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International

Sanctions contre l’Iran: le grand marchandage!
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3299 Le 16/06/2010 | Partager

Le 17 mai dernier, un accord était signé à Téhéran entre l’Iran, d’un côté, la Turquie et le Brésil, de l’autre. L’Iran acceptait d’échanger en Turquie 1.200 kg d’uranium faiblement enrichi à 3,5% contre 120 kg d’uranium enrichi à 20%, fournis par les grandes puissances. Cet accord a été jugé irréalisable et n’offrait pas de garantie. Le 9 juin suivant, la résolution 1929 du Conseil de sécurité portant sur les sanctions contre l’Iran était votée par 12 voix contre 3. Logiques avec eux-mêmes, la Turquie et le Brésil ont dit «non», le Liban s’est abstenu. Cette arithmétique simplissime contraste avec la complexité de l’opération diplomatique correspondante. La Chine et la Russie ont approuvé ce qu’elles étaient pourtant peu désireuses de voir adopté, un train de sanctions singulières, à la fois concrètes, spectaculaires et probablement inefficaces. Ces sanctions interdisent aux Etats de livrer à l’Iran des armements lourds, canons, chars, missiles, bâtiments de guerre,… restreignent les transactions éventuellement liées à ses activités nucléaires, inscrivent sur la liste noire de l’ONU une poignée d’entreprises iraniennes supplémentaires. Après des années de marchandages et de manœuvres, Washington est venu à bout de son pari. En termes de développements internationaux, la «1929» est à peu près aussi vide que l’accord du 17 mai. Pourtant ces deux documents ne sont pas sans conséquences. L’accord du 17 mai a permis à nombre d’Etats, opposés aux sanctions, d’affirmer que l’Iran était vraiment disposé à négocier. La résolution du 9 juin ôte aux Etats-Unis toute envie de bombarder les installations nucléaires iraniennes, une opération aux résultats nullement garantis, excepté celui de provoquer une riposte de l’Iran. Des attentats multipliés, la fermeture du détroit d’Ormuz, l’entrée en action du Hezbollah et du Hamas… pourraient déstabiliser le Moyen-Orient et, accessoirement, compromettre la reprise économique mondiale.L’accord du 17 mai renforçait aussi la position politique de l’Iran, un accord que la Chine et la Russie, pourtant réfractaires à l’idée de lui infliger des sanctions, n’ont pas apprécié. On en veut pour preuve les propos tenus dès le lendemain 18 mai à Washington par Hillary Clinton devant la Commission des affaires étrangères du Sénat garantissant l’aval de Moscou et de Pékin à de nouvelles sanctions contre l’Iran. Qu’y avait-il de changé? A l’origine, l’opposition de la Chine aux sanctions ne surprend pas en raison de son refus habituel de s’ingérer dans les affaires intérieures des autres Etats. Cette attitude chinoise était facile à assumer tant que la Russie demeurait elle-même opposée aux sanctions. Mais que Moscou change d’avis et Pékin, soucieux d’apparaître comme une puissance responsable, n’a plus rien à gagner en persévérant dans son opposition; il suffit aux Chinois, pour dire oui, de veiller à la sauvegarde de leurs intérêts, en particulier qu’ils pourront toujours importer du pétrole iranien. A Moscou, en revanche, le vote des sanctions se situe dans un cadre plus complexe. La Russie entend reconstituer son empire mais elle a choisi de le faire de façon pragmatique, sans les contraintes de l’idéologie d’autrefois. Moscou ne devient nullement favorable à l’Occident, il veut seulement obtenir son aide pour moderniser le pays et dans bien des domaines, économie, commerce, industrie, défense même… Moscou a donc décidé d’accepter de voter les sanctions en échange d’une coopération active avec les puissances occidentales, Etats-Unis en tête. Il suffisait dès lors de choisir avec soin les mesures à inclure dans la liste des sanctions de manière à ce qu’elles ne gênent pas les intérêts des Russes! Ceux-ci ont fait montre de leur habileté coutumière. Ils conservent en effet leurs moyens de pression sur l’Iran, tout en votant des sanctions sans grande portée. Du coup, le président Ahmadinejad, mécontent de Pékin et de Moscou, a refusé d’assister au sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), qui s’est tenu le week-end dernier à Tachkent. Cependant, l’Iran garde intactes ses cartes proche-orientales, Hamas et Hezbollah, et toute sa capacité de nuisance, y compris en Irak.

Des sanctions pas complètement anodines
Le 10 juin, lendemain du jour où la résolution 1929 était votée, Ali Akbar Salehi, président de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, a déclaré à la télévision d’Etat Al Alam: «L’Iran, soumis depuis trente ans à des sanctions économiques, financières, politiques, en a pris l’habitude». Bien sûr, le vote de la Russie a mécontenté Téhéran. L’Iran, là aussi, y est accoutumé. Six fois déjà, Moscou a voté des résolutions contre l’Iran mais qui n’étaient pas insupportables. Les dernières ne touchent pas non plus à l’essentiel, c’est-à-dire aux exportations iraniennes de pétrole. Cependant la résolution n’est pas aussi anodine qu’on serait tenté de le croire. Si les sanctions en cause irritent les ayatollahs, c’est qu’elles les gênent!De fait, la résolution 1929 étend et aggrave les interdictions de voyager et les contraintes financières à l’encontre des Gardiens de la Révolution. Les sanctions vont au-delà de la simple inspection des avions cargo iraniens. Le fret aussi bien aérien que maritime pourra être saisi dès lors qu’il peut être utilisé à des fins militaires. Au lieu d’inciter les Etats à se montrer vigilants et à suspendre toute vente ou transfert à l’Iran d’armes offensives, la résolution les proscrit purement et simplement. L’Iran doit non seulement cesser toute activité d’enrichissement de son uranium, mais se voit refuser aussi, et la chose est inédite, le droit de construire des installations nucléaires nouvelles. La liste des interdictions s’allonge et les Etats sont formellement invités à contrôler ou à gêner les activités de l’Iran dans nombre de domaines.Bien entendu, il n’est pas de vraies sanctions si leur application n’est pas effective et rendue obligatoire. Or les Etats restent libres d’adhérer ou non au système, ce qui compromet évidemment son efficacité. De plus, la Russie a manœuvré pour que lui soient ménagés divers échappatoires. C’est le cas de la centrale de Bousheer, commencée il y a vingt cinq ans, au temps de l’URSS, et où des travaux restent encore à exécuter. La mise en route de cette installation n’ira pas encore sans de multiples mises au point, sans la formation sur place de nombreux techniciens, sans une coopération intense dans le domaine nucléaire, fut-il civil, entre Moscou et Téhéran. Il en va de même pour les missiles anti-aériens S 300 russes dont l’Iran souhaite depuis longtemps se doter. Pour l’heure, les Russes disent avoir gelé la livraison mais affirment en même temps que la «1929» autorise la vente de ce type d’armes à l’Iran. Comme l’écrit le poète, «comprenne qui voudra!»(1)...Plus troué qu’un fromage de gruyère, ce régime de sanctions ne constitue nullement un appel à la guerre. Cela n’empêche pas l’Iran de suivre probablement avec inquiétude l’évolution des rapports entre la Russie et les Etats-Unis. Le vote de Moscou en faveur de la résolution semble indiquer que les négociations globales entre les deux Grands de la guerre froide sont plus avancées qu’on ne le croyait. L’appui de Washington à la Géorgie, les manœuvres militaires américaines dans les Etats baltes, le nouveau dispositif anti-missile en Europe, la présence en Pologne d’une batterie de Patriot, tout cela serait-il admis et intégré dans un grand marchandage? Dans l’affirmative, l’Iran aurait quelque raison de s’inquiéter.

L’accord du 17 mai 2010

L’accord signé à Téhéran le 17 mai prévoyait l’échange en Turquie de 1.200 kg d’uranium iranien faiblement enrichi (3,5%) contre 120 kg de combustible enrichi à 20% qui aurait été fourni par les grandes puissances et destiné au réacteur de recherche nucléaire à des fins médicales de Téhéran. Cet accord a été jugé par les experts «techniquement irréalisable». Les Iraniens veulent en effet que le combustible soit produit d’ici un an, alors qu’un délai de 18 mois est considéré comme incompressible. L’accord ne comportait de plus aucun engagement de l’Iran concernant le non-enrichissement de son uranium déjà enrichi à 3,5% et demeuré sur place.


L’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS)
Cette organisation a succédé au «groupe» dit «de Shanghai», créé en 1996 lors de la signature d’un traité à Shanghai. Il comprend aujourd’hui six pays, Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan. L’OCS a été créée le 15 juin 2001 par les présidents de ces 6 pays euro-asiatiques.Ses buts affichés sont de:. Renforcer la confiance mutuelle et les relations de bon voisinage entre les Etats membres;. Faciliter la coopération entre ces Etats dans les domaines politiques, économiques et commerciaux, scientifiques et techniques, culturels et éducatifs, ainsi que dans les domaines de l’énergie, des transports, du tourisme et de l’environnement;. Sauvegarder la paix, la sécurité et la stabilité;. Œuvrer à la création d’un nouvel ordre politique et économique international, plus juste et démocratique.L’OCS a permis la signature d’accords sur l’intangibilité des frontières, la réduction des forces armées aux frontières, les mesures de confiance entre armées des Etats membres. Le secrétariat de l’OCS est situé à Pékin, une autre structure permanente de l’OCS, le RATS (Structure anti-terroriste régionale) est installé à Tachkent.Par le colonel Jean-Louis Dufour
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