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Une guerre à deux fois trois mille milliards de dollars
Par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie

Par L'Economiste | Edition N°:2745 Le 31/03/2008 | Partager

Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’conomie en 2001, enseigne cette discipline à l’université de Columbia après avoir dirigé le board des conseillers économiques du président Clinton et servi en qualité de directeur économique et de vice-président de la Banque mondiale. Il en a démissionné en 2000 et depuis il se montre très critique à l’endroit de l’institution Son ouvrage le plus vendu, Globalization and its Discontents [La grande désillusion] a été traduit dans plus de 30 langues.. Il a publié il y a un an «The Roaring Nineties: A New History of the World’s Most Prosperous Decade», que l’on pourrait traduire par «les rugissantes années 90: une nouvelle histoire de la décennie la plus prospère du monde». Il a publié l’année dernière « Making Globalization Work  (Comment faire fonctionner la globalisation). «Un autre monde : contre le fanatisme du marché». Son dernier livre, non encore traduit en français, est «The Three Trillion Dollar War: The True Costs of the Iraq Conflict». (Ph Project syndicate)Avec le cinquième anniversaire, le 20 mars, de l’invasion de l’Irak menée par les États-Unis, il est temps de faire le point sur ce qui s’est passé. Dans notre dernier livre The Three Trillion Dollar War, Linda Bilmes, de Harvard, et moi-même estimons à 3 billions de dollars, au bas mot, le coût économique de la guerre pour les États-Unis et à 3 billions supplémentaires le coût pour le reste du monde – soit beaucoup plus que les coûts estimés par l’administration Bush avant la guerre. L’équipe Bush n’a pas seulement trompé le monde sur le coût possible de la guerre, elle a aussi cherché à cacher ce coût une fois les opérations lancées.. Comptabilité de caisseIncompétence ou malhonnêteté? Sans doute un peu des deux. En raison du système de comptabilité de caisse en vigueur aux États-Unis, l’administration Bush s’est polarisée sur les dépenses actuelles sans penser aux dépenses futures, notamment aux pensions d’invalidité et aux soins médicaux pour les futurs vétérans. L’idéologie et la soif de profits ont également joué un rôle certain dans l’augmentation du coût de la guerre. Les États-Unis ont fait appel à des opérateurs privés, qui n’ont pas été bon marché. Un “garde” de la société militaire privée Blackwater Security coûte plus de 1.000 dollars par jour, sans compter les pensions d’invalidité et l’assurance vie, qui sont payées par le gouvernement. Lorsque le taux de chômage en Irak a augmenté de 60%, il aurait été sensé d’embaucher des Irakiens, mais les entrepreneurs ont préféré importer une force de travail bon marché en provenance du Népal, des Philippines et d’autres pays.. L’Irak détruitCette guerre n’a profité qu’aux compagnies pétrolières et aux sociétés de défense. Le prix de l’action Halliburton, ancienne société du vice-président américain Dick Cheney, est monté en flèche. Pourtant, même en se tournant de plus en plus vers des entreprises privées, le gouvernement a réduit sa surveillance.C’est l’Irak qui a le plus souffert de cette guerre mal gérée. La moitié des médecins du pays ont été tués ou ont fuit l’Irak, le chômage s’élève à 25% et, cinq ans après le début de la guerre, Bagdad n’a toujours pas plus de huit heures d’électricité par jour. Sur une population irakienne totale de 28 millions de personnes environ, 4 millions ont été déplacés et 2 millions ont fuit le pays. Les milliers de morts violentes ont insensibilisé la plupart des Occidentaux à ce qui se passe sur place : un attentat faisant 25 morts ne semble plus digne de passer aux informations. Les études statistiques des taux de mortalité avant et après l’invasion en disent long sur la triste réalité. Elles suggèrent, en effet, des morts additionnelles passant d’environ 450.000 durant les 40 premiers mois de la guerre (dont 150.000 morts violentes) à 600.000. Considérant la manière dont tant de personnes souffrent en Irak, il peut sembler déplacé de parler de coûts financiers. Et il peut sembler particulièrement nombriliste de se concentrer sur les coûts financiers pour les États-Unis, qui se sont lancés dans cette guerre en violation des lois internationales. Mais les coûts financiers sont énormes et ont des répercussions qui vont bien au-delà des prévisions budgétaires. La guerre a contribué aux malheurs économiques actuels des États-Unis.“Il n’existe pas de repas gratuit” dit l’expression américaine. Il n’existe pas non plus de guerre gratuite. Les États-Unis –et le reste du monde– paieront le prix de celle-ci durant des décennies encore.


Bush a menti sur tout

IL n’y a rien de surprenant. Après tout, l’administration Bush a menti sur à peu près tout le reste, des armes de destruction massive de Saddam Hussein à ses liens supposés avec Al-Qaida. Ce n’est, en fait, qu’après l’invasion américaine que l’Irak est devenu un repaire de terroristes.L’administration Bush avait dit que la guerre coûterait 50 milliards de dollars. C’est désormais le montant que les États-Unis dépensent en Irak tous les trois mois. Histoire de remettre les chiffres dans leur contexte : pour un sixième du coût de la guerre, les États-Unis pourraient remettre leur système de sécurité sociale confortablement sur pied pour plus d’un demi-siècle, sans réduire les allocations ou augmenter les cotisations.En outre, en même temps qu’il partait en guerre, le gouvernement Bush a réduit les impôts pour les plus riches, et ce en dépit d’un budget déficitaire. En conséquence, il doit recourir à un financement par le déficit – constitué en grande partie d’emprunts à l’étranger – pour payer son intervention en Irak. C’est la première guerre de l’histoire des États-Unis dont les frais n’ont pas été reportés sur les impôts des citoyens, mais intégralement transmis aux générations futures. À moins que les choses ne changent, la dette publique américaine – qui était de 5,7 billions de dollars lors de l’investiture de Bush – sera plus élevée de 2 billions à cause de la guerre (sans compter l’augmentation de 800 milliards réalisée sous Bush avant la guerre).


Le droit d’être informé

Ce n’est que des années après le début de la guerre que le gouvernement a commandé des véhicules spécialement blindés qui auraient sauvé les vies des nombreux soldats tués par les bombes disposées au bord des routes. Le refus d’introduire un nouveau contingent et les difficultés de recrutement pour cette guerre impopulaire ont forcé les troupes à deux, trois ou quatre déploiements particulièrement éprouvants.Le gouvernement a tenté de cacher le prix de la guerre au public américain. Des groupes de vétérans ont dû faire appel au Freedom of Information Act (loi sur la liberté d’information) pour découvrir le nombre total de blessés – 15 fois celui des morts. Quelque 52.000 vétérans de la guerre d’Irak souffrent déjà de syndromes de stress post-traumatique. On estime que les États-Unis devront fournir des pensions d’invalidité à 40% des 1,65 million de soldats déjà déployés. Et, bien entendu, cette hémorragie continuera aussi longtemps que la guerre durera, avec au final une facture de plus de 600 milliards de dollars (à son cours actuel) en soins médicaux et pensions d’invalidité.Copyright: Project Syndicate, 2008 Traduit de l’anglais par Yann Champion

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