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Affaires

Marrakech: La prostitution infantile en recrudescence

Par L'Economiste | Edition N°:1818 Le 23/07/2004 | Partager

. Ils reçoivent 50 DH pour une passe . Les tabous empêchent les parents de déclarer les viols de leurs enfants . Pourtant, on ne connaît pas de réseau structuré  Ils ont entre 9 et 15 ans et les plus âgés, moins de 18 ans, et ils se prostituent. Ce terme choque plus d’un, d’aucuns préfèrent parler «d’exploitation sexuelle à des fins commerciales». Ces sensibilités n’empêchent pas ces enfants de vendre tous les jours leur corps à 50 DH, et ce, afin de subvenir aux besoins de toute une famille. La pauvreté est bien entendu le facteur déterminant, qui pousse ces enfants à s’engouffrer dans le monde de la prostitution. Les résultats d’une enquête menée à Marrakech auprès des jeunes enfants prostitués, pointent leurs conditions sociales. Ce n’est pas une révélation, mais plutôt une confirmation sur le terrain. L’étude d’ailleurs, selon ses commanditaires, l’Amadec (association marocaine pour le développement communautaire) avec le soutien de l’Unicef, ne s’est pas voulue quantitative, mais plutôt un premier jalon pour briser le tabou à Marrakech. «Il s’agissait pour nous de pénétrer dans ce monde et confirmer des données qui existent depuis belle lurette, mais jamais dénoncées», tient à souligner Mustapha Berre, président de l’association. Pauvreté, éclatement de la cellule familiale, maltraitance au sein de la famille, démission de l’école, absence de repères éducatifs sexuels et également le travail précoce… Tous ces facteurs ont fait des enfants des objets sexuels aujourd’hui. A cela, s’ajoute ce “consentement” de la société où on ferme les yeux sur les abus sexuels sur les enfants. Il aura fallu du temps et du doigté pour faire parler cette centaine d’enfants en leur garantissant l’anonymat sur leur identité, mais aussi sur leurs quartiers. Les entretiens s’achevaient souvent par les sanglots de ces enfants, sanglots traduisant tout leur désarroi.Ceux qui ont parlé aux enquêteurs ne sont pas représentatifs de l’incidence du phénomène à Marrakech, que personne ne peut évaluer et où l’exploitation sexuelle des enfants est aussi liée à leur placement précoce chez les maâlems pour apprendre un métier. Ceux qui ont osé parler n’appartiennent pas à cette catégorie et ne font pas partie de réseaux, qui vraisemblablement, existent dans la cité ocre. Ce sont uniquement «des indépendants», mais souvent entraînés par des pairs. Arrachés à leur innocence très tôt, alors qu’ils devraient être à l’école ou du moins profiter de leur enfance, ces victimes se vendent à 50 DH la passe, parfois, les plus chanceux peuvent “gagner” beaucoup plus par nuit, du moins les garçons. Certains clients, principalement de vieux touristes, avides de chair fraîche, payent jusqu’à 2.000 DH la passe. Mais le plus souvent, c’est à bas prix que ces enfants se vendent. La montée en puissance du tourisme dans la ville, avec des endroits fermés, a élargi le fléau, bien que ce ne soit pas la grande cause de cette prostitution. Le tourisme qui rime avec sexe n’est pas nouveau. C’est même à la limite d’une certaine logique: toute destination à vocation touristique connaît une recrudescence de la prostitution. Il n’y aurait pas de quoi «en faire un plat», diraient certains. Mais pas lorsqu’il s’agit d’enfants. C’est pourtant dès le début des années 90, que l’Organisation mondiale du tourisme a attiré l’attention sur ce phénomène. Elle a créé un plan d’action pour la protection des enfants contre l’exploitation sexuelle dans le tourisme et pour dépister les cas. Il est vrai que Marrakech n’est pas la Thaïlande. Et jusqu’à maintenant, aucun réseau n’y a été détecté, encore faut-il que les langues se délient et que les familles prennent conscience et en parlent. Or, le sujet est tabou, même lorsqu’il s’agit d’agressions sexuelles. Pourtant, c’est un des facteurs déterminants d’après l’échantillonnage étudié. Une bonne partie de ces enfants s’est adonnée à la prostitution après avoir été violée et parfois par un des parents. A l’hôpital Ibnou Tofaïl de Marrakech, qui a créé une cellule d’accueil et un service dédié à ces patients depuis l’année 2000, sur les 40 cas déclarés en 2003, loin de refléter la réalité des agressions sexuelles dans la ville, une dizaine d’entre eux à peine engageront des poursuites. «Le reste préfère taire le sujet, changer d’adresse ou même de ville», souligne Pr Abdelmounaïm Aboussad, pédiatre et responsable de la cellule. Les parents ont du mal à accepter l’agression, comme ce père qui durant l’entretien, avait l’air d’assurer, raconte-t-il. A sa sortie de chez le médecin, il s’est évanoui, se fracturant la mâchoire. Quant à l’enfant, difficile d’imaginer les répercussions d’une agression sexuelle sur son avenir. Marqués à vie par ces viols, ces enfants versent facilement dans la prostitution.


Bonne conscience

Un médecin, une infirmière et un bureau de 12 m2. Ce sont les moyens mis à la disposition de la cellule d’accueil pour maltraitance des enfants et qui a été créée en 2000, suite à une circulaire ministérielle. C’est autant dire rien, pour cette entité qui accueille 130 enfants agressés par an, n’étaient la volonté des responsables et l’implication d’ONG comme l’association Nakhil, qui prend en charge sur le plan juridique quelques cas. Et également l’implication d’un psychologue qui accepte d’accueillir les parents hors de l’hôpital Ibou Tofaïl, pour un suivi. Rares sont ceux qui s’y rendent, car les parents préfèrent oublier l’incident, commente Pr Aboussad. Idem pour le ministère de la Santé qui, avec la création de ces cellules, s’est donné bonne conscience.


A peine 50% se protègent

. 23% sont prêts à oublier le préservatif si le client l’exige. 45% sont issus de milieux défavorisésViolents et crus. Il n’y a pas d’autres termes pour qualifier les résultats de l’étude menée par l’Association pour le développement communautaire sur la ville de Marrakech, de janvier à juin 2003. L’enquête qui s’est basée sur des entretiens directs enregistrés avec les enfants prostitués et des focus groupes avec 300 adultes connaissant le phénomène, a concerné un échantillon de 100 enfants exploités sexuellement. Objectif: déterminer les facteurs principaux de cette exploitation. Malgré l’échantillonnage maigre et les réserves des auteurs, qui soulignent le côté qualitatif de l’enquête menée sur le terrain pendant 6 mois, cette étude brise un tabou et donne un départ pour d’autres études plus approfondies et des actions sensibilisantes. Dans ses résultats, l’enfant qui se prostitue volontairement est à 45% un enfant pauvre, vivant dans le périmètre urbain et dont le niveau d’instruction dépasse le primaire. Près de 31% de l’échantillon sont arrivés au secondaire. La pauvreté et l’éclatement de la cellule familiale sont donc les premières raisons de cette prostitution pour les filles, qui représentent 50% de l’échantillonnage. Facteurs qui ne s’avèrent pas déterminants pour les jeunes garçons, qui bien que leurs parents vivent ensemble, s’adonnent à la prostitution. Ils ont été entraînés par des pairs à 40%. «Pour répondre aux besoins de la famille», sera la réponse des autres garçons questionnés. Dans «les pairs», il faut inclure des proxénètes “spécialistes” ou encore des préadolescents qui ne sont pas encore sortis de l’enfance. Le viol par l’entourage est aussi une raison, que ce soit pour les garçons ou les filles, mais à nuancer toutefois. Dans cet échantillonnage, le pourcentage des filles violées est plus important.Pour l’ensemble, les 100 enfants interrogés lors de l’enquête affirment être “rémunérés” 50 à 300 DH la passe, selon le type de client: vieux monsieur étranger ou encore un client local ou national. Cette même passe peut atteindre 2.000 DH.Côté protection, plus de 50% des enfants n’exigent pas de préservatif bien que 70% au moins de l’échantillonnage connaissent les risques de contamination par les MST (maladies sexuellement transmissibles) comme le sida. Pis encore, parmi ceux qui se protègent, plus de 23% se disent prêts à oublier la protection et le préservatif si le client l’exige. De notre correspondante,Badra BERRISSOULE

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