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    Ne versons pas de larmes pour DohaPar Dani Rodrik

    Par L'Economiste | Edition N°:2838 Le 11/08/2008 | Partager

    Dani Rodrik enseigne l’économie politique et l’économie internationale à la John F. Kennedy School of Government de l’université d’Harvard. Ses centres d’intérêt concernent les bonnes pratiques en matière de politique économique. Son dernier livre est «In search of prosperity» (A la recherche de la prospérité), qui couronne ses recherches comparatives en matière de politique économique. Un autre de ces livres a alimenté une vaste polémique universitaire et politique: « Has Globalization Gone too Far?» (La globalisation est-elle allée trop loin?, ouvrage publié en 1997). L’analyse montrait déjà comment les gouvernements allaient être de plus en plus écartelés entre les «gagnants apparents» et les «perdants apparents» de la globalisation Les ministres du commerce signeront-ils un jour un nouvel accord multilatéral visant à réduire les subventions agricoles et les tarifs douaniers industriels? La saga a commencé en novembre 2001, au lancement du round actuel de négociations à Doha (Qatar), avec maints revirements de situation, échec quasitotal et prolongations. . Quels enjeux, en réalité?Une fois de plus, les négociations à Genève, cet été, n’ont pas abouti à un accord. A en juger par les commentaires de la presse financière et de certains économistes, les enjeux ne sauraient être plus élevés. Pourtant, en prenant le programme de Doha avec détachement, on peut se demander pourquoi tout ce remue-ménage. Certes, les politiques d’aide aux agriculteurs dans les pays riches tendent à réduire les prix mondiaux, de même que les revenus des producteurs agricoles dans les pays en développement. Il est probable que la suppression progressive des subventions n’ait que peu d’effets sur les cours mondiaux de la plupart des produits fermiers - au maximum, quelques points de pourcentage. C’est bien peu de chose comparé à la récente hausse des marchés mondiaux. De toute façon, l’instabilité des marchés nuirait à l’efficacité de ce type de mesure.Si les prix élevés aident les producteurs, en revanche, ils affectent les foyers urbains des pays en développement, également pauvres pour la plupart. C’est pour cela que la montée en flèche des prix des denrées a poussé nombre de pays producteurs à limiter les exportations et a suscité de vives inquiétudes au sujet de la pauvreté dans le monde.. Les consommateurs gagnantsIl est difficile de cadrer ces craintes et de s’assurer que la round de négociations sortira des dizaines, voire des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Au mieux, la réforme agricole des pays riches sera un bienfait mitigé pour les pays pauvres. En effet, les fortes hausses ne touchent que quelques produits de base, tels le coton et le sucre, que les foyers pauvres ne consomment pas en grande quantité.Les gagnants de la réforme agricole aux Etats-Unis, en Europe et dans d’autres pays riches seraient les contribuables et les consommateurs, qui payent depuis longtemps les subventions et aides perçues par leurs compatriotes fermiers. Mais ne vous y méprenez pas: nous parlons de la réforme des politiques nationales et d’une redistribution interne des revenus - qui peuvent avoir du bon en matière de performances et de capitaux. L’Organisation mondiale du commerce aurait-elle dû pour autant en faire sa principale préoccupation?Qu’en est-il des tarifs douaniers industriels? Les pays riches ont exigé de nettes réductions des droits d’importation de la part des pays en développement, comme l’Inde et le Brésil, en échange d’une suppression progressive de leurs subventions agricoles - la raison pour laquelle ils doivent être soudoyés par les pays pauvres pour faire ce qui est bon pour eux demeure un mystère. Or, là aussi, les bénéfices potentiels sont minces. Les taux appliqués dans les pays en développement, s’ils sont plus élevés que dans les pays développés, sont déjà au plus bas.Selon les estimations de la Banque mondiale, l’élimination totale des restrictions sur les marchandises commerciales stimulerait, au bout du compte, les revenus des pays en développement de moins de 1%. L’impact sur les revenus des pays développés serait encore plus faible. Comme on peut s’y attendre, les négociations de Doha ne feraient qu’ébranler ces barrières, au lieu de les éliminer. Les véritables dangers sont ailleurs. D’une part, l’alarmisme risque de provoquer la réalisation des craintes à son origine - les autorités commerciales et les investisseurs pourraient faire du scénario catastrophe une réalité en cédant à la panique. D’autre part, la « ronde de développement » risque de ne pas être à la hauteur des attentes et d’user un peu plus la légitimité des règles du commerce mondial sur le plus long terme. Finalement, il est probable que ce soit l’ambiance - facteurs psychologiques et attentes - plutôt que les résultats économiques sur le terrain qui déterminent l’issue du processus.Par conséquent, ne versons pas de larme sur Doha. Il ne s’est jamais agi d’une ronde de développement, et il y a peu de chances pour que demain ne ressemble pas à aujourd’hui.


    Le mythe et la bicyclette

    Le cycle de Doha repose sur un mythe, à savoir qu’un programme de négociations axé sur l’agriculture constituerait une «ronde de développement». Cette situation a permis aux parties prenantes d’obtenir ce qu’elles voulaient; aux gouvernements des pays riches et à Mike Moore, Directeur Général de l’OMC, de prendre une position moraliste sur les manifestations antimondialisation; et les Etats-Unis s’en sont servis pour tenter de démolir la politique agricole commune de l’Union européenne. De plus, elle est idéale pour les quelques pays en développement aux revenus moyens (Brésil, Argentine, et Thaïlande) qui sont aussi de grands exportateurs agricoles.Mais le mythe d’une ronde de «développement», encouragé par les autorités commerciales et les économistes qui embrassent la «bicycle theory» des négociations commerciales - selon laquelle le régime commercial ne peut rester debout qu’avec les progrès continus de la libéralisation - a eu l’effet inverse, car il est difficile pour les Etats-Unis et les grands pays en développement de libéraliser leurs secteurs fermiers. Le refus de l’Inde d’accepter des règles rigides risquant de mettre en péril ses petits exploitants agricoles, a finalement conduit à l’échec des dernières négociations.Plus important encore, les craintes sous-jacentes de la «bicycle theory» sont fort exagérées. Nous vivons dans le régime commercial le plus libéral de l’histoire, non pas parce que l’OMC en a décidé ainsi, mais parce que les pays influents - riches et pauvres - estiment que l’ouverture est dans leur intérêt.Copyright: Project Syndicate, 2008. Traduit de l’anglais par Magali Adams

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