×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Enquête

Médecins: La formation continue oubliée

Par L'Economiste | Edition N°:208 Le 14/12/1995 | Partager

Le congrès médical national a porté cette année sur la formation médicale continue (FMC). En l'absence d'une action d'évaluation de la FMC au Maroc, les intervenants se sont surtout imprégnés de l'expérience française.


"La formation médicale continue est proche du stade zéro".
L'intervenant, qui s'exprimait ainsi lors du dernier congrès médical national, résumait ainsi, ironiquement, la situation de la formation post-universitaire des 9.000 médecins du Maroc. Cette formation se limite aux quelques séminaires qui revêtent souvent un caractère publicitaire, initiés par des firmes pharmaceutiques et des revendeurs de matériel médical.
Cette situation est paradoxale pour une profession dont les études durent 7, 8 ou 9 ans, et dont les progrès sont d'une rapidité qui rend désuet le savoir acquis la veille.
En l'absence d'une action d'évaluation et d'un organisme officiel qui gère la formation médicale continue à l'échelle nationale, deux questions ont cristallisé les débats:
- comment parvenir à motiver le médecin et
- quelles sources de financement pour la FMC
Concernant le financement de la FMC, les débats ont porté plus sur ce qui se fait en France que sur ce qui devrait être fait au Maroc.
S'agissant de la motivation, elle est tout d'abord confrontée à la problématique de la formation de base. "L'étudiant en médecine estime que le savoir médical s'arrête à l'obtention du diplôme". Or, comme l'a souligné un intervenant, il faut réussir à inculquer aux étudiants que "l'enseignement initial ne doit être considéré que comme un simple processus d'autoévaluation qui se poursuit durant toute la vie". Les progrès de la science médicale font qu'"un enseignement de base est périmé au bout de 10 ans".

Obligation déontologique


Au-delà de la motivation spontanée du médecin à suivre une FMC, il existe une obligation de le faire. En premier lieu, une obligation déontologique et morale, mais aussi une obligation légale -qui n'existe pas encore au Maroc- puisque la santé, même la vie, du patient en dépend. Cette mesure coercitive est, d'après ses défenseurs, adoptée dans certains pays. En Israël, où 90% des médecins sont des salariés du secteur public, ils ont une obligation de FMC de 20 jours par an. En France, Alain Juppé a annoncé, il y à quelques jours à l'Assemblée nationale, l'entrée en vigueur en 1996 de l'obligation de la FMC.
En France, la FMC puise ses fonds de quatre sources: les caisses sociales, le Ministère de la Santé publique, l'industrie pharmaceutique et les cotisations obligatoires du médecin. L'argent versé par les caisses sociales sert à indemniser le médecin pour son manque à gagner. Le médecin a droit à 10 jours par an, ce qui représente une enveloppe annuelle moyenne de 15.000FF. Les caisses sociales versent également des subventions qui correspondent à l'organisation des séminaires. En fait, les fonds versés par ces caisses représentent des retenues à la source sur les salaires des médecins.
Concernant les cotisations obligatoires du médecin, elles consistent en des versements annuels de 250 FF par médecin. Les versements, mutualisés, sont réutilisés à la demande du médecin pour sa formation médicale. A l'inverse de l'argent de la sécurité sociale, utilisé pour la formation médicale de groupe, l'argent de la cotisation obligatoire peut être utilisé pour la formation médicale individuelle.
Enfin, s'agissant des contributions étatiques, tout le problème réside en l'organisme qui gérera les fonds. En 1979, Simone Veil, à l'époque ministre français de la Santé publique, déclarait: "Trouvez-moi un interlocuteur et j'accorderai 2 millions de Francs pour la formation médicale continue". Deux semaines après, l'Union nationale des associations de formation continue était créée, et les deux millions de Francs débloqués.

Mohamed BENABID.


Le rôle des médias


"Balivernes", susurrait ce médecin marocain dans l'oreille de son collègue, pendant que le Pr Berbich, venu spécialement de France, décrivait comment les technologies multimédia pouvaient contribuer à la formation médicale continue. Les changements ne sont pas toujours faciles à accepter.
L'un des autres points débattus lors du congrès est celui relatif au rôle de la presse dans la formation médicale continue. La contribution à la formation continue a été dévolue à la seule presse médicale. Au "reste" ont été attribués les rôles, plutôt restrictifs, de sensibilisation et d'éducation sanitaire. "Des rôles discutables, car rien n'empêche des journalistes d'écrire sur des sujets techniques. Les médecins ont le monopole de la pratique mais pas celui du savoir médical", expliquaient des médecins algériens invités au congrès.


Le rôle du patient


La curiosité du patient est l'un des facteurs qui peuvent obliger le médecin à assurer sa formation médicale continue.
En effet, l'évolution du contexte socioculturel du pays oblige le médecin à être constamment à jour. L'époque du patient qui se retrouve la gorge serrée devant la blouse blanche est révolue. Actuellement, celui-ci exige, non seulement qu'on lui prodigue les meilleurs soins, mais demande aussi qu'on lui fournisse les explications les plus complètes. A défaut, le patient qui viendra consulter un médecin une première fois n'y retournera plus.
La difficulté de cette formation réside, pour le médecin, à accepter le changement. Cette difficulté est encore plus accentuée dans le secteur public, caractérisé surtout par sa rigidité.
Au début des années 70, Gaston Baissette, médecin, écrivain et poète, décrivait très bien cet univers dans son livre "Aux confins de la médecine": "Ce monde resserré dans une sorte de ghetto technique a un jargon à part et un mode de pensée à part, et tout ce qui ne relève pas de son univers ne trouve pas grâce à ses yeux".

Mohamed BENABID.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc