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Culture

Pourquoi il faut enseigner le civisme
par Hassania Cherkaoui

Par L'Economiste | Edition N°:1884 Le 27/10/2004 | Partager

Professeur à la Faculté de droit de Casablanca, Hassania Cherkaoui est également auteur de plusieurs ouvrages portant sur la société anonyme, droit commercial et le droit des affairesLe civisme est un comportement qui commence à se former dès le plus jeune âge au sein même de la famille pour se développer par étapes au fur et à mesure de l’extension des relations sociales. Si l’on ne peut nier l’importance de la première enfance dans l’acquisition de certains comportements comme dans la formation de la sensibilité, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui le civisme est devenu une science; une science de l’insertion sociale.En effet, le monde dans lequel nous vivons est un “nouveau monde” et l’individu du XXIe siècle est aussi une “nouvelle personne”. Les structures sociales et politiques expriment un certain état de développement et de l’organisation des sociétés. Quant à l’individu, il est pour une grande part façonné par la société à laquelle il appartient. Mais ce citoyen, comme la société, sont des réalités vivantes qui évoluent et se transforment. Deux faits illustrent particulièrement ce phénomène. Le premier résulte du développement de l’information grâce aux moyens qui se multiplient sans cesse et de la réaction différente face à cette information de la part des adultes et des jeunes. L’adulte cesse de saisir l’événement, de s’adapter. Il vit dans son passé, et par là même il ne peut jouer auprès des jeunes le rôle normal, ou du moins le rôle qui fut le sien jusqu’à ce jour : il ne transmet plus une connaissance actuelle correspondant réellement à la situation présente. Au contraire, l’information apparaît comme agissant en sens contraire chez le jeune. Il est sensible à l’événement et à l’actualité. Sa possibilité d’adaptation et donc sa mobilité est considérable. Il est tourné vers l’avenir. La différence de réaction entre l’adulte et le jeune apparaît dans l’interprétation que chacun donne au terme “expérience”. Pour l’adulte, elle est le passé. Elle est constituée par les réussites et les échecs qu’il a accumulés et desquels il détermine sa conduite. Pour le jeune, le mot expérience signifie l’expérimentation, c’est-à-dire l’essai ou la recherche de quelque chose de nouveau. Cette recherche l’amène à faire fi du passé. Ainsi l’autorité des adultes est dès lors mise en cause.Le second fait est la conséquence du premier. Le fondement de l’éducation découlait de la notion d’héritage. Les aînés transmettaient à leurs cadets le bagage de connaissances, d’expériences, de conduites qu’ils avaient eux-mêmes reçus de leurs prédécesseurs. Ce processus apparaît aujourd’hui moins positif. En effet, le développement de la science et la complexité croissante de la société firent de l’éducation une science ayant ses propres méthodes et ses techniques spécialisées. Il en a résulté une multiplication des personnes ou organismes responsables de l’éducation. A côté des parents qui assurent le maintien des principes élémentaires de la morale par l’entraînement des jeunes à divers comportements et habitudes, l’enseignement fournit les bagages intellectuels nécessaires à une insertion sociale. Par ailleurs, l’éducation devient toujours plus une science. Elle est même devenue une technique plus compliquée, ce qui a provoqué une division des responsabilités par la spécificité des fonctions: le professeur de mathématiques, par exemple, ne connaît l’enfant qu’autant qu’il apprend les mathématiques. Ainsi personne n’est par fonction appelée à développer son sens civique. Cette situation explique probablement l’absence de cette éducation dans notre enseignement moderne. Or, aujourd’hui, le discrédit qui atteint l’enseignement et l’ensemble du corps enseignant résulte pour une large part de l’absence de l’éducation civique dans nos écoles et universités. Toute réforme de l’enseignement devrait être préoccupée non seulement de la matière des programmes, mais aussi de la fonction civique.. Fonction civique de l’enseignement L’enseignement tel qu’il est dispensé aujourd’hui se contente d’enseigner à apprendre. La priorité est trop souvent accordée à l’accumulation de connaissances. Certes, on ne peut minimiser l’importance des connaissances à acquérir, mais l’on ne peut non plus continuer à fournir un bagage de connaissances en demeurant indifférent à l’usage qui en sera fait et à l’influence qu’il peut avoir sur ceux qui le reçoivent. L’enseignement devrait s’attacher aussi à former l’esprit, c’est-à-dire l’aptitude à comprendre et à réfléchir. C’est de là que découlerait sa fonction civique. Ainsi le problème dépasse, et de beaucoup, une simple éducation dans son sens commun de distribution ou de communication de connaissances. Ici, il s’agit de bien plus que cela. La fin d’une telle entreprise est une initiation, dans le sens large, c’est-à-dire un processus assurant l’autonomie, l’initiative et la responsabilité.En ce cas, les programmes qui constituent le contenu d’une éducation doivent nécessairement être complétés par des mesures qui assureront leur orientation. Ces mesures consisteraient à faire pénétrer le monde extérieur dans l’enseignement. Ainsi des échanges plus fréquents avec l’industrie, l’agriculture, l’administration, le journalisme, etc. donneraient une vie et une réalité dont l’enseignement et la formation humaine des élèves et des étudiants bénéficieraient grandement. Cet échange résulterait, par exemple, des expériences de classes de chimie et de physique qui pourraient se faire dans le laboratoire d’une usine avec l’aide de certains de ses ingénieurs.L’enseignement civique est une science qui consiste en effet dans l’acquisition de connaissances, mais celles-ci ne peuvent être seulement emmagasinées. Elles doivent être exploitées et vécues. La leçon ne peut suffire car cette science exige l’interprétation des faits et des événements qui aujourd’hui conditionnent les relations économique, sociale, historique et culturelle.Cet enseignement se distingue de l’instruction civique qui fut conçue en France comme relevant strictement du domaine des leçons, c’est-à-dire de ce qui est enseigné par le maître. Cette instruction était associée à la morale, mais cette morale n’était pas vécue par la classe car son application dépendait uniquement de l’initiative de l’enfant hors de la classe. Contrairement à l’instruction civique, l’enseignement civique ne commence pas dans la classe, face à un livre ou en récitant une leçon, mais s’élabore en partant des circonstances et de l’événement. Il ne présuppose pas une morale, laquelle n’est pas plus liée à l’enseignement civique qu’à celui des autres disciplines. Cet enseignement consiste dans l’usage du réel qui a pour effet de modifier le jugement et le comportement. Ce jugement et, finalement, la décision se forment au moyen des éléments de comparaison que l’éducateur ajoute aux observations directes. La part de l’enseignement n’est pas minime; toutefois, elle est seconde par rapport à la rencontre du réel qu’est le vis-à-vis et le dialogue. Des enquêtes, des visites, des interviews de responsables d’institutions et d’organismes divers, des groupes de discussion constituent les éléments primordiaux de cette pédagogie active qui peut s’appliquer dans tous les secteurs de l’activité économique.. Quelle utilité?Ces méthodes ont cependant un caractère progressif. Les enquêtes proposées à des enfants ne doivent pas être celles proposées à des adolescents et les documents et matériaux d’information offerts à ces derniers ne suffiraient pas à de jeunes adultes. Cette progressivité est exigée non seulement par la maturité de ceux qui bénéficient de cette pédagogie, mais aussi par rapport à la situation des collectivités dans lesquelles les jeunes doivent vivre. L’enseignement civique, en tant que pédagogie active, contribue à faire de l’enfant ou du jeune un être responsable, décidé, participant à sa propre formation. En imposant un certain réalisme par le contact avec le monde extérieur, l’enseignement civique permet de former l’esprit d’analyse et la personnalité. Il crée ainsi chez le jeune non pas des habitudes et des automatismes sociaux, mais une disponibilité et une sensibilité qui se manifestent, entre autres, par la curiosité et l’intérêt pour tout ce qui est humain. L’utilité de cet enseignement est donc de réaliser une “insertion sociale” du citoyen. Cette insertion ne peut s’accomplir qu’en créant en lui des attitudes et des comportements qui puissent enrichir son aptitude à penser et à exploiter ses connaissances et ses expériences.Le bagage intellectuel, complété par l’ouverture sur l’actualité, sont nécessaires pour permettre à l’individu de se situer dans la société moderne. Une telle prolongation de la scolarité s’impose dans notre société dont l’économie exige une constante augmentation en nombre de personnel qualifié. Certes, on peut craindre qu’une telle pénétration du monde extérieur au sein de l’enseignement aboutisse à l’assujettissement de ce dernier. Ce risque est indéniable. Mais le législateur peut éviter ce danger par une orientation de l’éducation civique en relation avec les programmes de l’enseignement. Déjà le monde des affaires a su imposer des moyens pour faciliter l’accès à la vie active des jeunes qui sortent du système scolaire ou universitaire. C’est dans la ligne d’une telle actualisation que l’on doit reconnaître l’importance et l’urgence d’une réforme de l’enseignement qui doit s’ouvrir sur l’actualité et la réalité. Les mesures permettant cette ouverture ne doivent pas être confondues avec les “travaux dirigés” qui sont déjà institués au niveau des universités. Ces travaux se déroulent au sein de l’université alors que l’éducation civique doit être vécue en dehors des cours par l’utilisation de méthodes qui favorisent l’ouverture sur le réel et placent l’individu dans des conditions concrètes qui permettent de développer sa curiosité et donc son jugement.Si le développement de l’enseignement et de la formation doivent s’inscrire dans cette optique, le statut des enseignants qui reçoivent la charge de la préparation civique devrait être nettement spécifié et tout doit être mis en oeuvre pour leur fournir les matériaux et documents dont ils peuvent avoir besoin, surtout pour leur faciliter la découverte de la pédagogie la plus appropriée.L’objectif est de former un être sociable, capable de s’adapter et de s’insérer dans l’évolution en cours. Tel est l’objectif majeur de toute formation.

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