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    Ne gaspillons pas la crise: elle peut nous servir!
    Par Gro Harlem Brundtland, Ricardo Lagos, Festus Mogae et Srgjan Kerim(*)

    Par L'Economiste | Edition N°:2926 Le 23/12/2008 | Partager

    Le Dr Gro Harlem Brundtland fut la première femme Premier ministre de la Norvège (elle a exercé trois mandats successifs, une exception dans son pays). Elle dominait à ce point la vie politique norvégienne que les caricaturistes ne dessinaient que ses pieds, entourés des autres politiciens! Elle est entrée dans son parti politique, le Parti travailliste norvégien, à l’âge de… 7 ans! Brundtland est aussi très engagée dans les domaines concernant les droits des femmes et les problèmes environnementaux. De 1998 à 2003, elle a été directrice générale de l’OMS Ricardo Lagos (de son nom complet Ricardo Froilán Lagos Escobar) est né en 1938 à Santiago. Il a été président du Chili de 2000 à 2006, juste avant Michelle Bachelet. Il fut le principal opposant à Pinochet à la fin de la carrière de ce dernier. Il a fait de brillantes et remarquées études d’économie aux Etats-Unis puis est entré dans la recherche. Sa première publication, «La concentration du pouvoir» (1960, il avait 22 ans!) est resté un monument. Ricardo Lagos a appliqué une politiqué économique libérale surveillée par l’EtatFestus Gontebanye Mogae (né en 1939) fut vice-président du Botswana en 1992, puis son président de 1998 à 2008. Après des études d’économie à l’Université d’Oxford, Mogae devient fonctionnaire dans des institutions financières, tels le FMI et la Banque du Botswana. Mogae a diversifié l’économie de son pays. Il a voué une large partie du budget national à la lutte contre le sida, qui ravage le pays. Il a reçu en octobre dernier le Prix Ibrahim, qui distingue la bonne gouvernance africaineMacédonien de l’ex-Yougoslavie, Srgjan Kerim, né en 1948, a été enseignant avant d’entrer en politique, à divers postes d’ambassadeur et de ministre de la Yougoslavie puis de la Macédoine. Il a assumé plusieurs fois des présidences ou des vice-présidences de conférences internationales liées à l’ONU, dont, spécialement, le financement de développement (Monterey), le développement durable (Johannesburg)La grande majorité des chefs d’Etat sont aujourd’hui surtout préoccupés par la crise financière. Et pourtant, quel que soit le montant d’un renflouage global de l’économie, une chose est sûre: il sera dérisoire en comparaison du coût astronomique –et des graves conséquences pour l’humanité – d’une action dilatoire sur le changement climatique.Par quels moyens pouvons-nous réorganiser l’économie mondiale, préserver la planète et sortir des millions de personnes de la pauvreté?La réponse est de s’attaquer sérieusement au changement climatique. Et le moment pour le faire est maintenant, pas malgré, mais à cause de la crise économique. Comme le veut l’expression, une crise est trop précieuse pour être gaspillée.

    Prospérité verte
    La réunion à Poznan la deuxième semaine de décembre était une étape importante (cf. www.leconomiste.com). Nous n’avons que 12 petits mois pour définir les clauses d’un accord sur le changement climatique global avant que les chefs d’État se réunissent en décembre 2009 à Copenhague. Si nous oeuvrons de concert, guidés par un sentiment d’urgence et de destin commun, ces négociations pourraient contribuer à diriger le navire de l’économie mondiale vers des eaux plus calmes et à bon port. Nous estimons que le meilleur investissement dans notre avenir collectif est d’encourager l’économie verte, à faible émission de carbone. C’est un investissement qui présente un énorme potentiel de prospérité et de bénéfices. Mais il faut pour cela finaliser rapidement un accord sur le changement climatique, un accord que tous les pays peuvent accepter. Il doit être détaillé et ambitieux, et comprendre des objectifs précis sur la réduction des émissions de carbone, l’adaptation aux changements climatiques, le financement et les transferts de technologie.A Poznan, les pays industrialisés et en développement ont préparé une vision commune sur les moyens à mettre en œuvre et conclure un accord qui prévoit que les économies avancées montrent l’exemple en réduisant leurs émissions de carbone, tout en fournissant des ressources et des compétences aux pays en développement pour appuyer leur lutte contre le changement climatique. En novembre, la Chine a annoncé la mise en œuvre d’un plan de relance de 586 milliards de dollars, dont 25% environ sont consacrés à la protection de l’environnement et aux énergies renouvelables. Nous espérons que ce nouveau plan de relance permettra à la Chine d’avancer sur la voie d’un développement plus écologique et que d’autres pays suivront son exemple.Les Etats-Unis ont également signalé un changement radical de leur politique concernant le changement climatique. Dans son premier discours post-électoral, Barack Obama a déclaré que «sa présidence ouvrira un nouveau chapitre du leadership américain face au changement climatique, qui renforcera notre sécurité et créera des millions d’emplois».En associant les questions de revitalisation de l’économie, de la sécurité énergétique et du changement climatique, Obama a clairement souligné les avantages d’un «New Deal» vert. Nous nous félicitons de la réintégration des Etats-Unis dans les négociations globales sur le climat et espérons qu’ils sauront transformer des paroles en actions concrètes qui encouragent la croissance verte mondiale.Les Etats-Unis, la Chine et d’autres pays ont pris conscience du fait que le changement climatique est bien plus qu’une question environnementale. C’est une question énergétique, financière et de sécurité, une question fondamentale, du ressort des chefs d’État. Nous appelons tous les dirigeants mondiaux à se joindre à nous pour forger une vision commune à long terme permettant de mettre en œuvre une action commune qui pourra se concrétiser lors de la conférence de Copenhague l’an prochain.La coopération internationale a été cruciale pour faire face à la crise financière. Elle n’est pas moins vitale pour s’attaquer au changement climatique, dont les enjeux sont beaucoup plus élevés. Nous devons, ensemble, investir dans l’option la plus sûre: l’économie verte.

    Une certaine beauté…

    Il y a pourtant une certaine beauté à cette situation difficile: si nous agissons judicieusement, nous pouvons nous attaquer aux deux crises en même temps. Les négociations de l’année à venir sur le changement climatique offrent une occasion unique de construire une économie mondiale plus rentable, plus sûre et plus durable.Les défis actuels -comme la finance, l’alimentation et l’énergie par exemple- sont nombreux. Ils ont pourtant une cause unique: trop souvent, des intérêts spéculatifs et à courte vue ont remplacé les intérêts communs, les responsabilités partagées et le sens commun.Cette même vision à court terme caractérise la dépendance mondiale aux combustibles fossiles. Nous ne pouvons pas nous affranchir de cette dépendance du jour au lendemain, même si nous sommes conscients du fait que continuer à investir des milliards de dollars dans des infrastructures à base de carbone et dans des subventions pour les combustibles fossiles s’apparente à investir dans des prêts hypothécaires à risque. En fin de compte, nous hypothéquons l’avenir de nos enfants pour préserver un mode de vie intrinsèquement précaire et injuste.Le plus grand risque que nous courrons est de poursuivre dans cette voie.


    Adaptabilité d’abord
    Les décisions prises aujourd’hui concernant les investissements énergétiques définiront le profil des émissions mondiales pour les années à venir. Pendant ce temps, les aiguilles de la montre tournent. Des conséquences potentiellement catastrophiques, pas seulement pour les ours polaires, mais aussi pour des millions de personnes, nous guettent. L’adaptation doit être au centre des négociations. Par le jeu cruel des désastres, ceux qui sont le moins responsables du changement climatique sont ceux qui souffriront le plus et en premier de ses retombées inévitables. Les nations en développement auront besoin d’une aide financière pour protéger les plus pauvres et les plus vulnérables.Parvenir à un accord à Copenhague en 2009 est essentiel. Mais la voie vers un avenir plus vert et à faible émission de carbone est déjà en train d’être tracée, du Brésil au Bangladesh, du Danemark à l’Indonésie. Qu’il s’agisse d’investissements dans les énergies renouvelables, les véhicules fuel-flex ou le reboisement, les pays réalisent, partout dans le monde, que l’écologie n’est pas une option, mais une nécessité pour revitaliser leur économie et créer des millions d’emplois.Les pays tropicaux pourraient par exemple, avec des investissements adéquats, réduire énormément les émissions liées à l’exploitation forestière, tout en créant des emplois durables. La déforestation représente aujourd’hui près d’un cinquième de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre.---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(*) Envoyés spéciaux du secrétaire général des Nations unies pour les changements climatiques.Copyright: Project Syndicate, 2008.Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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