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Culture

Youssou N’dour, la force tranquille

Par L'Economiste | Edition N°:2283 Le 25/05/2006 | Partager

Youssou N’dour a été l’une des têtes d’affiche les plus attendues durant cette 10e édition du festival Mawazine. Avec son groupe «Super Etoile», l’artiste sénégalais a fait vibrer la capitale vendredi dernier. La soirée a été un hymne à la fraternité africaine. L’Economiste a saisi l’occasion pour s’entretenir avec le prince du mbalax (une danse sénégalaise). Youssou N’dour évoque ainsi sa musique, ses sentiments envers le Maroc, ses opinions politiques… Sa personnalité dégage une sérénité. Cette quiétude anime une force tranquille. . L’Economiste: Vous êtes un habitué des festivals marocains notamment celui de Mawazine. Pourquoi? - J’ai une admiration pour ce pays. Il y a une certaine affinité culturelle qui me lie à lui. Elle dépasse le côté religieux. Culturellement, le Maroc est une exception par rapport aux autres pays africains. Je fais allusion à cette pluralité de festivals qui sont organisés chaque année. C’est devenu réellement un espace de rencontre entre artistes africains notamment. En me produisant au Maroc, j’ai l’impression de chanter dans mon pays. Il faut mentionner aussi la chaleur de l’accueil et le professionnalisme de l’organisation. Musicalement, votre pays est d’une richesse impressionnante. D’une région à l’autre, les sonorités changent de couleur. Quelle soit africaine, arabe, berbère ou andalouse, la musique marocaine reflète un brassage culturel. Elle ouvre ainsi des voies d’inspiration et d’expérimentation intéressantes pour le musicien que je suis. . Votre langue maternelle est le wolof. Pensez-vous que c’est facile pour un artiste de s’imposer sur la scène internationale sans chanter en anglais?- J’en suis convaincu. Le public peut ne pas comprendre les paroles mais sera séduit par la mélodie. C’est la magie de la musique. Les frontières linguistiques disparaissent lorsqu’une chanson vous fait vibrer. Des artistes comme Julio Iglesias se sont imposés sans chanter en anglais. L’une des spécificités de la world music réside dans ses rythmes et ses harmonies. Le brassage des sonorités n’est pas une chose aisée. L’alchimie musicale est le maître mot. Sinon, on vire vers des compositions sans âme. Les clips permettent aussi de toucher le public. Le succès est presque assuré si la pertinence du sujet est relayée par des images évocatrices.. L’album Egypte sorti en 2004 rend hommage à l’Islam soufi. Pourquoi une telle démarche?- J’ai envie d’affirmer mon côté religieux. L’Islam fait partie intégrante de ma vie. C’est une question d’identité. L’album rend hommage à l’héritage islamique. Il met en même temps les pendules à l’heure. C’est caricatural de cantonner notre religion dans la violence. Le mot Islam est synonyme de tolérance et de paix. En tant que musulman, il me paraît nécessaire d’utiliser des créneaux comme la musique ou le cinéma pour présenter notre religion. D’un point de vue musical, j’avais envie de renouer les liens avec la culture arabo-orientale. Durant mon enfance, mon père m’a fait écouter la diva Oum Kaltoum. Un véritable enchantement. J’ai donc collaboré avec l’orchestre du Caire sous la direction de Fathy Salama. J’ai tenté de rétablir de nouvelles connexions entre l’Afrique et le monde arabe. Je refuse de me cantonner à un style. La musique m’a appris la liberté. Actuellement, je prépare un nouvel album. Il sera très proche du Youssou N’Dour classique. C’est-à-dire de la musique africaine traditionnelle. . Artiste et homme d’affaires à la fois, est-ce facile d’assumer les deux rôles?- Oui. Je touche du bois. Ma chance c’est d’avoir un destin particulier. J’ai réussi à réaliser mes rêves grâce à beaucoup de gens. Savoir renvoyer la balle, tout le secret est là. Autrement dit, il faut qu’il y ait un retour. Mais les affaires sont les affaires. Je suis patron d’un groupe de presse qui est numéro un au Sénégal et qui emploi 150 personnes. Je ne m’en occupe pas personnellement. Il y a des professionnels qui le font à ma place. Mais, je ne me limite pas seulement à cet aspect. Pourquoi? Parce que je souhaite que l’information soit répartie en toute égalité. Les Africains devraient avoir le droit de s’exprimer. Sans faire de politique, j’arrive à apporter une pierre à l’édifice. . Depuis le début de votre carrière, vous vous êtes investi pour les causes humanitaires. Est-ce que vous vous définissez comme un artiste engagé?- Je vis à Dakar. Je côtoie les gens qui m’ont vu naître et grandir. La famille, le groupe, la tribu sont des éléments fondateurs de la société africaine. A travers la fondation Youssou N’dour, nous essayons de faire évoluer les choses. On peut qualifier ça comme un engagement. Mais pour moi, c’est presque une sorte d’élan naturel. . Immigré, c’est le nom de vôtre premier album. Que pensez-vous du projet de loi «immigration choisie» soutenu par Sarkozy?Pourquoi n’aurions-nous pas le droit d’aller là-bas? Je pense que l’immigration témoigne de l’échec des politiques africaines et européennes. Il y a des foyers africains de 25 personnes qui vivent grâce à un émigré qui galère quelque part. Il y a aussi les élections présidentielles qui approchent en France. Les politiciens cherchent à reconquérir l’électorat. Certains sujets comme l’immigration sont devenus des fonds électoraux. Par contre, c’est désolant de voir des personnes prendre des risques pour fuir leurs pays. Il y a un déficit de communication entre les gouvernants et la population. A travers la musique, j’essaye d’éveiller les consciences. Notre destin est entre nos mains. . En mars 2002, vous avez annulé la tournée nord-américaine à cause de votre désaccord sur la question irakienne. Pouvez-vous nous en dire plus?- Les Etats-Unis ont pris une décision à l’insu du Conseil de sécurité. C’est de l’arrogance. Au sein des Nations unies, chaque pays devrait avoir son mot à dire. Quelle que soit sa richesse, un pays reste un pays. Sinon, le Conseil de sécurité devient une coquille vide. L’insécurité règne actuellement en Irak. C’est une preuve de l’échec de la politique américaine.


Ambiance

Presque la cinquantaine, avec son corps athlétique, Youssou N’dour bouge sur scène avec aisance. Les percussionnistes de son groupe «Super Etoile» se déchaînent sur leurs instruments. Une créature, vêtue de satin bleu, se déhanche sur les rythmes entraînants des percussions. Le public est envoûté. La communauté sénégalaise, constituée surtout d’étudiants, est en transe. Parmi les spectateurs, il y avait même quelques Asiatiques, des Anglo-Saxons… Après la fin du concert, le public n’en démordait pas. Les festivaliers crient, sifflent et applaudissent. Ils en redemandent. Youssou N’dour répond à l’appel de son public. Une soirée monumentale.Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI

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