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Politique Internationale

Les puissants de Casablanca

Roman inédit de Rida LAMRINI

Par L'Economiste | Edition N°:577 Le 20/08/1999 | Partager

45ème épisode
Enquête dans les quartiers riches

Résumé des épisodes précédents
L'enquête sur le cadavre d'une jeune fille, retrouvé dans un puits, piétine. L'interrogatoire de Ba Lahcen, le père de Aïcha, qui a disparu, n'a rien donné (Aïcha, affolée, a quitté clandestinement le Maroc, mais personne ne le sait encore, ni la police, ni sa famille, ni son employeur). L'enquête de police a pu établir que le crime est un crime sexuel, qu'Aïcha est liée à l'affaire, sans que l'on sache comment. L'inspecteur Bachir, qui doit se charger seul des investigations, car son patron le commissaire Nasser est occupé par la campagne d'assainissement, voulait interroger l'ancien propriétaire du domaine où le cadavre a été découvert. Mais cela n'a pas été facile, car cet ancien propriétaire est le puissant Yamani, dont les affaires et les mariages l'ont lié avec tous ceux qui comptent dans l'Administration et la politique. Bachir n'a qu'un seul indice matériel: un bouton que la victime, avant de mourir, a arraché à celui ou celle qui l'a agressée et qui est sans doute le meurtrier.

L'inspecteur Bachir n'est pas un habitué des quartiers huppés de Casablanca, où l'amène aujourd'hui son enquête. Ses missions ordinaires le conduisent plutôt dans les milieux pauvres, les petits réduits où s'entassent les familles nombreuses et les taudis des bidonvilles d'où se dégagent des odeurs qui prennent à la gorge. Il s'aventure occasionnellement sur la colline d'Anfa durant le week-end, lorsqu'il sort sa femme et ses deux enfants de leur appartement exigu du centre-ville pour une promenade dans sa vieille Renault 21.
Dans leur guimbarde qui tranche avec les carrosses de ces lieux, Bachir et sa petite famille sont fascinés par un environnement sorti tout droit des séries télévisées américaines. Ils approchent les espaces mystérieux qu'ils devinent impénétrables. Durant ces promenades, ils éprouvent le sentiment singulier d'être des intrus dans un univers que des années-lumière séparent de la promiscuité des concentrations humaines de la ville. Dans les rues invraisemblablement propres, bordées d'arbres, de gazon et de plantes vertes, ils n'osent guère quitter l'habitacle de leur voiture et se promener à pied. On ne voit d'ailleurs nulle trace de piétons dans ce voisinage, à l'exception des résidentes des lieux qui accomplissent religieusement leurs séances de jogging. Devant les portails des villas, de rutilantes voitures allemandes et japonaises, tels des attelages de purs-sang, attendent docilement leurs maîtres. Un calme impressionnant enveloppe le quartier. Les voitures roulent silencieusement, en procession. Point d'allées et venues intempestives devant les maisons, sauf des gardiens en faction ou des domestiques affairés à ramasser les feuilles mortes qui tombent de temps en temps d'eucalyptus majestueux.
Bachir arrive devant une maison bordée d'une rangée d'arbres élancés dans le ciel. Leur dense feuillage offre au gardien une ombre naturelle contre les rayons brûlants du soleil d'hiver. Une Mercedes, une Range Rover et une Lancia rouge décapotable sont stationnées devant la porte. Bachir essaie de calculer mentalement combien de mois de salaires il lui faut pour se payer l'une d'entre elles. Il renonce rapidement. Le travail de toute une vie n'y suffirait pas. Le chauffeur range la voiture de police banalisée derrière les trois véhicules.
Bachir décline son identité dans l'interphone. La porte en bois de cèdre s'ouvre doucement, mue par une commande électrique. Il pénètre lentement, quelque peu écrasé par le calme de l'endroit. Comme dans un film fantastique, il se sent littéralement transposé du réel vers le féerique. Imprévisible de l'extérieur, l'allure de la demeure est surprenante. Des cyprès l'entourent, renforçant cette impression de pierre précieuse jalousement cachée dans son écrin. Bachir a de la peine à faire le tour du jardin avec le regard. Il éprouve l'impression ridicule de fouler la pelouse d'un stade de football! Au fond, à droite, se dresse un pavillon. Une jeune femme se prélasse sous un large parasol, au bord d'une piscine.
Des lampadaires artistiquement décorés, aux supports en fer forgé, se fondent harmonieusement parmi plusieurs variétés d'arbres dont Bachir ne reconnaît que les saules pleureurs et quelques palmiers. Vers la gauche, une construction de plain-pied s'étire nonchalamment sur le reste de la propriété. Sa façade offre à la vue quatre portes vitrées, peintes d'un blanc éclatant, alternant avec de larges fenêtres basses. Des lierres recouvrent des murs faits avec des moellons bleus. L'ensemble, par ses multiples ouvertures, dégage une sensation d'accueil chaleureux et invite à découvrir l'intérieur que l'on devine avenant.
Un domestique en costume noir et gants blancs accueille Bachir:
"Inspecteur Bachir, veuillez me suivre. Monsieur Yamani vous attend".
Il emboîte le pas à son guide le long du chemin sinueux qui mène vers la maison. Soucieux d'enregistrer le maximum de détails durant sa visite, ses sens de limier instinctivement en alerte, Bachir lui demande:
"Il y a longtemps que vous êtes au service de Monsieur Yamani?

Prochain épisode, vendredi 20 août:
Yamani reçoit la police judiciaire

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