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Cette Amérique qui vote, un voyage avec Guy Sorman
Etape VII: Faire des affaires avec et pour Dieu

Par L'Economiste | Edition N°:1884 Le 27/10/2004 | Partager

Même dans un pays comme le Maroc, soucieux des affaires de la foi, le comportement américain vis-à-vis de Dieu surprend. La multiplication des tendances, à l’intérieur du monde chrétien, est époustouflante. De plus, il est impossible que se produise en Amérique une affaire de foulard similaire à celle qui a agité la France si fort qu’elle a aussi agité un peu le Maroc. Et pourtant, bien difficile de se défendre de l’idée, que dans la guerre “sainte” contre l’Irak ou le terrorisme, Bush fait aussi une guerre contre les arabes ou les musulmans.Aux Etats-Unis, les pasteurs rallient les fidèles par leurs qualités charismatiques bien plus que par leurs connaissances théologiques. Dans la nouvelle religion américaine, les autodidactes, les clercs autoproclamés, prospèrent. Toutes leurs improvisations théologico-culturelles sont les bienvenues, pourvu qu’elles abrègent le chemin entre Dieu et le candidat-fidèle. En renfort de cette communication, toute technique est bonne: le chant, la transe, l’hypnose et la pop chrétienne. En 2003, le groupe Passion Experience, qui se produit dans les églises, a vendu douze millions de disques dont le refrain était: “Dieu je t’aime”. Commentaire d’un théologien: “La musique pop chrétienne félicite Dieu d’être Dieu”. . Dieu aussi doit être rentable!De ce Dieu en moi, qu’attendent les Américains? Les fidèles de la nouvelle façon de la religion préfèrent des résultats concrets ici-bas et maintenant, sans avoir à patienter jusqu’à l’au-delà. La vie éternelle? La mort est peu présente dans les offices, comme si tout Américain était censé vivre éternellement. Les fidèles ne veulent pas d’une religion tragique. En dehors des églises catholiques, la mort du Christ est peu représentée:- Chez les protestants, le Christ est vivant, la croix, vide. - Chez les mormons, des fresques représentent Jésus et ses apôtres musclés, bronzés, aussi en forme que des surfeurs californiens. - Chez les pentecôtistes, la croix est remplacée par une colombe, représentation du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est la plus immanente des trois figures de la Trinité chrétienne. Il a l’avantage sur Dieu et le Christ d’intervenir immédiatement dans l’existence des fidèles, pensent les Chrétiens. Comme l’a écrit, il y a soixante ans, le théologien Richard Niebuhr: “Le christianisme américain vénère un Dieu sans colère qui conduit des hommes sans péché vers un Royaume sans jugement avec l’aide d’un Christ sans croix”. Et les églises sont gérées comme des entreprises.(Il y a donc) une nouvelle religion américaine. Elle est donc une religion qui marche, particulièrement pour l’Amérique. Dieu serait-il américain? . Le marketing et la richesse sont les bienvenusBien des citoyens des Etats-Unis en sont persuadés; seuls les mormons le disent ouvertement. Selon leur livre saint, l’ange Moroni aurait révélé en 1827 à Joseph Smith, leur prophète, que Jésus, entre la Résurrection et l’Ascension, apporta la bonne parole en Amérique aux Indiens. Ces quarante jours dont les Evangiles ne disent rien enflamment l’improvisation religieuse des pasteurs d’outre-Atlantique. Sans rejoindre pour autant les mormons, la seule religion totalement américaine, dans toutes les autres dénominations, à des degrés divers, les fidèles voient les Etats-Unis comme une terre promise, sinon la Terre promise. Les Juifs américains eux-mêmes sont partagés entre leur passion pour l’Amérique et leur fidélité à Israël; si Israël reste insurpassé, les Etats-Unis leur sont plus qu’une terre d’exil, une sorte de fraction de la terre élue (...)La publicité et les Eglises ont toujours fait bon ménage: au XIXe siècle, les pasteurs distribuaient des tracts pour racoler des fidèles; au XXe, les lieux de culte utilisèrent les enseignes au néon avant les commerçants. Dès le début de la radio, les pasteurs s’en servirent pour diffuser leurs sermons et firent de même à partir des années 1950 avec la télévision. La croissance des ressources et des fidèles sur le marché très compétitif des religions n’est-elle pas une preuve d’élection? Les fidèles le croient volontiers, et les pasteurs honnêtes en sont persuadés. Nul n’attend d’eux qu’ils vivent dans le dénuement, lequel serait perçu comme une preuve d’échec plus que de sainteté. Souvent, devant les églises américaines, une voiture de luxe occupe la place de parking réservée au pasteur; si Dieu a bien fait les choses pour lui, n’en fera-t-il pas autant pour ses brebis? Les charlatans? S’ils sont fréquents, comment les reconnaître? En dernier recours, c’est le fisc qui authentifie une église en Amérique. Dès l’instant où une entreprise religieuse satisfait les critères objectifs qui lui valent l’exemption fiscale, elle devient église. La notion de secte n’existe pas, ou bien toute église américaine en serait une. (…)A ces pratiques convergentes de la religion américaine correspond un mode d’organisation commun, l’église comme entreprise: un bon pasteur sait et doit lever des fonds pour croître. En 1925, le publicitaire Bruce Barton fit éditer un ouvrage qui domina les ventes pendant plusieurs années. Cet homme que personne ne connaît plus, a écrit une biographie du Christ le présentant comme un “organisateur avisé qui recruta douze hommes dans les bas-fonds de la société et les transforma en une force de vente qui conquit le monde”. Nul non plus ne saurait être accusé d’hérésie dès l’instant où la Constitution garantit le droit de tout penser, tout croire et tout exprimer (…)Si la religion permet de tout exprimer, elle n’autorise cependant pas à tout faire. Ainsi les mormons ont-ils le droit de croire que Dieu a ordonné la polygamie, mais ils n’ont pas celui de la pratiquer. Dans les faits, ce n’est pas toujours aussi simple. En réalité, ce qui assied véritablement une religion aux Etats-Unis, c’est le temps et le succès. Ainsi en va-t-il pour l’Eglise de scientologie, qui est religion aux Etats-Unis mais qui est secte en Europe. Si l’accusation de sectarisme est mal acceptée aux Etats-Unis, c’est que, dans l’idéologie américaine et selon la Constitution, il n’appartient pas aux autorités politiques de prononcer des jugements de valeur. L’accusation réveille aussi de mauvais souvenirs et tout ce qui sépare les Etats-Unis des Européens: c’est précisément pour échapper à l’accusation de sectarisme que les pèlerins anglais se réfugièrent en Amérique, il y a trois siècles. Voilà le fondement de la société américaine, même si la relation est ténue entre ce que furent jadis les sectes puritaines et ce qu’est devenue la nouvelle religion américaine.


La fête… avec transes et pleurs!

Dans le temple de cette conjugaison de religions, Agape, tout jusqu’à présent n’est que préliminaires dans l’attente du prêche de Beckwith. Quel artiste ou quelle inspiration divine! Avec traduction simultanée pour les sourds. Le rythme l’emporte vite sur le contenu; au départ, j’entends qu’il est question de “maîtriser nos désirs pour mieux les satisfaire avec l’aide de Dieu”, puis de “co-créer l’univers avec Dieu”, puis de “participer de la dynamique de Dieu pour une amélioration personnelle et professionnelle”. Puis il devient impossible de suivre. Au vol, j’attrape des mots: “cosmique” revient souvent. La salle est sous hypnose, on pleure, on tremble, on entre en extase, on sort ses Kleenex. Beckwith joue de sa voix sur un rythme de rappeur, parfois inaudible, parfois éclatant, et longuement toujours. Le sermon dure une heure et plus, l’athlète de Dieu est infatigable, les fidèles, exténués et béats. Ils reviendront dimanche prochain. D’ici là, certains auront eu recours à des prières individuelles à la demande, offertes sur catalogue sur le Web. N’étant pas un adepte d’Agape, on ne peut qu’en décrire les formes sans comprendre intimement ce qui suscite l’enthousiasme des fidèles: est-ce la thérapie collective, la célébration de leur propre divinité, l’invite à la réussite personnelle et professionnelle, le sentiment d’appartenir à une communauté cosmique? Mais Agape n’est pas une religion hors du commun. Sous des dénominations diverses -chrétiennes, juives, bouddhistes, soufies-, la plupart des cultes américains suivent des pasteurs charismatiques et des pratiques liturgiques comparables. Agape n’est que la plus remarquable dans la célébration du Moi et par la théâtralité de l’office.


Kerry handicapé par sa religion?

Confrontée au succès de la “nouvelle religion américaine”, l’Eglise catholique se trouve en porte-à- faux. Certes, après avoir été l’objet d’une véritable persécution au XIXe siècle, elle est aujourd’hui acceptée. En 1928, le premier candidat catholique à une élection présidentielle, le démocrate Alfred Smith, fut en grande partie battu à cause de sa religion. En 1960, on se demandait encore si John Kennedy, catholique, pouvait être ou non élu président des Etats-Unis, comme si son patriotisme faisait le moindre doute. Nul aujourd’hui n’est soumis à pareille suspicion, et le catholicisme du candidat John Kerry est à peine mentionné. Ses origines juives, la conversion de son grand-père et le changement de nom de Kohn en Kerry ne suscitent aucune controverse. C’est le parcours ordinaire de bons Américains; il aura suffi pour Kerry qu’il confesse sa foi en Dieu, sans autre précision (il s’abstient de mentionner quelle est exactement sa religion, tandis que Bush a gagné les élections de 2000 avec le soutien des églises les plus conservatrices).


L’Amérique et le voile

La tolérance envers toutes les formes de religions vaut évidemment pour les musulmans, dont le nombre croît avec l’immigration indienne et arabe. Lorsque, en 2004, un directeur d’école à Muskogee, en Oklahoma, interdit à une fillette de onze ans le port du voile islamique, un juge fédéral annula cette interdiction au nom de la liberté religieuse et attribua une indemnité à la famille en compensation du préjudice subi. C’est la situation inverse de celle que l’on connaît en France, où la laïcité comme principe l’emporte sur toute expression religieuse qui paraîtrait dissidente.


Démocratie, Etat et religion

(Contrairement à ce que l’on croit) de nouvelles décisions de justice renforcent sans cesse le mur entre les églises et l’Etat. En 2003, un juge fédéral fit ôter du palais de justice de Montgomery une représentation des Dix Commandements. Si des crèches de Noël peuvent être installées dans l’espace public, c’est que Noël est considéré comme une manifestation aussi païenne et commerciale que cultuelle. Il n’empêche que chaque année, il se trouve des défenseurs de la laïcité pour exiger en justice, au nom de la Constitution, leur démantèlement. Cette séparation entre les religions et la république aurait donc permis aux Américains, contrairement aux Européens, de devenir démocrates sans devoir renverser leurs autels. Mais cette explication historique est-elle la bonne?Etape VIIILe meilleur des candidats c’est Schwarzenegger

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