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    Politique Internationale

    Marie-Louise Belarbi, Omar Akalay, Driss Benhima et Tayeb Saddiki : Que font-ils de leurs livres?

    Par L'Economiste | Edition N°:152 Le 03/11/1994 | Partager

    Dévoreurs de livres, Mme Belarbi, MM Akalay, Benhima et Saddiki vivent chacun à sa façon dans univers du livre. Manière de les ranger, manière de les lire, de les fréquenter... fréquenter...

    Dans le cadre des manifestations qui se déroulent durant la seconde quinzaine d'octobre, à travers le monde entier, pour la promotion du livre et de la lecture, depuis l'initiative prise par l'ancien ministre français de la Culture, Jack Lang, quatre personnalités ont été invitées par le Centre Culturel Français de Casablanca pour nous ouvrir, le temps d'une rencontre, leur bibliothèque personnelle: Marie-Louise Belarbi (libraire), Omar Akalay (administrateur de la Compagnie Atlantique d'Assurances), Driss Benhima (directeur général de l'OWE), Tayeb Saddiki (auteur et acteur de théâtre) nous parlent de leur "temps de lire" et de leur rapport à la lecture. La lecture se définit d'abord comme une pratique personnelle, et c'est bien de cela que sont venus parler les personnalités invitées, quels que soient par ailleurs leur profession - même si Marie Louise Belarbi a eu l'occasion d'évoquer largement son travail de libraire ou le fonds livresque dont elles disposent personnellement.

    Les livres dans leur maison

    De cette expérience diverse ressort une double similitude: le livre est pour chacune à la fois lié à la vie et un objet d'amour.

    Le livre participe de la vie, à la vie. Sans doute Tayeb Saddiki dispose-t-il d'une véritable bibliothèque, située à l'entrée de sa maison, imaginée elle même, dit-il, en fonction du "lieu des livres".

    Chez Omar Akalay, le fonds de dix mille livres se répartit entre le bureau où il a rangé les ouvrages concernant l'histoire du Maroc, l'Islam et les romans arabes traduits en français; le vestibule; la chambre enfin plutôt réservée aux romans. Driss Benhima consacrait volontiers le bureau aux ouvrages "techniques", encyclopédies..., le salon de réception aux livres qu'on lit moins, voire qu'on n'aime pas, mais qu'on expose, et le salon familial à tout ce qui se lit couramment.

    Marie-Louise Belarbi quant à elle dépose ses livres au salon, là où elle aime les voir animer son lieu de vie, tant pour leur esprit que pour leurs couleurs.

    Chacun s'entend cependant pour dire que le rangement des livres est un idéal: dans la réalité les livres traînent un peu partout, en fonction du travail, des affinités et des hasards, en tous lieux de la maison. L'affectivité y est constamment présente. Ceux qui "ne parlent plus", ou dont l'actualité est dépassée se retrouvent ainsi dans des cartons: lieu imposé par le manque de place et l'accumulation de nouveautés.

    Si le nombre de ses livres a imposé à Omar Akalay le recours à l'informatisation, en fait c'est la plupart du temps un classement arbitraire ou fantaisiste qui dirige l'ordonnancement de la bibliothèque: en fonction des lieux et des heures de lecture (ambulante, nocturne ou matinale), de l'ordre alphabétique des auteurs, des couleurs de la couverture, de la taille des ouvrages... Des "nébuleuses peuvent tourner autour de thèmes'' comme chez Driss Benhima. Souvent le désordre organise" domine. l'essentiel étant de pouvoir se promener parmi les livres, d'y retrouver ceux que l'on cherche, à coup sûr, après s'être égaré avec plaisir entre les pages de ceux qu'on avait oubliés et que l'on redécouvre chemin faisant.

    Le livre "illumine l'univers"

    Car le livre aide à vivre "Plus encore qu'un ami, c'est un compagnon". dit Marie-Louise Belarbi. Il possède un pouvoir "d'illuminer l'univers". confie Driss Benhima parlant de son rapport à la lecture. qu'il vit comme un espace de liberté. La grâce de l'auteur est de pouvoir cultiver en lui un espace clandestin. de nous le faire partager quand on désire - quand on sait - y pénétrer. Une interaction se joue entre l'auteur et le lecteur où lui même cherche un massage. mais aussi la beauté du texte.

    La liberté du lecteur s'exerce également dans le droit qu'il se donne de ne pas lire un livre qui ne " l'accroche pas ". de ne pas se trouver obligé de lire parce qu'il acheté. "Il n'y a pas de principes, ni de moralité en lecture", affirme-t-il. Le livre est un apprentissage à la vie.

    Omar Akalay. qui a poussé l'amour du livre jusqu'à créer une maison d'édition ( Wallada) a titre de mécénat. considère que 'lire. c'est vivre''...

    " c'est dans les romans qu'on apprend la vie". Même écho chez Marie-Louise Belarbi, qui aime retrouver dans les livres ce qu'elle à vécu, ce qui "racontre la vie". Le livre est un lieu de découverte. de communion: on le prend. on l'emporte avec soi, on s'y promène, on le redécouvre, on y projette tout ce qu'on a aimé. rêvé d'être ou de faire. Il vit, respire''. sécurise. est "mis en pénitence'', boude, disparaît. revient. porte des souvenirs. des espoirs.

    Chaque livre a une histoire. il rappelle quelqu'un ou quelque chose''. confie Marie-Louise Belarbi dont la bibliothèque est sentimentale'' Un livre, c'est un acte, un geste d'amour". affirme Omar Akalay: raison pour laquelle il ne les prête pas.

    Ils sont une ouverture à l'autre. au métissage culturel indispensable au développement. En tout cas. ils sont rarement aimés pour leur matérialité. leur apparence. mais d'abord respectés dans leur richesse intérieure.

    Le livre-lecture, le livre-objet

    Ils sont objet de recherche ou de rencontre. Si Omar Akalay et Teyeb Saddiki disposent dans leur bibliothèque d'un important fonds patrimonial, le plus souvent les livres surviennent dans un lieu, parce qu'ils sont offerts, et surtout achetés. Les conseils des amis sûrs influencent plus que les critiques littéraires, et le lecteur va plus spontanément vers ce qu'il a déjà lu, aimé.

    Plus d'amour que de raison, et beaucoup de souvenirs

    Il peut être attiré par la jaquette du livre. sa matérialité - en particulier quand on aime . comme Tayeb Saddiki, aussi le livre objet - l'auteur, le centre d'intérêt.

    Le "coup de foudre" n'est pas absent de l'achat du livre. dit Omar Akalay. et Driss Benhima avoue se faire draguer" parfois par certains ouvrages.

    Les livres favoris varient selon la personne. Poésie, romans. biographies, correspondances peuvent avoir la priorité. en fonction des moments de la vie. des temps de lecture, des nécessités qui la déterminent. Il n'en demeure pas moins que des auteurs, des ouvrages marquent une vie, la parcourent. l'accompagnent. "Mes livres m'ont toujours suivie''. dit Marie-Louise Belarbi. " ce sont toujours les mêmes qui m'entourent ".

    Le plus souvent cet amour vient de l'enfance, pas forcément de l'érudition, et il a été spontané. induit par le milieu ou les circonstances, guidé par des impressions sensibles - personnes rencontrées par exemple - plutôt que par des joies purement intellectuelles.

    La littérature maghrébine est peu citée. Marie-Louise Belarbi, qui l'a en partie découverte quand elle travaillait à Paris chez Julliard. tente de la promouvoir.

    On peut avoir la passion des dictionnaires, celle de la littérature anglo-saxonne, des récits ou de l'écriture elle-même: chaque livre lu, dans ces bibliothèques particulières. s'enrichit de l'histoire personnelle de son lecteur.

    Thérèse BENJELLOUN

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