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Culture

Permis d’habiter, permis de patienter
Par Me Fatiha BOUCETTA

Par L'Economiste | Edition N°:2387 Le 20/10/2006 | Partager

Fatiha Boucetta a été notaire à Casablanca pendant 14 ans après avoir exercé comme avocate au barreau de la capitale économique pendant 8 ans, avec pour spécialité les contentieux commerciaux. Elle a aussi publié un roman, Anissa captive, aux éditions Eddif en 1991. Peintre et photographe à ses heures perdues, elle n’en a pas moins organisé une dizaine d’expositions pour ses œuvres. Elle se propose, à travers des chroniques racontant des cas vécus, de partager, avec les lecteurs de L’Economiste, les expériences heureuses et malheureuses des gens avec la Conservation foncière, le fisc, la justice, les avocats, les notaires… (Ph. privée)Un honnête citoyen marocain a amassé, au terme d’une vingtaine d’années d’efforts, une petite somme destinée à la construction de sa maison.A la Commune urbaine, on lui a donné volontiers l’autorisation de construire et il s’est attelé à la tâche, surveillant les corps de métier, secondant son architecte, mettant même la main à la pâte parfois…Un jour, enfin! La construction est terminée. Il sollicite la fourniture de l’eau et l’électricité. A la Lydec, on lui dit que l’abonnement ne peut être contracté qu’après production du permis d’habiter. Il se présente à la Commune et demande que lui soit délivré le précieux document. On le reçoit très aimablement en lui promettant d’envoyer bientôt le contrôleur chargé de contrôler (évidemment) si les conditions de conformité et de salubrité ont été respectées dans la maison flambant neuve. Il s’en retourne, plein d’espoir. Un mois passe. La jeune épouse est impatiente d’emménager et de commencer à meubler «sa» maison, grâce au prêt bancaire que son époux a obtenu. La situation est d’autant plus inconfortable qu’ils ont inscrit les enfants dans une école proche du nouveau domicile, et que, en citoyens respectueux de la loi (il y en a parfois, si, si !), ils ont décidé de ne pas faire comme beaucoup qui s’installent en squatters chez eux, avant d’avoir tous les papiers. En conséquence, ils sont obligés de faire des déplacements longs et coûteux pour emmener les enfants à l’école, sans compter que les chérubins leur cassent la tête avec des «maman, papa, quand est-ce qu’on va aller dans la nouvelle maison?». Branchement provisoireLe chef de famille se rend à la Commune assez régulièrement depuis bientôt trois mois, pour demander des nouvelles de son permis d’habiter. A chaque visite, on lui présente une excuse différente: le contrôleur est passé, mais vous n’y étiez pas (Normal, personne ne nous a prévenus!). Ou bien, on a voulu vous faire plaisir, on a envoyé quelqu’un qui a vu la maison de l’extérieur, a fait un rapport, mais il n’est pas encore rédigé. Perdant patience, le citoyen veut voir le président de la Commune: «Ah, mais tu crois qu’on dérange Monsieur le président comme ça? Prends rendez-vous, açahbi». Le style et l’accueil deviennent nettement moins avenants. Pendant ce temps, l’épouse, qui est amie de la cousine du beau-frère du gardien de la Lydec, a obtenu un branchement provisoire, avec une recommandation du directeur de leur produire le permis d’habiter aussitôt qu’il sera délivré par la Commune. Dérogeant à leurs principes, ils s’installent donc, inconfortablement, mais ils sont plus près de la Commune maintenant.Arrive notre cher Ramadan, pendant lequel les vraies personnalités se dévoilent: on repère de loin les accros du café et de la première cigarette du matin, les fêtards et les couche-tard qui viennent travailler avec une figure ratatinée par les veillées et les sucreries. Notre citoyen n’en fait pas partie, car il est sportif et ne change rien à ses habitudes, excepté le fait qu’il mange une fois par jour.C’est donc frais et dispos, après une nuit paisible pendant laquelle il a rechargé ses accus, qu’il se pointe à la Commune; bien entendu, on lui sert toujours la même réponse. Mais il a pris rendez-vous avec le président qui le reçoit, reconnaissons-le, aussi aimablement que le lui permet sa mine défaite (du président, bien sûr, qui fait partie, lui, de la première catégorie).Notre citoyen s’installe dans le siège que le président lui désigne et laisse le haut fonctionnaire élu lui débiter les habituelles excuses, agrémentées du fait que c’est le Ramadan, qu’il faudrait attendre l’Aïd, parce que vous comprenez, les fonctionnaires ne sont pas aussi performants que d’habitude. Le citoyen retient un fou rire (parce que les autres mois de l’année, ils le sont?), et déclare posément: «Monsieur le président, je ne veux pas vous déranger, surtout pendant ce mois sacré; mais je tiens à vous dire que je n’ai plus l’intention de bouger d’ici. Je vais m’asseoir là, dans le couloir, et je reste. Vous voudrez bien me donner un verre d’eau pour rompre le jeûne ce soir, et j’attendrai patiemment que vos services me donnent mon permis d’habiter». Sur ces mots, il se tait obstinément. Plus moyen de lui arracher une parole. Le président voit à son regard qu’il a affaire à une personne déterminée. C’est alors que notre citoyen assiste à un chassé-croisé de gens qui vont et viennent en tous sens devant lui. Il a déplié un journal qu’il a apporté pour la circonstance et se met à le lire tranquillement. Au bout de trois quarts d’heure, une secrétaire lui remet un papier revêtu de toutes les signatures et tous les cachets nécessaires, intitulé «rokhsat essakan». Yes!Moralité: que dire? Les cadres de notre beau pays sont certes assidus, travailleurs, dévoués pendant toute l’année (voire), mais il faudrait les laisser tranquilles durant le mois du pardon (chahr al ghofrane): la digestion est rude. Alors, soyons indulgents…

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