faut simplement espérer que le futur président ne soit pas un pis-aller, le choix se portant sur la personnalité la moins encombrante. L’Europe a besoin d’un pédagogue, d’un homme qui sache s’imposer à la machine bruxelloise et qui n’hésite pas à prendre son bâton de pèlerin pour aller rendre compte devant les Parlements nationaux et non pas seulement devant celui de Strasbourg-Bruxelles. Il lui faudra faire des efforts plus grands pour éliminer les fraudes nombreuses qui caractérisent un certain nombre de programmes européens. Enfin, il lui faudra savoir communiquer avec un public européen plus large que le cercle étroit des technocrates et des hommes de gouvernement. Les deux derniers présidents de la Commission, Romano Prodi et Jacques Santer, n’avaient pas la stature que mérite l’Europe. Les dirigeants s’honoreraient en choisissant une personnalité forte, un homme qui comme le fut en son temps Jacques Delors, puisse imposer son autorité. Sinon, avec 25 membres, ce club original risque de connaître un avenir incertain!-Francis Ghilès est Senior Fellow à la Euro Arab Management School de Grenade et membre du Conseil scientifique de l’Institut de la Méditerranée à Marseille. Il a été durant de longues années le spécialiste du Maghreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la Méditerranée-

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