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Culture

Marrakech: Le calvaire des patientes à la maternité Ibnou Tofaïl

Par L'Economiste | Edition N°:1830 Le 11/08/2004 | Partager

. Ce service enregistre 35 accouchements par jour pour un effectif de 5 sages-femmesUn hurlement strident et déchirant rejaillit dans les couloirs de cette maternité et jusqu'à l'extérieur du bâtiment, accueillant tout visiteur des lieux. Il est 21 heures ce mardi et ces cris proviennent d'un couloir au deuxième étage du service gynéco dont l'accès est interdit. Pas de portes, un simple brancard bloque l'accès et personne n'ose s'y aventurer. Les cris s'arrêtent pour quelques secondes, avant de reprendre de plus belle. Nous sommes au service d'accouchement de l'hôpital Ibnou Tofail, une des plus grandes maternités du Maroc qui accueille 12.000 accouchements par an. De temps à autre, une des futures mères, accroupie dans l'enceinte de ce bâtiment en attendant qu'une table d'accouchement se libère, réclame de l'eau. Si elle a de la chance, sa famille l'entendra de l'autre côté, sinon tant pis, elle devra supporter la soif en plus des douleurs. Car dans la salle de travail, les sages-femmes et infirmières accoucheuses ne sont pas là pour soutenir qui que ce soit. Leur travail se limite à sortir les bébés. “Nous prenons en charge la patiente mais pas sa douleur”, se justifient les responsables. Faciliter l'accouchement est possible pourtant. “Mais il inclut souvent ses complications et l'on préfère laisser la nature faire”, indique Mohamed Saïd Belkadi, DG de l'hôpital. Encore quelques cris dans la salle, avant qu'ils ne s'étouffent, pour ne pas fâcher les responsables du service. Car, l'accouchement est presque une punition. La future mère doit le subir dans le silence. “Quelle femme es-tu pour ne pas supporter cette douleur? Toutes les mères y sont passées…, commente cette infirmière. “Tu es l'exemple par excellence de l'enfant gâté”. Ce sont là, les uniques mots d'encouragement prodigués aux futures mamans, alors que la famille est juste là, derrière cette porte bloquée par un simple brancard. Un seul regard intimidant de ce personnel et des commentaires acerbes, font rebrousser chemin à toute mère ou mari qui s'inquiète pour sa fille ou son épouse. Pourtant, avoir des sous sur soi change subitement les donnes et permet de disposer d'un bon traitement psychologique, au moins d'une écoute. “Ce sont souvent ces patientes qui l'encouragent, d'abord par leur silence et ensuite par leur connivence”, estime le directeur d'Ibnou Tofail. “Nous n'avons jamais reçu de plainte officielle, mais nous avons entendu parler de cas”, déplore-t-il. “Nous avons changé les structures et nous allons réaménager de nouveaux lieux, toutefois, nous ne pouvons pas lutter contre un comportement humain”, commente ce responsable de l'hôpital. A cette future mère qui, devant la rudesse de son traitement, voulait quitter l'établissement, la sage-femme lui répond sans ambages: “Vas-y! J'espère que tu accoucheras dehors”. Pas de gants à prendre pour cette future mère angoissée, pas de sentiments, car d'autres attendent…, à moins de se trouver un parrain parmi le personnel.Cet hôpital public de la région, érigé depuis trois ans en CHU, accueille annuellement près de 12.000 futures mères, soit 35 accouchements par jour pour les huit boxes et tables d'accouchements existants. Les accouchements y sont opérés presque à la chaîne. Des fois, la nouvelle maman, à peine délivrée, se doit de libérer le boxe pour qu'une autre l'occupe. “En période de pic, nous n'avons pas le choix”. Pas le choix non plus pour mettre deux femmes en suite de couche dans un même lit. La capacité litière de cette maternité est de 100 lits et est souvent insuffisante pour le nombre de patientes. L'engorgement du service gynéco d'Ibnou Tofail est tel qu'il enregistre un taux de mortalité “intra hospitalier” de 22 décès par an selon les statistiques. Pas fier, l'hôpital a instauré un système d'audit pour déceler les raisons. Il est toutefois difficile de connaître la vraie cause des décès. “Les risques de mortalité sont imprévisibles. Ils surviennent lors des accouchements et dépendent du suivi de la grossesse. Un suivi inexistant parfois”, explique-t-on. A 50%, les femmes qui accouchent dans cet hôpital sont issues d'un milieu rural ou semi-urbain. Il y a quelques années encore, la maternité Ibnou Tofail battait les records avec 16.000 accouchements annuellement. Ce service a été soulagé depuis trois ans avec l'ouverture d'autres maternités dans la ville. “Nous continuons toutefois de recevoir les cas les plus compliqués. Plus de 15% de nos patientes présentent des accouchements à problème”, fait remarquer Belkadi. Ce n'est pas pour autant que le personnel ait été renforcé. A vrai dire, ce sont toujours 5 sages-femmes au total qui s'occupent de cette maternité assistée par des infirmières accoucheuses. Depuis que l'hôpital est devenu CHU, le service est encadré par des médecins résidents et un professeur. Cela n'a pas changé la donne pour les patientes, car c'est toujours la sage-femme qui les ausculte et les suit jusqu'à la délivrance. C'est dire l'enthousiasme devant cette masse de travail…De notre correspondante,Badra BERRISSOULE

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